Ministère pour un Monde Meilleur

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Chroniques Primonde

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mercredi 14 janvier 2009

Hortefeux tricolore

hortefeux-quotas.jpgLes rumeurs quant à un remaniement ministériel vont bon train, comme me disait l’autre jour un ancien ministre des transports. Outre les sortants et les nouveaux entrants, certains ministres seront reconduits avec un changement de portefeuille, comme me le faisait remarquer un maroquinier marocain. C’est le cas de Brice Hortefeux, ministre de l’immigration et de l’identité nationale réunies…''

Outre le fait qu’il soit maire de Vichy (sa flotte, ses cures, son Etat Français), M. Brice possède une qualité à double tranchant : son nom. Je m’explique : pour un chroniqueur (avec un C et non un G), le patronyme du futur ex-ministre de l’immigration est à la fois un vrai bonheur à « calembourrer » (attention, néologisme) et un vrai casse-tête quant au choix final. En effet, avant de commencer ce billet, une affluence de titres possibles, digne de la gare Saint-Lazare un jour de grève, a failli polluer cette chronique de jeux de mots tous plus douteux les uns que les autres...

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mercredi 7 janvier 2009

Ghana : Accra à la démaquereautie ou accros à la démocratie ?

supporter_ghana.jpgLe Ghana est un pays africain assez particulier pour un certain nombre de raisons. Coincé entre les futures ex colonies françaises que sont la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Togo, ce pays dont la capitale possède un nom de spécialité martiniquaise à la morue, a ensoleillé ce début d’année 2009 en montrant au monde, je veux dire à l’humanité, c'est-à-dire ni le quotidien français dit de référence ni l’organe (quel organe !) officiel du PCF français lui aussi, en montrant donc à la populace mondiale englué dans la crise au sud et dans les agapes foie-gratesques ou cavardieuses des riches du Nord, que la dictature plus ou moins voilée n’est pas une fatalité en Afrique.

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jeudi 11 décembre 2008

Attention, une commémoration peut en cacher une autre

un_train_peut_en_cacher_un_autre.jpgLa France est un pays où l’on aime les commémorations de toutes sortes. On se souvient encore de l’année Berlioz, Flaubert, Hugo, Trucmuche, du bicentenaire de la Révolution française, du centenaire de Jeanne Calment, on célèbre les 25 ans de ceci, les 30 ans de cela, les 42 ans et demi de ceci cela. Bref, on fait comme si on avait de la mémoire...

Pourtant si la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a eu ce 10 décembre 2008 justement droit aux égards médiatiques de la presse, des télés et des radios à l’occasion de ses soixante ans (presque l’âge de la retraite, plus que 10 ans !), une autre commémoration est passée inaperçue la veille, le 9 décembre…

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mercredi 3 décembre 2008

Eunice Barber se met au triathlon

barber.jpgEn matière sportive, il existe le biathlon, le triathlon, le pentathlon, l’heptathlon et le décathlon. Si dans le grec ancien « athlos » signifie « concours » ou « épreuve », les préfixes bi, tri, penta, hepta ou déca signifient respectivement 2, 3, 5, 7 et 10 indiquant le nombre d’épreuves. L’athlète et même l’heptathlète Eunice Barber, née non pas à Libreville mais à Freetown vient de se faire signifier par la justice son transfert dans un nouveau type d’épreuve : le triathlon judiciaire…

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mercredi 26 novembre 2008

Black Mic-Mac 2 : une association à Cran

cran.jpgIl y a trois ans naissait le Conseil Représentatif des Associations Noires. Censé être le pendant du CRIF pour les Juifs ou du CFCM pour les Musulman le CRAN devait œuvrer pour lutter contre les discriminations « ethno-raciales ». Aujourd’hui, le CRAN est en train de se déchirer. Serait-il en train de nous servir un remake du film de 1986 de Thomas Gilou avec Jacques Villeret, Isaac de Bankolé et Félicité Wouassi, bref un Black Mic-Mac 2…

On peut légitimement se poser la question de la pertinence et du bien-fondé de créer une association dont la vocation est la défense d’une population hétérogène dont le point commun est de se revendiquer « Noir ». Tel un Blanco de la grande époque, nous n’hésiterons pas à botter en touche sur ce sujet même s’il n’est pas inutile de rappeler l’opposition véhémente entre le CRAN et le Collectif DOM et les clashes répétés entre Patrick Lozès et Claude Ribbe à moins que ce ne fut l’inverse. Il fut même une période où les plaintes déposées par les uns répondaient aux plaintes déposées par les autres. La cohabitation de ces deux hommes dans le même Modem a dû être quelque chose de novateur pour le jeune parti centriste. On se souviendra ainsi de la demande formulée par Claude Ribbe à Jacques Chirac, alors Président de la République et n’ayant pas encore investi son appartement parisien gentiment prêté par la famille Hariri par pure amitié franco libanaise à moins que ce ne soit libano française, de dissolution du CRAN.

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mercredi 19 novembre 2008

Le conflit au Kivu simple comme un coup de fil ?

ddechets_portables.jpgCes derniers jours ont battu en brèche l’idée promise de rupture avec la Françafrique si tant est qu’elle pouvait (l’idée) continuer à exister dans des esprits quelque peu optimistes. Le licenciement avec reclassement aux Anciens Combattants de Jean-Marie Bockel avait pu avoir raison des dernières velléités d’optimisme. Les visites successives à l’Elysée des deux grands démocrates que sont Blaise Compaoré et Faure Gnassimbé tendent à nous montrer que la Françafrique n’est pas si morte que çà et que « nos amis les présidents » de l’Afrique francophone sont toujours en odeur de sainteté à l’Elysée comme pourrait le dire le chanoine de Latran.

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mercredi 12 novembre 2008

Une épine rwandaise dans un pied français

kabuye.jpgAlors qu’il est aujourd’hui à la retraite, l’ancien juge Jean-Louis Bruguière laisse à ses successeurs un héritage difficile à gérer, en ce qui concerne les relations franco-rwandaises ou rwando-françaises, au choix. La France n’est pas la seule à devoir se débrouiller avec une enquête aux buts inavoués, politique et diplomatique. Suite au mandat d’arrêt lancé par le juge Bruguière, nos voisins allemands se sont sentis obligés d’arrêter, dans l’aéroport de Francfort, Rose Kabuye, chef du protocole de la Présidence à Kigali.

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mercredi 5 novembre 2008

Obama : un mix de cultures

usrasta.jpgAprès deux ans de campagne, primaire et secondaire, les Etats-Unis ont finalement choisi Barack Obama comme 44ème président. Alors qu’on nous vantait le fameux melting pot états-unien, nous étions un certain nombre à se dire qu’on ne voyait rien venir. On en avait rêvé. Et puis, l’enfant d’un fils du Kenya et d’une fille du Kansas l’a fait…

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mardi 4 novembre 2008

Obama : repeindre la Maison Blanche ?

obama.jpgEn attendant le petit matin de mercredi et le verdict des urnes et des machines à voter, je vous ressers ma chronique de l'émission Primonde du 22 mai dernier. C'était au début de la campagne, avant le krach boursier... Bonne lecture.

Quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, quarante-trois ans après celui de Malik El Shabbaz a.k.a. Malcolm X, les Etats-Unis d’Amérique sont sur le point d’envoyer un Noir (enfin, vu comme tel) à la Maison Blanche. Barack Obama réussira-t-il à transcender les clivages « raciaux » comme on dit au pays de l’oncle Sam et de l’oncle Tom réunis ?

Il n’aura échappé à personne que le candidat qui sera vraisemblablement choisi par le Parti Démocrate ne correspond pas au profil type d’un occupant de la Maison Blanche. En effet, Obama est le premier candidat à l’élection présidentielle de l’ère moderne à avoir découvert le monde extérieur au territoire américain avant son élection en vivant à l’étranger. Ainsi, George W Bush a-t-il commencé à voyagé au-delà de ses propres frontières une fois élu.

Mais Obama ne possède pas uniquement cette originalité, vous l’aurez certainement remarqué. Ainsi, s’il est élu, il sera certainement le premier président américain à être issu d’un couple dont un des deux membres n’est (ou n’était) pas de nationalité américaine. On peut même dire qu’il est issu de deux, voire trois, le beau-père de son enfance étant indonésien. Ce sera également très certainement le premier président US à avoir une grand-mère vivant dans un village au Kenya. Dans la série des « premières », il risque fort d’être également le premier président (toujours US) à avoir un patronyme avec une consonance qui ne soit pas anglo-saxonne. Bref, les zuhèssas ont la possibilité de changer radicalement le profil type du white anglo saxon protestant, le WASP, qui a toujours prévalu, la parenthèse catholique incarnée par JF Kennedy ayant pris fin avec la course d’une balle magique dans les rues de Dallas.

Alors, bien sûr, j’en entends derrière leur poste de radio (ou leur écran d’ordinateur) se dire, mais va-t-il le dire ‘ou l’écrire) ou pas ? Dire quoi ? Le mot « Noir ». Car, vous l’aurez également remarqué, Barack est le premier « Noir » à avoir une chance sérieuse d’occuper la Maison Blanche, ont répété et martelé les médias. Certes, le taux de mélanine du candidat est une autre de ses particularités, et à ce propos, Jesse Jackson se souvient encore de ses essais ratés pour obtenir l’investiture démocrate. Comment donc aborder le sujet pour un homme qui est Noir, certes, mais également Blanc ?

On peut donc, à l’instar (comme on dit à Hollywood) des commentateurs autorisés se dire qu’Obama a réussi à transcender la barrière de la couleur, la fameuse « color line » en rassemblant sur sa candidature des Noirs et des Blancs. On pourrait même peut-être faire un rêve éveillé, le rêve d’une Amérique qui permette aux deux communautés de se doter d’un projet commun, un projet métissé. Mais, ne pêchons pas par excès d’optimisme.

Enfin, rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire, ou plutôt rendons à Barack ce qui appartient à Obama, les électeurs des primaires et caucus démocrates l’ont choisi en fonction de sa vision politique, les propositions viendront pendant la campagne contre McCain, le candidat qui pourrait à son tour perdre la frite qui l’anime. L’opposition entre Barack Obama et Hilary Clinton durant cette série de primaires permet d’envisager que le choix des démocrates s’est effectué finalement hors du critère « race » ou « sexe » mais sur deux personnalités et deux visions « générationnelles » de cette partie d’Amérique.

Le mot de la fin à Malcolm X qui a déclaré peu de temps avant son assassinat : « Il faut reconnaître tout être humain, sans chercher à savoir s’il est blanc, noir, basané ou rouge ; lorsque l’on envisage l’humanité comme une seule famille, il ne peut être question d’intégration ni de mariage inter-racial

Et si Obama était un homme, tout simplement ?

mercredi 15 octobre 2008

Débouté, l’Hortefeux !

sarkozy-immigrationchoisie.jpgLe Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationales réunies s’est vu désavoué par le Tribunal Administratif dans sa tentative d’éjecter la Cimade hors des centres de rétention. Bonne nouvelle. Encore un effort et on saura la vérité vraie sur l’immigration, une chance pour un Occident en bout de course…

Mais revenons sur la tentative de Monsieur Brice de changer les règles du jeu dans les centres de rétention. Car depuis que la Cimade a obtenu le « marché » de « la mission d’«information, en vue de l’exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative» en 1984, il était devenu urgent pour l’homme de Clermont Ferrand d’ouvrir à la concurrence, qu’on imagine libre et non faussée bien sûr, ce marché. La volonté gouvernementale de partager en 8 régions, pardon en 8 lots puisqu’il s’agit d’un appel d’offres, cette mission essentielle dans un état qui se veut de droit, avant d’être de Droite, n’avait qu’un but, évincer ces dangereux trublions qui avaient jusqu’à lors une vision global du traitement des étrangers dans ces centres. Or, le travail effectué depuis près de 25 ans auprès des étrangers par la Cimade avait, outre l’information sur les droits des mêmes étrangers, le mérite d’alerter l’opinion publique sur le traitement qui leur était réservé par la République. La tentative auvergnate de diviser les associations de solidarité envers les migrants en ouvrant à la concurrence ce « marché » a tourné court, ces associations (Ligue des Droits de l’Homme, Gisti, Syndicat des Avocats de France…) s’étant déclarées solidaires justement avec la Cimade, jusqu’à l’arbitrage du Tribunal Administratif qui a donc tranché en mettant en exergue les irrégularités de cet appel d’offres.

Bien sûr, dans la foulée de cette avancée républicaine, nos médias ne manqueront pas de revoir leur copie de la part de leurs journalistes (j’allais dire pisse-copie, mais cela n’aurait pas plu à l’épiscopat) qui ne manqueront pas de rétablir la vérité sur l’immigration après quelques décennies de Droit de Savoir, de journal de JP Pernaut ou de pensée unique calquée sur les thèses lepénistes ou sarkoziennes. Ainsi, dans les prochaines semaines, nous apprendrons par exemple sur les écrans que le pays qui reçoit le plus d’étrangers est l’Inde, que 35 millions d’états-uniens sont nés à l’étranger où encore que l’immigration en France, loin de coûter de précieux sous, surtout par les temps qui courent où les caisses de l’état sont vides et où les bourses font du yoyo, rapporte à la collectivité nationale alors que les expulsions coûtent bon bon. Ainsi, dans le livre « Sociologie de l’argent », on apprend que l’expulsion des sans papiers a couté 3 milliards d’Euros à l’état français et mobilise l’équivalent de 15.000 emplois à temps plein de fonctionnaires chargés de mettre en œuvre ces reconduites à la frontières, soit certainement davantage qu’à la glorieuse époque de Vichy et de Maurice Papon.

On apprendra également que la France est un des derniers pays de l’OCDE ne devançant que la Finlande (où il gèle) et la Hongrie (dont on ne sait pas grand-chose) en termes d’entrées d’étrangers (2 pour 1.000 habitants par an), alors que Canada et Royaume Uni en compte 8 et l’Italie 7.

De plus, TF1, LCI et consorts (en un seul mot) ne manqueront pas de nous rappeler que l’immigration a toujours été choisie, l’entrée des candidats à l’immigration ayant toujours été contrôlée par l’état par l’intermédiaire des ONI, OMI ou encore ANAEM, et les autorisations délivrées par les préfectures et les directions départementales du travail selon qu’il s’agisse respectivement de regroupement familial ou de travail. On apprendra également que les cohortes de maliens immigrés en France ne représentent que 3% du total de l’émigration malienne ou que si nous comparons les chiffres des migrations du début du 20ème siècle en France (ritals, espingouins et autres polaks) avec ceux, actuels, de l’immigration africaine (maghrébine et subsaharienne), nous devrions avoir en France 600.000 arabes et noirs de plus. De quoi se plaint-on ?, comme on dit dans les couloirs du Ministère de la Honte…

Le mot de la fin à l’omniprésident Nicolas Sarkozy qui déclarait en 2006 : « Les mineurs de 1945 n'ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d'aujourd'hui, qui ont moins de 18 ans et qui font peur à tout le monde. » ou encore en 2007 « Si Le Pen dit que le soleil est jaune, je ne vais pas être obligé d'arriver en prétendant qu'il est bleu. Personne n'est obligé d'habiter en France. Quand on habite en France on respecte ses règles. C'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, qu'on ne pratique pas l'excision sur ses filles, qu'on n'égorge pas le mouton dans son appartement, et qu'on respecte les règles républicaines. »

Comme la vérité et le respect des êtres humains, par exemple ?

Pour aller plus loin

- Le site de la Cimade

mercredi 8 octobre 2008

On n’est pas là pour se faire Angolais, on est là pour voir le défilé

angola.jpgLa Justice française nous réserve de temps en temps des bonnes surprises. En effet, telles des champions de plongée en apnée, les affaires « d’état » remontent parfois à la surface, précédées de bulles annonciatrices de cette remontée vers la lumière. L’affaire « Elf », celle des frégates de Taiwan, le procès de Pierre Péan pour racisme anti-tutsi ou, ces jours-ci, le procès dit de l’ « Angolagate » font parfois apercevoir la lumière au fond du tunnel de la face cachée de la Cinquième république, celle qui n’en finit pas de pourrir…

Imaginez un peu un procès constellée de stars confirmées de la politique bizness : un ancien ministre de l’intérieur (Charles Pasqua), un ancien conseiller photocopilleur d’un président défunt chargé de mission par Nicolas 1er (Jacques Attali), un fils du même feu président (Jean-Christophe Papamadit) ancien conseiller aux affaires africaines de son père, un marchand d’armes international ancien du KGB (Arcady Gaydamak), un autre marchand d’armes devenu ambassadeur auprès de l’Unesco (Pierre Falcone), un ancien préfet (Jean-Charles Marchiani), un ancien député UMP (Georges Fenech), un auteur de best-sellers, pardon de signatures de best-sellers (Paul-Loup Sulitzer)… Bref, du beau monde, 42 prévenus en tout, un vrai défilé.

Mais ce casting de rêve pour presse à sensation ne doit pas faire oublier le fond du problème. Une diplomatie parallèle, des affaires illégales et une morale douteuse. Car le procès de l’Angolagate n’est pas un procès de voleurs de poules ou même de scooters. Le trafic d’armes entre notre beau pays et celui du président Dos Santos, du chanteur Bonga ou encore de l’équipe footballistique des Palancas Negras, à savoir l’Angola, révèle bien des turpitudes commises en notre nom par une sorte de diplomatie parallèle. Les armes concernées ne sont ni des lance-pierres ni même des tazers, mais bel et bien des tanks (420), des hélicoptères (12), des navires de guerre (6) et des munitions plus ou moins conventionnelles (170.000 mines), le tout pour la coquette somme de 790 millions de dollars américains, une paille. Il est tout à fait permis d’estimer que cet afflux d’engins de mort au pays des diamants et du pétrole réunis a contribué à la prolongation de la guerre civile qui a tout de même fait plus d’un demi million de morts en 25 ans, sans compter les victimes mutilées par les combats ou les mines anti-personnelles.

Dans cette histoire macabre, on relèvera l’insistance des dirigeants de cette ancienne colonie portugaise à vouloir influer sur le cours d’une Justice hexagonale encore un tant soit peu indépendante du pouvoir politique en essayant de faire annuler ce procès qui risque d’écorner autant la Françafrique que l’Angola. On notera également que l’homme d’affaires Pierre Falcone s’est vu conférer par Luanda le statut d’ambassadeur auprès de l’Unesco (je n’invente rien) pour obtenir une immunité diplomatique de bon aloi. Quand à Arcady Gaydamak, son personnage de marchand d’armes international a certainement aidé Nicholas Cage à composer son rôle dans le film Lord of War. Pour Papamadit et Pasqua, on commençait à se languir de leur présence dans les prétoires, côté accusés.

Toute cette élite s’est trouvée un puissant allié : Nicolas Sarkozy himself. L’omniprésident qui s’est rendu à Luanda en compagnie du pédégé de Total, en juillet dernier a assuré ses hôtes de son soutien et promis que « Nous avons décidé de tourner la page des malentendus du passé ». Bref, amnésie internationale d’origine présidentielle. Car l’Angola est un des tous premiers, sinon le premier, réservoir africain de ce si précieux pétrole, mais aussi d’uranium, de diamants, et of course, de rétro-commissions. Heureusement, nos chères compagnies Total, Areva ou Thalès restent en embuscade pour mettre la main sur le magot.

Mais si l’Angola est riche, ce n’est pas le cas de tous les Angolais : espérance de vie de 41 ans, 40% de la population en dessous du seuil de pauvreté absolue, 62% sans accès à l’eau potable, 8 médecins pour 100.000 habitants ou encore 1.400 décès pour 100.00 habitants. Les Angolais ont certainement plus besoin de médecins, d’hôpitaux, d’adduction d’eau potable et de paix que de tanks, d’hélicos de navires de guerre, d’armes et de munitions.

Le mot de la fin à Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde :

« Jacques Attali a déclaré 1,2 million d'euros de revenus (…) et un portefeuille de 500 000 euros. Moins que Pierre Falcone, qui situe ses revenus à 4 millions d'euros annuels, et évalue "à peu près" ses biens mobiliers au même montant. (…) Pour d'autres, la vie est devenue difficile. Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné du défunt président de la République, est "hébergé chez sa mère" et n'a "aucun revenu et aucun patrimoine". Paul-Loup Sulitzer, confie que ses revenus annuels "ont considérablement baissé", pour s'établir à 62 000 euros. Quant à Jean-Charles Marchiani (…), il inaugure depuis quelques jours son statut de retraité du corps préfectoral, à 8 000 euros par mois ».

Comme dirait Alain Bashung, dont le dernier album s’intitule justement « Bleu Pétrole », leur petite entreprise ne connaît pas la crise…

Pour aller plus loin

- Le dossier de Survie sur l'Angolagate
- L'article du Monde de Pascale Robert-Diard

mercredi 17 septembre 2008

Cameroun 1958 : ethnisme à la française

rubenummyobe.jpgIl y a tout juste 50 ans, soit pour les amateurs de précisions synonymiques un demi siècle, cinq décennies ou encore un vingtième de millénaire, notre chère République Française alors en proie aux demandes d’indépendance insistantes des indigènes de nos colonies et en pleine guerre d’Algérie, pardon, en pleine opération de pacification du département français d’Afrique du Nord, notre chère République, donc, n’hésita pas à commettre l’irréparable sur le sol camerounais.

En 1958, la France coloniale voulut créer une sorte de jurisprudence anti anticolonialiste. L’Union des Populations du Cameroun (UPC) et son leader Ruben Um Nyobè devinrent alors des cibles prioritaires pour l’administration coloniale du pays dit des Droits de l’Homme. Mais revenons quelque peu en arrière pour resituer l’événement dans le contexte camerounais de l’époque. En 1948, soit dix ans avant notre date à l’origine du cinquantenaire, l’UPC se forme à Douala. Rapidement, Ruben Um Nyobè, par son charisme, homme intègre, grand humaniste et pacifiste convaincu ne tarde pas à mettre la puissance coloniale sur la sellette. Son projet national pour le Cameroun, s’il réclame bien sûr l’indépendance, est un projet démocratique sans soupçon d’ethnisme ni de syndrome de Fachoda. Il veut unifier les populations du Cameroun sous une bannière commune sans distinction d’ethnie ou de « colonophonie », c'est-à-dire que francophones et anglophones peuvent trouver leur place dans ce projet.

Mais le succès rapide et grandissant des thèses de l’UPC inquiète la métropole. Les visites de Ruben Um Nyobè aux Nations Unies, les manifestations des supporters de l’UPC de 1955 ne plaisent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’administration coloniale. La répression va alors devenir féroce. La clandestinité devient nécessaire pour sauver sa peau. La guérilla devient le moyen de lutte face à des forces qui veulent la mort de l’UPC et de son leader. Le haut commissaire français du Cameroun qui deviendra ministre des armées deux ans plus tard puis premier ministre sous Georges Pompidou (le président, pas le musée d’art moderne) conduit une répression impitoyable. L’UPC est alors infiltrée. Ses militants sont arrêtés, torturés, déportés et assassinés. On expose leurs têtes coupées dans les rues. Les villages du sud et de l’ouest du pays particulièrement en pays Bassa et Bamiléké subissent les assauts d’une colonisation que l’on ne pressent pas comme positive : on détruit les villages, on utilise le napalm, on déplace des populations entières que l’on regroupe dans des camps pour couper tout soutien à la guérilla. La France des Lumières est en pleine guerre. Une guerre qui passera inaperçue, les « événements » d’Algérie, comme on dit pudiquement à l’époque, occupe le devant de la scène médiatique et le Cameroun est plus éloigné et moins connu des Français, alors on en profite.

Finalement, Ruben Um Nyobè est capturé, assassiné et enterré à la va-vite. Le Cameroun accède à l’indépendance en 1960 sous la tutelle de l’omniprésent Jacques Foccart. Un président ami est vite nommé, Ahmadou Ahidjo. La suite est une litanie de pouvoirs plus liberticides et corrompus les uns que les autres, jusqu’au trop long règne de Paul Biya qui deviendra président en 1982 et fêtera en novembre prochain ses 26 ans de pouvoir discontinu.

Quant à la France officielle, elle se fourvoiera en Algérie, avec le recours à la torture notamment, au Biafra, avec l’ethnisme érigé en projet de gouvernement ou encore au Rwanda où le soutien aux génocidaire fut le point culminant d’une politique « africaine » qui n’ose pas dire son nom : racisme institutionnel. Bref, une longue histoire.

Le mot de la fin au grand et essentiel Mongo Beti qui avait bien vu la tentation française de l’ethnisme : « L'ethnomanie, est ce recours extravagant, pour tout expliquer, à l'argument tribu (guerres tribales, oppositions tribales, émeutes tribales.), qui n'est pas seulement le fait de démagogues ou de dictateurs à court de pensée, mais trouve aussi des adeptes dans d'autres catégories, surtout chez les Français moyens très mal informés, comme si, en Afrique, toute réalité était d'abord tribale. »

Tribale à blanc ou tribale à noirs ?

Pour aller plus loin

- Ruben Um Nyobè vu par Cameroon Link
- Article de Libération sur le Cameroun de 1958

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