Eco-quartiers : pourquoi ? comment ?
Par Jean-Luc Chavanieux le vendredi 25 janvier 2008, 00:46 - Actualités BG - Lien permanent
Intervention à la réunion publique de la liste PROGRES SOLIDARITE ECOLOGIE le jeudi 24 janvier.
M. Renard utilise... Google
En entendant M. le Maire répondre à Marie Mabille, conseillère municipale Verts du groupe Progrès & Solidarité après sa lumineuse intervention lors du dernier conseil municipal, les personnes présentes ont pu constater la méconnaissance de M. Renard à propos des éco-quartiers.
Après une recherche (certainement rapide, vu l'urgence) sur un moteur de recherche bien connu, et peut-être même la lecture des 3 premiers articles de la première page de résultats, M. Renard pense savoir ce qu’est un éco-quartier. Malheureusement, il s’est trompé sur bien des points.
1 : Un éco-quartier, ce n’est pas que du bâti

Compostage collectif dans l'éco-quartier Sainte-Marie à Montréal
Les éco-quartiers sont des projets concernant l’habitat et non le logement. Sans jeu de mots, la différence est de taille. Il s’agit de proposer un lieu de vie. Aménagements collectifs intérieurs et extérieurs, desserte par les transports en commun, déplacements doux (vélo, rollers, piétons) reliant le quartier au reste de la commune et de ses équipements, mixité sociale (habitat aidé et non aidé) et générationnelle (logements pour étudiants et personnes âgées) participation démocratique des habitants à certains choix, etc. garantissent les objectif de ce lieu de vie.
Il est vrai que la municipalité actuelle a prouvé pendant ces 7 dernières années que tous ces domaines n’étaient pas pour elle des priorités, voire même qu’ils pouvaient seulement exister... Il n'y a donc pas de quoi s'étonner.
2 : Une « verticalité » à l'horizon ?

Pas de voitures... pas de trottoirs, une économie substancielle
Selon M. Renard, les habitants des éco-quartiers vivraient « les uns sur les autres », car apparemment les photos qu’il a pu trouver sur Internet montraient des bâtiments de plusieurs niveaux. En effet, ces bâtiments de 3 ou 4 niveaux proposent des duplex ou des triplex, parfois sur un rez-de-chaussée regroupant les locaux techniques (chaufferie, laverie, déchets) ou collectifs (salles d’activités ou de réunions associatives ou familiales).
Ce qui signifie que l’on ne vit pas les uns sur les autres, mais que l’on vit à côté des autres et avec les autres. Il a donc confondu proximité et promiscuité.
Un éco-quartier s’inscrit dans un contexte de ville dite durable. Son objectif est de favoriser les économies d’énergie et de réduire pollutions et émissions de gaz à effet de serre. En ce qui concerne le chauffage mais également en permettant de réduire les déplacements en proposant des services au public, privés ou publics (commerces, relais mairie, crèche…). De plus, M. le Maire semble ignorer également que le facteur superficie / consommation énergétique augmente de façon inversement proportionnelle à la densité urbaine qui est, paradoxalement peut-être, facteur d’économies d’énergies.
3 : Un urbanisme préservant l’environnement et les espaces verts

Plan d'ensemble d'un éco-quartier au Canada
Le Maire sortant peut revendiquer une invention, celle du concept d’ « espaces verts privatifs », autrement dit, en langage normal « jardins ». Il utilise leur existence à Bois-Guillaume pour justifier qu’il n’y a pas, selon lui, besoin d’un parc intergénérationnel sur le territoire communal, sans compter qu'on peut se rendre à Bihorel ou Mont-Saint-Aignan, pourquoi pas avec la bagnole ? On peut également ajouter que « parc » signifie « square » dans son vocabulaire.
Un projet d’éco-quartier est respectueux de l’environnement dès sa conception, on l’a vu avec la question des déplacements par exemple, mais aussi sur le respect de la nature présente sur son territoire. Par exemple, à Fribourg, l’urbanisme de l’éco-quartier Vauban a préservé les arbres existant sur le site. Ajoutons que ce respect se poursuit ensuite lors de la conception (conception Haute Qualité Environnementale HQE et matériaux employés) mais aussi de sa réalisation (chantier HQE limitant déchets et perturbations environnementales).
On peut ajouter que les bâtiments sont isolés par l’intérieur et l’extérieur, que des rideaux végétalisés permettent de tempérer les bâtiments en cas de canicule (qui seront d’ailleurs de plus en plus fréquentes) et que les toits plats sont eux aussi végétalisés, servant d’éponge pour retenir l’eau en cas de fortes pluies (qui seront elles aussi de plus plus fréquentes) et d’isolant naturel en cas de grande chaleur ou de froid intense. L'eau de pluie est elle-même récupérée et utilisée dans un deuxième circuit pour les toilettes ou le jardin, pardon, je veux dire l'espace vert privatif. De même les modes de consommation d’énergie privilégiant les énergies renouvelables participent à cette haute qualité environnementale.
Contrairement aux choix qui ont dicté le Plan Local d’Urbanisme du Maire et de son équipe, les éco-quartiers sont une manière de préserver les derniers espaces verts en réservant (et préservant) un pourcentage de son territoire à cet effet. La crise énergétique actuelle n’est en rien comparable à celle des années 70 et du fameux choc pétrolier. C'est déjà difficile, mais le pire est devant nous. Il faut dès à présent repenser l’urbanisme futur et... du futur. La pression immobilière sera de plus en plus forte sur les agglomérations . La recherche de logement près des villes centres (et pas seulement des centres villes) fera de Bois-Guillaume et des autres communes limitrophes de Rouen des zones géographiques de plus en plus recherchées.
Peut-on en effet imaginer que de nombreux salariés sur l’agglomération rouennaise continueront à pouvoir habiter à 30, 40, 50 kilomètres ou plus de l’agglo dans 5 ans ? dans dix ans ? Cette pression sera telle que le grignotage des zones vertes se poursuivra jusqu’au bétonnage le plus total, sauf bien sûr en ce qui concerne les… « espaces verts privatifs ».
La liste Progrès Solidarité Ecologie propose l’implantation de 2 éco-quartiers à Bois-Guillaume
La liste Progrès Solidarité Ecologie propose aux Bois-Guillaumais deux projets d’éco-quartiers. S’ils présentent bien sûr de nombreux points communs tels que ceux que l’on a pu voir auparavant, ils sont différents en termes d’implantation et de vocation.
- Un Eco-quartier centre ville : sur les terrains du CHU
Le projet que nous proposons vise à donner un centre ville à Bois-Guillaume mêlant équipements collectifs (crèche, médiathèque, parc, centre de loisirs, commerces de proximité, locaux de répétition pour groupes culturels -musique, théâtre, danse...) au cœur de la ville et de la verdure préservée. Regrouper les services de la petite enfance à l’adolescence limitera les déplacements des familles comme actuellement. Son accessibilité par les piétons et les cyclistes conjointe avec sa position centrale favorisera l’abandon de la voiture pour les courts déplacements, statistiquement les plus polluants.
Des commerces de proximité complèteront la vie du quartier dans son aspect économique. Ce projet préservera plus de 50% des espaces verts actuels et favorisera la mixité sociale à la fois dans le quartier et dans la commune par une offre de logements sociaux et privés de tailles variées.
- Un Eco-quartier au nord du collège
Loin de troubler davantage la sérénité de la rue Vittecoq, l’implantation d’une zone d’habitat de ce type la dégagerait en permettant d’autres voies d'accès et d’autres moyens d’accès. Imaginons que parte de ce quartier un cheminement sécurisé pour piétons et cyclistes et que les moyens de transport collectifs soient renforcés (horaires et fréquences adaptées) ou développés (nouvelle ligne de bus) : les enfants de Bois-Guillaume pourraient se rendre au collège en toute sécurité autrement qu’en voiture ou même en… 4x4.
La vocation de ce quartier intergénérationnel serait de proposer un gymnase aux normes et des salles d’activités ouvertes aux associations ainsi que des logements pour les différentes étapes de la vie (des étudiants aux personnes âgées) et un pôle de commerces orientés loisirs (restaurant, salon de thé ou café, boutiques culturelles, bio et équitables…)
En conclusion
Lieux d’habitat et non d’habitation, intégration des priorités de demain (économies d’énergie et limitation des effets sur l’environnement), mixité intergénérationnelle et sociale, démocratie participative sont quelques-unes des caractéristiques de ce type de quartiers. Pour montrer la pertinence de ce type de projet, je ne citerai qu’un seul chiffre : 90 €. C’est le prix moyen à payer pour chauffer un logement (dit passif) de 90 m2 où vivent 3 personnes dans le quartier Vauban à Fribourg, non pas mensuel, mais annuel grâce au solaire et la co-génération d’électricité (avec des copeaux et de la sciure de bois provenant de scieries locales). Certains logements ou équipements sont même producteurs d’électricité reversée sur le réseau qui, si elle est payée à un juste prix, permet de financer l’entretien des espaces collectifs, intérieurs ou extérieurs.
On le voit bien, un véritable éco-quartier est loin de la caricature brossée par M. Renard lors du conseil municipal. Nous sommes désolés de devoir le désavouer. Ce n'est pas une espèce de réserve pour hippies et soixante-huitards attardés (la chasse est d'ailleurs ouverte !). Nous ne pouvons que l’inviter à essayer d’en savoir plus sur ce concept qui permet d’apporter une qualité de vie compatible avec les enjeux environnementaux et sociaux de demain.
La liste Progrès Solidarité Ecologie travaillera dans ce sens dès le 17 mars !
Pour la liste Progrès Solidarité Environnement
Jean-Luc Chavanieux, Les Verts


Commentaires
Bien documenté, attractif, devrait être visité par tous les électeurs.