Kouchner, Kigali, Kagame : karicature ?
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 30 janvier 2008, 10:34 - Chroniques Primonde - Lien permanent

L’élection de Nicolas Sarkozy a-t-elle chamboulé le traitement de l’information dans nos chers medias de la presse, qu’elle soit écrite, parlée et télévisée ou est-ce l’inverse qui s’est produit ? Un peu des deux, serait-on tenté de dire, mais le résultat est là. Outre les actes de censure effectué à grands coups de ciseaux par les patrons de presse également patrons tout court et dont le dernier épisode en date a vu l’annulation « pour des raisons techniques » d’un débat sur « les femmes de Sarkozy », la populace essentiellement cathodique se voit gavée de flashs d’informations toujours plus éphémères et jetables.
Ainsi, la visite non moins éclair que le traitement de l’info à la sauce 2008 de Bernard Kouchner à Kigali, Rwanda, est-elle passée plus inaperçue qu’une bague de chez Dior multi usages ou plutôt multi utilisatrices. Notre Ministre de la Diplomatie du Courant d’Air a donc effectué une visite de quelques heures samedi 26 janvier dernier au Pays des Mille Collines, le tout agrémenté d’un entretien d’une heure avec le président Paul Kagame Si l’histoire ne nous dit pas s’il a voyagé sur Bolloré Airlines ou s’il a compensé sa consommation de carbone, on sait que cet entretien s’est bien passé et que le rétablissement des relations diplomatiques est en bonne voie.
Pourtant, cette visite qui devrait réjouir les citoyens des deux pays qui oeuvrent pour la réconciliation entre la France et le Rwanda, ou l’inverse, laisse un goût amer quant à l’analyse du bon Docteur K à propos du rôle de la France dans le génocide des Tutsi de 1994. Jamais contents, ces militants de la vérité, dont humblement j’essaie de faire partie, reprochent à Nanard International ces propos : "C'était certainement une faute politique. On ne comprenait pas ce qui se passait. Mais il n'y a pas de responsabilité militaire."
Une petite explication de texte est donc nécessaire pour réussir à appréhender, non pas un suspect de génocide, mais le décalage des paroles de Mister K avec les résultats des dernières recherches des historiens, journalistes ou citoyens. L’homme du Quai d’Orsay tente-t-il de minimiser le rôle joué par notre glorieuse armée dans le dernier génocide du 20ème siècle ou a t-il seulement péché par méconnaissance du dossier ? En effet, de la Commission d’enquête citoyenne au grand reporter Patrick de Saint-Exupéry, de Gabriel Péries (expert en doctrine militaire) à Géraud de la Pradelle, la thèse de l’implication de la France dans cette tragédie semble accuser de plus en plus nos forces armées qui auraient conduit eux-mêmes la politique hexagonale, noyant les politiques de l’époque dans un Bruguière, pardon un brouillard, les positionnant comme ceux qui ont légitimé des décisions militaires, et non l’inverse.
Car le génocide était également une guerre. Héritière de la doctrine de la « guerre révolutionnaire » qui n’a de progressiste que le nom, cette guerre française au Rwanda a joué sur tous les domaines classiques d’une théorie française largement relayée dans les écoles de guerre, à savoir la désinformation, l’organisation d’une autorité parallèle, le soutien multiforme, au minimum, avant, pendant et après le génocide qui fit la bagatelle d’un millions de victimes. Les décisions politiques étaient à la remorque des décisions militaires, comme peut en témoigner le bidouillage des accords de défense signés entre les deux pays sous le régime du parti unique de feu Juvénal Habyarimana. Ainsi, pour « légaliser » le positionnement de nos troupes de choc qui enseignaient l’art de répondre à la « subversion tutsi anglophone » dans les camps militaires des Forces Armées Rwandaises, on dut réécrire en vitesse début 1994 ces accords de défense qui ne stipulaient qu’une coopération entre les gendarmeries respectives. Je rappelle que des rtémoignages rwandais et français ont fait état de la proximité, voire même de la promiscuité entre l’élite des troupes de marine aéroportées et les milices interahamwe, les tueurs génocidaires…
Alors, cette déclaration de l’Oncle Ben, pardon de l’Oncle Bernie aurait-elle un double usage diplomatique, extérieur et intérieur, pour ne pas fâcher notre armée ? L’avenir nous le dira, car comme le dit un proverbe du Pays des Mille Collines, la vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas…
Le mot de la fin à Monsieur Ockrent qui, selon son humilité habituelle, a déclaré en parlant de Paul Kagame : « J'étais le seul Français en qui il avait confiance ».
Comme on dit chez Darty, et si on signait un contrat ?

