Au moment où ce billet est écrit, les finalistes ne sont pas encore connus, mais une équipe semble surnager dans la vox populi lorsqu’il s’agit de désigner le vainqueur de dimanche prochain : la Côte d’Ivoire, son équipe de rêve et son capitaine, sur et hors du terrain. Les Eléphants, impressionnant de sérénité, de maîtrise et de sentiment d’appartenance collective à un projet dépassant le cadre, non pas des buts adverses (car dans cette compétition les buts marqués à l’extérieur ne comptent pas double), mais reviens-je à mes moutons, pour aller sur le terrain de la citoyenneté.

Car ce qui fait la force des éléphants et ne trompe pas, outre une défense non pas d’ivoire, mais de fer, c’est le projet collectif national ivoirien incarné par les joueurs de l’équipe nationale qui, finalement, n’a peut-être jamais aussi bien porté son qualificatif. Didier Drogba a joué un rôle important pour arriver au résultat, pas seulement sportif, que l’on connaît. Outre son amour immodéré du coupé décalé, l’homme de Chelsea a montré l’amour de son pays dans son intégralité, du nord au sud, de Bouaké à Abidjan, voire même Cocody. Son implication dans la volonté de la société civile, comme on aime bien dire par ici, d’œuvrer pour la réconciliation nationale ivoirienne n’est plus a démontrer.

Les Eléphants sont ainsi allés dans le nord de la Côte d’Ivoire pour rencontrer la population sous administration dite rebelle et offrir aux habitants la pleine et entière signification d’une appartenance citoyenne et nationale antinomique voire contraire aux concepts de la trop fameuse et fumeuse ivoirité, projet d’ascendance ethnique d’exclusion. Ces éléphants sont une fraternité qui fait cohabiter nordistes et sudistes, chrétiens, musulmans et animistes au sein d’un projet commun national d’une Côte d’Ivoire qui gagne grâce à sa diversité.

On se souvient également qu’à l’issue d’un match, Drogba s’était agenouillé devant les caméras des chaînes de télévision ivoiriennes entraînant ses coéquipiers dans un geste rare d’humilité pour demander la fin du conflit civil qui ronge depuis quelques années le pays.

Cet engagement citoyen de sportifs souvent millionnaires, voire davantage, prouve que les footballeurs ne sont pas tous forcément aussi obtus que certains angles de tir de coups francs. Cet engagement fait ainsi la force d’une véritable équipe prouvant que professionnalisme et Afrique font bon ménage. Le mot de la fin à Tiken Jah Fakoly qui dans sa chanson « Ma Côte d’Ivoire » chante que :

Toute famille divisée
Ne pourra jamais prospérer
Alors frères et soeurs
Notre avenir se trouve dans l’unité
Tout reste à faire sur notre continent en jachère
Il attend d’être travaillé
Et c’est sûr qu’il va beaucoup donner
Il est temps pour nous de nous unir
Sinon nous allons tous périr

Ma Côte d’Ivoire
Je ne veux plus te voir en larmes
Ma Côte d’Ivoire
Je ne veux plus te voir prendre les armes