Si l’on peut comprendre qu’une de ses proches défendent le président élu le 6 mai 2007, on s’étonnera tout de même de l’outrance d’une femme qui affirme qu’ « il n'y a de retenue à rien, il n'y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, devant aucun scrupule », en parlant de la presse, celle qui n’est pas aux ordres, donc pas celle des amis du président, du Figaro à TF1, du Point à I-Télé, de Match à LCI. Sa description du « haro sur le président », si elle ressemble fort à la description du chemin qui a amené l’homme de Neuilly à l’Elysée, semble oublier que le régime est censé être démocratique et la liberté d’expression garantie en France. Secrétaire chargée des Droits de l’Homme, peut-être, mais pas des droits des journalistes.

Pourtant, Rama Yade qui semblait bien informée de l’équipée sauvage de l’Arche de Zoé en territoire tchadien (voir ici) aurait pu légitimement se pencher sur ce pays ces derniers jours pour (au moins) regretter les victimes de l’arbitraire du régime Déby et, pourquoi pas, condamner l’épuration politique dont ont été victimes les opposant à un dictateur reconnu.

Cette histoire, présentée comme une sorte de faits divers de l’humanitaire, a d’ailleurs connu un épilogue éclairant sur le « deal » entre les deux présidents, Idriss Déby proposant en échange de la sauvegarde de son régime la grâce des zozos de l’Arche.

L’homme de la rupture et du discours de Dakar qui proclamait vouloir la fin de la Françafrique lors d’un voyage à Bamako, qui bien que ministériel était aussi celui d’un candidat en pré-campagne, renoue avec la tradition françafricaine de la Cinquième République, à son image, plus haut, plus vite, plus fort…

Les questions sont nombreuses quant aux événements des derniers jours. Quel rôle a joué l’armée française dans le sauvetage in extremis du régime sanguinaire de Déby, sous couvert d’évacuation des ressortissants occidentaux ? La présence supposée des rebelles (eux aussi supposées) dans la capitale tchadienne ressemble étrangement aux manipulations du régime Habyarimana en octobre 1990 lorsque sa fidèle armée avait simulé une attaque du Front Patriotique Rwandais pour mieux arrêter massivement les « complices », en clair les Tutsi, de la capitale rwandaise. D’autres questions se posent quant à l’itinéraire de ces rebelles présumés ayant dû contourner sans être vus une des plus importantes bases militaires françaises en Afrique (les bienfaits de la colonisation), et bien sûr à propos des dessous du feuilleton franco-tchadien qui fait tous les jours des victimes depuis la date supposée de l’indépendance du Tchad, le 11 août 1960.

Occasion ratée pour Rama Yade qui pense peut-être que « l’Homme » est Nicolas Sarkozy dont la défense des « Droits » est bien plus essentielle que celle de « l’Homme africain » si cher à Henri Guaino… Quant aux charognards, aux vrais, ils volent ou errent dans les rues de Ndjamena à la recherche des corps des victimes du régime de "notre ami" Déby.