Ces cent jours qui détruisirent le Rwanda en tant que nation (préexistante à la « découverte » du pays par les explorateurs blancs) permirent certes de faire connaître à la population hexagonale qu’il existait un petit pays au centre de l’Afrique appelé Rwanda. Sur le plan historique où les erreurs, contrevérités ou absurdités dominaient la presse dans son ensemble (avec quelques exceptions notables toutefois) on apprit, ou crut apprendre, que l’antagonisme entre Hutu et Tutsi étaient « séculaire », que le Front Patriotique Rwandais était co-responsable du génocide ou encore qu’un « double génocide » dû au choléra dans les camps de Goma était en cours. On apprit même plus tard par la plume de Robert Debré que les Tutsi préparaient le « retour du Mwami » (roi)…

Seulement, le problème rwandais était bien plus compliqué que ce que l’on voulait bien nous faire croire. Le projet génocidaire, loin d’être une réaction spontanée de la population suite à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana avait été longuement préparé, sur le plan théorique comme sur le plan pratique. Les Hutu n’étaient pas tous en accord avec se projet, les démocrates en ayant d’ailleurs payé le prix aux premières heures du génocide (le premier ministre Agathe Uwilingiyimana, le président de la Cour Suprême, et bien d’autres encore, comme des militants des associations des Droits de l’Homme…). Les Tutsi, eux étaient tous visés, quelque soit leur âge ou leur condition. On éventra même des femmes pour « tuer » leur fœtus.

Ce soir Arte propose la diffusion du film Quelques jours en avril (Sometimes in April) de Raoul Peck. Ce réalisateur, haïtien ayant grandi en Afrique (Congo K) a réalisé le film qui est certainement le meilleur à ce jour sur le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 et sur le massacre des Hutu démocrates (je suis désolé, mais je déteste le terme de « Hutu modérés » qui résulte d’une logique semblable à celle qui à mené au génocide).

La première scène de ce film montre la justesse avec laquelle Raoul Peck (par ailleurs réalisateur du chef d’œuvre « Lumumba ») a su faire ce film, notamment en filmant les regards si typiquement rwandais des enfants les années suivant le génocide.

La fiction construite par Raoul Peck, basée sur des récits de survivants ou de témoins, ne cherche pas la facilité en décrivant les rapports complexes de deux frères hutu. L’un militaire ayant épousé une femme Tutsi, l’autre « animateur » à la RTLM, partie intégrante de l’appareil génocidaire.

Il faut regarder ce film même s’il est très dur à recevoir parce que réaliste et plausible alors que c’est une œuvre de fiction. Ce film pose d'ailleurs en filigrane l'implication de la France (notamment entre les liens qui unissaient le colonel Théoneste Bagosora à l'armée de la République Française). Merci à Arte de diffuser ce film en prime time.

Et si les députés, sénateurs et ministres français adoptaient la mémoire d'un enfant tutsi victime en 1994 de "nos amis les génocidaires" ?

Pour en savoir plus :

Interview de Raoul Peck sur le site de Rue 89, sur le site d'Arte ou encore sur le site d'Africultures.