Néanmoins, si nous sommes nombreux à prendre acte de cette déclaration, nous serons également nombreux à être vigilants quant à son application dans les faits... si application il y a. Car, si tout est devenu possible, rien n’est moins sûr.

En effet, comment interpréter les livraisons récentes de munitions (voire plus si affinités) qui ont permis de sauver un Idriss Déby aux abois dans son bunker, pardon, son palais présidentiel ? Comment interpréter la visite médiatique de Kadhafi ? La dissémination nucléaire du Maroc à la Lybie ?

Nationalisation et privatisation de la répression

« Il ne s’agit pas d’un désengagement de la France, mais la sécurité de l’Afrique, c’est d’abord l’affaire des Africains », nous explique l’omniprésident.

Bien sûr, il ne vous aura pas échappé que les émeutes récentes liées à la hausse des prix (vous savez, ce qu’on appelle pouvoir d’achat en France) qui ont eu lieu à Bobo Dioulasso (Burkina Faso) et à Douala (Cameroun) ont été réprimées par les milices « publiques » et respectives de nos amis Blaise Compaoré et Paul Biya. Les coups de matraques aux Africains par d’autres Africains. La véritable indépendance…

Le fait que les armes, les crédits et la formation ayant permis les brutalités et les décès de manifestants soient made in France ne serait donc qu’un « détail ». Le fait que la France, comme d’autres pays, préfère faire appel à des sociétés privées dites « de sécurité » pour exercer un soutien, inavouable pour le pays des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme, aux régimes les plus brutaux et les plus corrompus ne serait que fantasmes et affabulations ?

En retard d’un taxi-brousse, Nicolas Sarkozy, semble oublier qu’un certain Gilbert Bourgeaux, plus connu sous le nom de Bob Denard, des concurrents comme Executive Outcomes, ont su faire prospérer le mercenariat et ont été suivis par de nombreux émules, du nord au sud et de l’est à l’ouest du continent. Il est vrai que le Congo de Lumumba avait eu la primeur de l’expérience post-indépendance du mercenariat moderne.

Plus besoin de nos militaires donc, il y a des « professionnels » pour qui tout est possible, dans le souci de la discrétion à propos des commanditaires et des bailleurs de fonds.

Cette logique de « délégation de sévices publics » (oui, oui, de sévices) n’est certainement pas incompatible avec les valeurs économiques libérales du président français.

Lorsqu'il faut de "vrais" militaires, officiels et dûment missionnés, comme au Darfour, la France appelle l'Europe. Les caisses sont vides et l'opération Turquoise qui comptait quelques soldats sénégalais, mauritaniens, bissau-guinéens ou encore tchadiens en forme d'alibi international a laissé de vilaines traces...

Une annonce bling-bling ?

Nicolas S, l’ami de Bongo, Sassou ou Kadhafi, de Bolloré, Bouygues ou Pasqua serait-il sincère dans sa volonté de rompre « avec les réseaux d’un autre temps » comme il a dit à Bamako avant d’atteindre la présidence ?

L’armée française sera-t-elle ravie de cette décision qui permet d’améliorer l’ordinaire de la solde pour « nos » troupes stationnées dans les colonies ? Si grogne il y a, et dans le contexte actuel, pourquoi ne pas enterrer le projet en créant une commission ? Car effectivement, il se pourrait qu’il y ait une rupture à ce sujet : l’armée vs Sarkozy.

Nicolas Sarkozy pense vraisemblablement que l’avenir appartient au privé, dans tous les domaines, y compris dans le champ du post-colonialisme. Son ami, Vincent Bolloré et son « frère » Martin Bouygues, possèdent des intérêts en Afrique. L’élargissement de leurs empires industriel pourrait passer par la diversification et inclure la « sécurité ». Ce ne serait pas incompatible avec leur philosophie libérale. Mieux encore, il y a des affaires à faire et la discrétion serait assurée.

D’ailleurs en son époque, Elf fonctionnait avec sa garde prétorienne en relative discrétion et plus récemment, Areva a également solutionné le problème de l’information au Niger main dans la main avec le pouvoir…

Alors, comme le chante Tiken Jah Fakoly, dans sa chanson Françafrique, « vigilance et résistance »… sans impatience.

Car comme le dit le proverbe : « Tous les blancs ont une montre, mais ils n'ont jamais le temps. »…

Pour aller plus loin :