Elections : analyses à géométrie variable
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 20 mars 2008, 07:00 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Ces dernières élections municipales qui
ont d’ailleurs occulté dans les medias les non moins importantes élections
cantonales nous ont réservé quelques surprises, dans les urnes, mais aussi sur
les plateaux télé, pas ceux qu’on grignote devant un matche de Coupe d’Afrique
des Nations, mais ceux inondés de projecteurs et noyautés par des caméras.
Ainsi, alors que de nombreux quotidiens de sensibilités diverses titraient sur le raz-de-marée, la déferlante, voire le tsunami, nos camarades ministres se sont tous mis à clamer qu’il n’y avait pas eu de défaite pour la majorité présidentielle, le scrutin étant local.
S’il est vrai que la langue de bois est une plante qui refleurit lors des soirées électorales du petit écran, le terreau sur lequel elle prospère est généralement celui de la défaite. Donc, nos élites de droite et du (nouveau) centre ont pu asséner quelques « vérités » de derrière les fagots, de bois dont on fait les langues, bien sûr. Je m’intéresserai donc au camp des vaincus de dimanche dernier.
Scrutin local ou national ? Alors que les états-majors nationaux du PS et du PCF faisaient campagne sur un argumentaire footballistique en décernant à qui mieux mieux cartons roses, pardon jaunes, et rouges à la majorité présidentielle tout au long de la soirée, l’UMP qui avait d’abord voulu nationaliser le scrutin pour soutenir l’action du président et de son gouvernement, a vite, au fur et à mesure des sondages catastrophiques, voulu relocaliser l’enjeu.
Le contraste était flagrant entre les responsables nationaux qui alignaient péniblement des arguments auxquels ils étaient les derniers à croire et les responsables locaux qui justifiaient leur défaite en pestant intérieurement contre, au choix, la vie privée du président, l’ostentation de luxe encore du président ou l’activisme omniprésent, vous l’aurez deviné, toujours du président...
Mais le collaborateur N°1 du même président (quand je vous dis qu’il est omniprésent…) réussit le tour de pousse-pousse comme on dit en Asie, ou de passe-passe comme on dit sur le plateau des émissions de Patrick Sébastien, à faire passer la défaite pour un soutien populaire à la politique de réformes menées par nos dirigeants.
Ainsi, les réformes, mots magiques de la cinquième république décidément de plus en plus mal en point, devront être accélérées et renforcées, selon la métaphore olympique, plus haut, plus vite, plus fort. En clair la majorité s’est pris une grosse claque parce qu’elle n’est pas assez à droite (en deux mots, même si on pourrait même dire en trois mots mal à droite), d’où la victoire de la Gauche. CQFD.
Mais les joueurs de bonneteau que sont nos ministres et nos secrétaires d’état devraient se méfier de cette méthode Coué revisitée « droite décomplexée » comme d’un boomerang.
Le mot de la fin à Bernard Comment qui a écrit dans son livre « Un Poisson Hors de l’eau » :
« En consultant un catalogue ..., j'ai découvert que la limande-salope a les yeux à gauche, tandis que la limande-franche les a à droite, ça m'a fait éclater de rire. »
C'est beau comme du Devedjian ou du Sarkozy…

