Il est tout à fait permis de penser, et je me le permets, que cette opinion largement partagée par quelques-uns de ses collègues ou par plusieurs journalistes soit tout à fait fausse.

Pourtant quelques faits avérés (je sais je suis encore à la limite du pléonasme) auraient du leur mettre, et à M. Bockel également au passage, la puce à l’oreille. Souvenons-nous.

  • Mai 2006 : Le malentendu part du Bénin où le candidat Sarkozy déclare qu’ « Il nous faut la (la politique franco africaine) débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autres mandats que ceux qu’ils s’inventent ». Un petit discours bien mis en scène qui aura la vie dure dans l’imaginaire collectif.
  • Mai 2007 : Un an après cette déclaration d’intention en matière de rupture françafricaine, le Président nouvellement élu va passer quelques jours sur le yacht de Vincent Bolloré, pilier de la Françafrique économique, après la mise à disposition par ce dernier d’un jet privé pour certainement « habiter la fonction présidentielle »…
  • Mai 2007, toujours : Alors que « l’anti-France » concentre ses critiques sur le voisinage au sein d’un même ministère l’immigration et la soi-disant « identité nationale », personne ne trouve rien à redire sur le jumelage de la Coopération et de la Francophonie au sein d’un même secrétariat d’état dévolu au président… du fan-club français de Tony Blair.
  • Juillet 2007. Le Président se rend à Dakar pour délivrer un discours hallucinant à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar. La plume d’Henri Guaino contredit allègrement toute volonté affichée de rupture avec l’ « esprit » de la Françafrique et plonge le désormais célèbre « Homme africain » dans l’inéluctabilité de son sort. Intellectuels, artistes, citoyens d'Afrique s'élèvent contre cette vision type "retour vers le futur".
  • Octobre 2007 : le traitement de l’immigration par le recours aux tests ADN ne pousse pas franchement à la démission le maire de Mulhouse.
  • Janvier 2008 : Notre « chevalier blanc » au rabais remet sur le devant de la scène l’urgence de la rupture en déclarant notamment : "La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès, déclarait-il alors dans un entretien au Monde le 16 janvier. Certains pays ont d'importantes ressources pétrolières, mais leur population n'en bénéficie pas."

Epilogue :

  • Mars 2008 : le joueur est transféré au Ministère de la Défense où il s’occupera désormais des vétérans…

Les agités du Bockel

Le Figaro, dont le soutien au Président ne fait pas de doute, met en avant la fronde qu’aurait mené Omar Bongo pour évincer le bon Jean-Marie. Certes, on peut tout à fait imaginer que notre ami El Hadj Albert ne soit pas étranger à ce type de pratiques, lui qui a su troubler le jeu politique en métropole, notamment par le financement des campagnes électorales (du FN au PCF en passant par le RPR / UMP et l’UDF, mais, et c’est tant mieux, en oubliant Les Verts).

Même si les attaques contre la Françafrique par notre ex-secrétaire d’état aux affaires post coloniales (coopération + francophonie = ?, selon vous ?) ont pu avoir un certain retentissement jusqu’à Libreville ou Yaoundé, on remarque de la constance dans les propos de notre transféré sur la Françafrique. En effet, si le mot est la contraction de France et d’Afrique, c’est uniquement cette dernière qui a essuyé les critiques du Blair français qui, en passant, a oublié le côté obscur de la farce, le côté France.

Nonobstant cette géométrie variable du sens de la responsabilité, il est également tout à fait permis de penser que les amis et intimes du Président, de Bolloré à Bouygues, ont pu également se montrer quelque peu réservés à la publicité faite à la Françafrique dans les media suite aux déclaration de JMB.

L’empressement du Figaro à justifier la décision présidentielle du transfert par les « pressions de Libreville » et le relais des propos d’un courageux ministre sous couvert de l’anonymat qui a évoqué « des pressions, notamment d'Omar Bongo (président du Gabon), pour faire partir Bockel du Quai d'Orsay » en analysant que JMB « a eu le tort d'appliquer au premier degré les critiques de Sarkozy » serait-il (l’empressement du Figaro, oui je sais mes phrases sont trop longues et mes digressions trop nombreuses), reviens-je à mes moutons, le baobab qui cache la désertification en marche ? En clair un écran de fumée africain pour masquer les demandes françaises ?

Mort au champ d’honneur ?

Bref, mort au champ d’honneur pour avoir trop cru aux promesses de campagne de Nicolas Sarkozy, le néo-converti Jean-Marie Bockel ne peut être sérieusement considéré comme un émule de la pensée du (très) regretté François-Xavier Verschave à qui je laisse le mot de la fin. Comme une sorte de nettoyage des propos de Sarkozy et de Bockel au Kärcher™... :

« Plus d'une vingtaine de réseaux politiques, d'officines mafieuses, de filières occultes, se partagent aujourd'hui le gâteau africain. A peine 2 ou 3 % de l'aide publique française au développement sert à lutter contre la pauvreté. Depuis quarante ans, la politique française en Afrique vise uniquement à exploiter les ressources naturelles et géopolitiques des pays francophones. Les profits sont immenses. C'est pourquoi les armes importent peu : la corruption, le meurtre, la manipulation et la guerre. C'est le plus long scandale de la République. Aujourd'hui, plus aucune digue ne contient la folie de la Françafrique. »


Pour aller plus loin...

  • Eviction de J.M. Bockel. La Françafrique, on l’aime ou on la ferme : communiqué de Survie du 21 mars 2008.
  • Sarkozy et la Françafrique : le dossier de Survie France.
  • Bolloré : monopoles services compris : le dossier de Survie Rhône.