Qui veut du miel doit avoir le courage d'affronter les abeilles
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 27 mars 2008, 07:00 - Niouzes - Lien permanent
Qui veut du miel doit avoir le
courage d'affronter les abeilles
C'est par ce proverbe sénégalais que l'Association nigérienne des éditeurs de la presse indépendante (ANEPI), le Réseau des journalistes pour les droits de l'homme (RJDH) et Reporters sans frontières décrivent le difficile métier de journaliste. "Nous sommes journalistes. Nous savons que, en Europe comme en Afrique, ce métier est difficile. Il est parfois ingrat. Il peut être dangereux. Pour les gouvernements, il est souvent irritant. Mais il est indispensable pour qui veut laisser respirer un pays ont déclaré ces organisations lors d'un appel commun à la libération de Moussa Kaka. Mais qui est cet homme ?
Moussa Kaka, otage au Niger depuis six mois
Moussa Kaka est journaliste, directeur d'une station de radio indépendante Radio Saraounia et correspondant de Radio France Internationale, et prisonnier, le tout au Niger.
Moussa n'a pas été enlevé par des rebelles, il est l'hôte des geôles nigériennes et donc du pouvoir autoritaire de Mamadou Tandja, Président.
Moussa est emprisonné depuis le le 20 septembre 2007. Son crime présumé ? Complicité d'atteinte contre l'autorité de l'Etat. Accusé d'avoir vendu des "conseils" à la rébellion Tuareg, Moussa Kaka dérange un pouvoir qui fait face à quelques problèmes loin d'être négligeables. Bien sûr cette charge farfelue n'existe que pour atteindre une voix libre du Niger, respectée, écoutée chaque jour dans toute l'Afrique francophone.
Le silence forcément assourdissant de la France
La rébellion Tuareg pose des problèmes sur la gestion de l'identité nationale comme pourrait le dire M. Hortefeux. La famine, elle, endémique et régulière est le fruit d'une gestion prédatrice de l'économie par les cercles se trouvant autour du pouvoir politique ou en son sein. La gestion des ressources naturelles pose des problèmes environnementaux et démocratiques. Areva peut ainsi exploiter l'uranium dans la plus grande tranquillité grâce à l'étouffoir des forces dites de l'ordre, du moins de l'ordre établi.
Moussa Kaka est un témoin gênant pour les autorités locales. Mais le peu d'empressement des autorités françaises, en tête (de gondole) desquelles un Ministre des affaires étranges (oui, vous avez bien lu) et de sa non moins médiatique Secrétaire aux droits de l'homme (mais desquels et duquel ?), à soutenir le correspondant officiel de la voix de la France pose quelques questions embarrassantes. Comme la complicité active d'Areva dans la mise sous coupe réglée de la production d'uranium, comme le silence officiel français à propos d'un pays ou le bizzness (yes !) d'une des majors (yes again !) de nos entreprises arrange bien nos "affaires", au sens propre comme au figuré.
Ainsi, la réponse du gouvernement du Niger à la journée de solidarité des collègues de Moussa sur RFI a-t-elle été l'interdiction d'émettre sur le territoire nigérien pendant 3 mois sur la bande FM. Ces pratiques d'un autre âge nont pas vraiment sucité l'ire de M. Kouchner, de Mme Yade où encore de l'ex-secrétaire à la francophonie, Jean-Marie Bockel, transféré aux anciens combattants.
Moussa Kaka n'a pas à être une victime de la raison d'état et de la Françafrique.
Ayons une pensée pour Moussa, chaque jour, jusqu'à sa libération.
Pour aller plus loin
La pétition de Reporters Sans Frontières

