Arche des Zozos : Breteau retrouve la parole
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 9 avril 2008, 11:26 - Niouzes - Lien permanent
Beaucoup aura été dit ou même écrit sur
l’équipée sauvage de l’Arche de Zoé au pays d’Idriss Deby. On ne compte plus
articles et reportage sur les zozos et leur étrange conception du travail
humanitaire en des contrées lointaines, forcément lointaines…
Depuis qu’il a été gracié par notre ami le dictateur, le gourou de l’association, Eric Breteau, se met à parler, à beaucoup parler, son expression étant proportionnelle au nombre de micros et de caméras lui tendant la main, si j’ose dire.
Là encore, les déclarations de celui qui fut dans un passé pas si lointain jugé et condamné par la Justice tchadienne, s’avèrent proportionnelles au silence forcé dans le geôles tchadiennes dudit Breteau. Et il balance. Comme le petit Larousse qui semait à tout va. Et il aligne, quelques cibles aussi médiatiques que lui voire plus, à savoir Cécilia Sarkozy (qu’il a d’ailleurs peut être contactée pas SMS ?), Rachida Dati (peut-être croisée dans les couloirs de Dior ?), Catherine Pégard (une ancienne journaliste devenue conseillère à l’Elysée, pour services rendus pendant la campagne ?), ou encore Rama Yade (celle dont on se demande encore à quoi elle sert entre deux démentis) et son « patron », Bernard Kouchner, le mari de Mme Ockrent, qui pourrait bien démissionner pour ne pas gêner son épouse à la tête de France Monde.
Que se cache-t-il derrière ce charity circus ? On aimerait bien le savoir et il ne nous reste plus qu’à effectuer des hypothèses pour tenter de séparer le bon grain de l’ivraie et pour savoir qui dit vrai. D’ailleurs, à en croire l’ancien pompier volontaire et prisonnier involontaire, on semble se diriger vers une opération dont l’objectif n’était peut-être pas celui affiché par les zozos. Ainsi Breteau s’épanche dans le Figaro : « Ce n'était pas un rapatriement organisé pour notre plaisir ou pour celui de quelques familles. En montant cette opération, nous avons voulu dénoncer haut et fort la passivité des autorités internationales sur le drame du Darfour. (…) Notre objectif était de créer une crise afin de susciter une prise de conscience de la communauté internationale. ».
Et il en remet une petite couche sur France-Info, sur les ondes de laquelle il déclare que son objectif était « de créer un incident international qui oblige la communauté internationale à intervenir sur le sujet du Darfour et donc, forcément, d’impliquer des politiques» tout en déplorant que « les événements du 25 octobre (l’arrestation des membres de l’équipe au Tchad, dont il faisait partie, ndlr) ont malheureusement détourné le sujet puisque, depuis lors, on ne parle que du Tchad et d’un vol d’enfants tchadiens et de l’Arche de Zoé, alors qu’on aurait souhaité parler du Darfour et de la situation des enfants au Darfour ».
Dont acte. Ainsi, l’objectif n’était pas de sauver des enfants ravalés au rang de figurants mais de faire parler du Darfour. Question de méthode. L’ingénuité réelle ou simulée du gourou de service teintée d’un bon vieux sentiment néocolonial permettra-t-elle de remonter la chaîne des responsabilités ayant amené 103 enfants tchadiens à se demander s’il n’était pas orphelins ou darfouris sans trop éclabousser un pouvoir qui sent déjà la fin de règne ? En tous cas il propose de transformer l’Arche de Zoé… en parti politique !
En effet, la constante dans cette histoire est la présence autour de l’Arche de personnes impliquées dans les plus hautes sphères de l’état. De Rachida Dati à Mme Cécilia qui devaient accueillir triomphalement les orphelins, de Rama Yade à Kouchner qui ont très vite lâché le concept d’ingérence humanitaire tendance « Arche de Zoé », du conseil scientifique de l’UMP à la composition du conseil d’administration de l’association Paris Biotech Santé, bref, toutes ces liaisons dangereuses pourrait s’avérer dangereuse pour la popularité et la crédibilité d’un président yoyo qui baisse davantage qu’il ne remonte et qui semble déjà au bout de la ficelle.
Alors, qui paiera l’amende due au Tchad. Breteau a déclaré, fidèle à ses convictions néocoloniales : « Je n'ai aucunement l'intention de payer. Par ailleurs, si la France paie, je trouverai ça dégueulasse. On dépense déjà beaucoup pour alimenter les caisses des chefs d'Etat africains. Dans cette affaire, il n'y a pas de parties civiles identifiées. On sait donc que les 6,3 millions d'euros, s'ils sont versés, vont aller dans les poches d'Idriss Déby. ». Quant à l’Etat, il a déjà payé en volant au secours de Deby, mais c’est une autre histoire…
Le mot de la fin à Ahmadou Kourouma qui a donné une bonne définition de l’ingérence humanitaire : « C'est le droit qu'on donne à des Etats d'envoyer des soldats dans un autre Etat pour aller tuer des pauvres innocents chez eux, dans leur propre pays, dans leur propre village, dans leur propre case, sur leur propre natte. »

