Si on ajoute à cela les problèmes de récession aux States, les bourses prêtes à exploser (sans mauvais jeu de mots, of course…), le dérèglement climatique, la crise énergétique et le réveil tous azimuts de la Chine, le guêpier irakien, que sais-je, on a de quoi se dire qu’on est peut-être bien mal barrés. Au propre comme au figuré. Ceux qui tiennent la barre du vaisseau planétaire semblent faire tout ce qu’il y a de pire sur les plans de la démocratie, de la diplomatie, de l’environnement, bref, on fait le contraire de ce qu’il faudrait faire. La mondialisation heureuse telle qu’on nous l’a vendue (ou essayé de nous la vendre) n’est plus. De profundis... On nous promet donéravant de la sueur, du sang et des larmes.

Place à la mondialisation morose. Les problèmes se sont globalisés en même temps que l’économie. Résultat : la vie est de plus en plus difficile d’un bout à l’autre du monde. Les problèmes ne valent que s’ils sont partagés par tous… Les causes des émeutes populaires entre les tropiques sont les mêmes que celles de la grogne dans les pays du nord. Mais, ici, on les appelle « manifestations pour le pouvoir d’achat ». Cà sonne déjà plus « confort ».

Ca va mal finir !

Tout coûte et va coûter plus cher d’année en année, de mois en mois, de semaine en semaine. La croissance exponentielle de la courbe des prix va suivre le coût de l’énergie, proportionnellement à celle-ci. Comme l’économie mondiale a fait le choix de la globalisation de la production des cultures dites « vivrières », on consomme du riz chinois au Sénégal, de la crevette sénégalaise au Danemark et de la charcuterie danoise en Chine. Le nombre de km (ou de miles si on est anglophone) parcourus par toutes ces denrées se répercute fatalement sur le prix d’achat si on achète ou de vente si… on vend.

Ajoutons les besoins occidentaux en produits tropicaux dont le café, le cacao, les fruits, les fleurs, et maintenant les agrocarburants, qui ont fait que peu de pays du Sud sont autosuffisants sur le plan alimentaire et on constate en pléonasmant qu’en fait, effectivement, en effet, on comprend mieux maintenant le pourquoi de certaines famines (Niger, Malawi…) : il est structurel (économie coloniale toujours en cours), contextuel (dérèglement climatique), continuel (dépendant des énergies fossiles) et suicidaire (bientôt plus de poisson ?).

Alors, on a bien pris conscience du problème en hauts lieux. Peut-être même tellement bien qu’on n’ose nous dire la réelle gravité de la situation, qui, même s’il y a pénurie de pétrole, s’avère explosive. Quelle sera alors la pression à l’émigration dans les pays qui sont aux premières lignes dans la lutte pour leur survie ? Les hordes d’immigrés qui aujourd'hui se lancent chaque jour dans de véritables JO où il faut marcher, courir, nager, sauter, ramper, se cacher, pour trouver un monde meilleur, ne sont rien en comparaison de celles qui se lèveront demain. La mortalité est importante, la douleur intense, mais à côté de la famine ? Au moins on avance... . Et les guerres ? Celles de l’eau, de la terre, de l’énergie, souvent bien masquées par un folklore religieux ou nationaliste (Bush et sa croisade cumule les deux), pour lieux mobiliser les foules au Sud ou l’opinion publique au Nord ? Sont-elles en diminution constante ou en augmentation continuelle ?

Stop, et vite !

Reviens René Dumont, ils sont devenus fous ! Tout ce que tu as annoncé se réalise. Des fausses solutions que l’on nous applique à la mascarade géante qu’on nous fabrique, qui creuse chaque jour un peu plus la frontière entre les grands medias obéissant à la logique capitaliste et le monde réel dont ils sont une partie de ceux qui le façonnent, comme s’ils faisaient de la sculpture avec des excréments.

Au fur et à mesure que l’on réalise l’ampleur des dégâts qui s’annoncent comme inéluctables si l’on ne change pas radicalement et urgemment de mode de tout : mode de vie, mode économique, modes de transport, modes de production, mode de gouvernement, mode d’emploi…

Chaque jour des décisions sont prises à tous les niveaux qui renforcent le côté obscur du développement humain. Des décisions qui ne prennent ou ne veulent pas prendre en compte les vrais problèmes auxquels nous devons faire face tous ensemble en tant qu’humanité sous peine de voir souffrir et disparaître une partie de l’humanité, une partie de nous-mêmes. Ce que l’on voit de négatif grossir chaque jour dans le monde, on va le voir encore et encore, de plus en plus, pour des années et des années. On commence à récolter les mauvaises graines que l’on a semées…

Alors ayons, dans notre confort relatif occidental, une véritable réflexion individuelle et collective sur notre façon de vivre et de causer par nos choix de consommateurs un effet papillon sur les autres.

Le mot de la fin à ce cher René Dumont qui avait déjà vu il y a plus de trente ans ce qui nous menait droit dans le mur : « Une croissance indéfinie est impossible, nous n'avons qu'une seule Terre, mais une civilisation du bonheur est possible. Les solutions existent, mais l'opinion les ignore car les structures actuelles et les détenteurs des pouvoirs économique et politique s'y opposent. »

Tant que ça ne rapporte pas…