« Le secours étranger arrive quand la pluie est passée », proverbe rwandais
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 23 avril 2008, 11:59 - Niouzes - Lien permanent
Depuis 1995, les mois d’avril sont
difficiles à traverser. Chaque année qui passe voit s’éloigner dans le temps la
terrible catastrophe humaine que fut le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994.
Cette année qui marque le quatorzième –triste- anniversaire d’Itsembatsemba
semble s’ajouter aux autres dans une sorte de litanie des dates et du temps qui
passe.
S’éloigner dans le temps, mais pas de la mémoire, car si les années qui s’accumulent voient notre perception évoluer ou changer, notre bon pays de France semble être bloqué dans le temps à cette époque honnie, la fin du vingtième siècle, qui semblait résumer ainsi quelques siècles de présence sur le continent africain.
La France qui a joué un rôle plus qu’important sur la destinée du Rwanda et des Rwandais campe sur sa position qui est de nier toute participation ou rôle dans la solution finale qui s’exerça sur la population du Pays des Mille Collines. Mieux ou pire, c’est selon, la France est aujourd’hui le seul pays avec lequel le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques. Tout cela à cause d’un juge « politique » qui dirigea son enquête pour obtenir des faisceaux de présomptions parfois arrachées à des témoins qui estimèrent leurs témoignages au mieux incompris, au pire détournés.
Mais cela n’est que la partie émergée de l’iceberg d’indifférence qui, dans les hautes sphères de l’appareil d’état, a amené à considérer le génocide comme une sorte d’omelette faite à partir des œufs cassés de la souveraineté nationale du Rwanda, de la théorie militaire de la guerre dite révolutionnaire, de la défense d’une fantasmée francophonie politique, des droits humains ou encore tout simplement du respect de la vie.
Voilà pour ce que l’on a fait en notre nom « là-bas » avec le résultat effroyable que l’on connaît. Mais les dégâts de certains choix faits sous François Mitterrand, par lui-même, par un gouvernement de cohabitation ou par notre sacro-sainte armée –toujours coloniale- française dans un brouillard médiatique de bon aloi qui « embrouillardisait » , c'est-à-dire qui plongeait dans un mélange de brouillard et d’embrouilles l’opinion publique hexagonale.
Confondre victimes et bourreaux, banaliser le génocide (ah, cet inénarrable « double génocide » dont le choléra était l’auteur dans les camps de réfugiés de Goma…) et absoudre notre pays de toute faute en revendiquant –déjà, me souffle Henri Guaino, l’auteur du fumeux « discours de Dakar » du Président Sarkozy- en revendiquant donc cette inéluctabilité du destin de l’ « homme africain », voilà à quoi la France officielle a occupé ces quatorze années de souffrance du peuple rwandais au premier rang duquel les familles de victimes et les rescapés continuent de pleurer leurs morts ou leur propre vie dévastée.
« Le secours étranger arrive quand la pluie est passée. » annonce aujourd’hui la « sagesse populaire » rwandaise. Ainsi, la catastrophe humaine et donc internationale que fut le génocide a tout de même permis d’enrichir la liste des sages proverbes rwandais…
Le mot de la fin au grand reporter Patrick de Saint-Exupéry qui dans son livre « L’inavouable » estime qu’en 1994, « Au Rwanda, notre politique fut une réussite. Techniquement - je veux dire si l'on se débarrasse de ces concepts encombrants que sont le bien et le mal, l'humain et l'inhumain, l'acceptable et l'inadmissible-, nous fûmes au sommet. La mystification est une figure de la guerre. Nous la pratiquâmes avec une maîtrise qui glace le sang. Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seeing. J'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises. Il faisait chaud, c'était l'été. Il faisait beau, c'était magnifique. C'était le temps du génocide. »

