Voilà pour ce que l’on a fait en notre nom « là-bas » avec le résultat effroyable que l’on connaît. Mais les dégâts de certains choix faits sous François Mitterrand, par lui-même, par un gouvernement de cohabitation ou par notre sacro-sainte armée –toujours coloniale- française dans un brouillard médiatique de bon aloi qui « embrouillardisait » , c'est-à-dire qui plongeait dans un mélange de brouillard et d’embrouilles l’opinion publique hexagonale.

Confondre victimes et bourreaux, banaliser le génocide (ah, cet inénarrable « double génocide » dont le choléra était l’auteur dans les camps de réfugiés de Goma…) et absoudre notre pays de toute faute en revendiquant –déjà, me souffle Henri Guaino, l’auteur du fumeux « discours de Dakar » du Président Sarkozy- en revendiquant donc cette inéluctabilité du destin de l’ « homme africain », voilà à quoi la France officielle a occupé ces quatorze années de souffrance du peuple rwandais au premier rang duquel les familles de victimes et les rescapés continuent de pleurer leurs morts ou leur propre vie dévastée.

« Le secours étranger arrive quand la pluie est passée. » annonce aujourd’hui la « sagesse populaire » rwandaise. Ainsi, la catastrophe humaine et donc internationale que fut le génocide a tout de même permis d’enrichir la liste des sages proverbes rwandais…

Le mot de la fin au grand reporter Patrick de Saint-Exupéry qui dans son livre « L’inavouable » estime qu’en 1994, « Au Rwanda, notre politique fut une réussite. Techniquement - je veux dire si l'on se débarrasse de ces concepts encombrants que sont le bien et le mal, l'humain et l'inhumain, l'acceptable et l'inadmissible-, nous fûmes au sommet. La mystification est une figure de la guerre. Nous la pratiquâmes avec une maîtrise qui glace le sang. Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seeing. J'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises. Il faisait chaud, c'était l'été. Il faisait beau, c'était magnifique. C'était le temps du génocide. »