Zimbabwe : une démocratie en soldes
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 25 juin 2008, 13:01 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Alors que parmi 60 millions de
consommateurs hexagonaux, un certain nombre n’ont plus d’intérêt que pour les
soldes dans les magasins, boutiques ou sur le web, les zimbabwéens assistent
impuissants à la grande braderie de la démocratie par le vétéran Robert
Mugabe.
Le leader incontesté du Zanu-PF (Zimbabwe African National Union – Patriotic Front) mais pas le leader incontestable de l’ancienne Rhodésie du Sud a donc fini par user les velléités d’accession à la présidence de Morgan Tsvangirai qui, tel un boxeur ayant pris une série de coups divers et répétés, a jeté l’éponge dans un combat trop inégal. Pourtant, si l’histoire ne se répète pas, elle bégaie assez souvent, y compris dans le pays qui fut sur la ligne de front dans le combat contre l’Apartheid. Arrivé au pouvoir en 1980 après une lutte armée contre le régime ô combien raciste de Ian Smith et auréolé de l’hymne non officiel écrit par Bob Marley, Robert Mugabe avait suscité les espoirs de la population noire du Zimbabwe, mais également ceux de la minorité blanche, y compris Ian Smith ou Ken Flower, chef du renseignement de la Rhodésie pourrissante. Mais la lune de miel avec toutes les composantes du peuple zimbabwéen a vite tourné en lune de fiel. Avec tous.
Ainsi, six mois après l’indépendance, l’entraînement des forces de sécurité fut confié à la si populaire et démocratique Corée du Nord. Dans le même temps, les lieutenants de Robert commencèrent une campagne de dénigrement de l’autre parti, le Zapu (Zimbabwe African People’s Union), et bien sûr de ses leaders, au premier rang desquels Joshua Nkomo, à ne pas confondre avec l’ancien gardien de but camerounais, Thomas Nkono. La pression des supporters du parti du désormais président aboutit à des affrontements entre Zanu et Zapu, instaurant une relative terreur parmi la population d’ethnie Ndebele, notamment. Les années suivantes, des purges au sein de l’armée nationale vidèrent drastiquement ses rangs des anciens de « l’autre » armée de libération, celle de Joshua Nkomo, par des bannissements ou des assassinats. La fidélité actuelle de l’armée envers le vieil autocrate était à ce prix. Les soubresauts du régime à l’encontre de ses opposants se répétèrent ensuite en 1985 où des milliers de Ndebele furent internés dans des camps. Le tout passa relativement inaperçu, les yeux du monde étant braqués sur la lutte de l’ANC chez le voisin sud africain.
La machine était lancée. Les années passant et le président vieillissant sans se bonifier, le contraste fut saisissant lorsqu’un autre ancien des luttes fut élu président de l’Afrique du Sud voisine, l’immense Nelson Mandela, qui, lui, sut ne pas s’accrocher au pouvoir comme un morpion dans le slip d’un queutard. Nonobstant l’exemple de l’ex prisonnier N° 466-64, Old Bob instaura une sorte de culte de la personnalité d’inspiration chino-coréenne doublé d’un pouvoir musclé et sourd, voire aveugle, mais certainement pas manchot.
L’espoir d’une alternance suscité par l’élection présidentielle de 2008 fut rapidement déçu par les manipulations du vote des électeurs zimbabwéens et les atermoiements de la commission électorale indépendante, forcément indépendante, même de la réalité. Le vainqueur du premier tour de la présidentielle dont le parti remporta la législative abandonne l’épreuve de force avec le vieux président pour épargner à la population et à ses partisans les exactions qui reprennent avec une vigueur nouvelle et digne des années quatre-vingts. On ne reviendra que peu sur le processus qui a mit fin à la candidature alternative du Movement for a Democratic Change qui partage avec le groupuscule de Jean-Pierre Chevèment les initiales MDC, juste pour signaler que tout était relativement prévisible pour qui s’intéresse un tant soi peut à la gouvernance Mugabe depuis son accession au pouvoir. Les quelques acquis démocratiques sont exposés voire explosés dans cette grande braderie. Le prix du pouvoir est garanti à moins de 50% pour Tsvangirai, mieux qu’aux Galeries Lafayette !
Le mot de la fin au President himself, Robert Mugabe qui, dans une sorte de virage mystique façon Mitterrand sur la fin de sa vie, a déclaré : «Le MDC ne sera jamais, au grand jamais, autorisé à diriger ce pays. Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu'il m'a donné, ni le MDC ni les Britanniques».
Pauvre Chevènement, il n’a pourtant rien fait !

