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Non, ce n’est pas du football, ni même une relation diplomatique conflictuelle. Car il n’y en a plus, du moins officiellement, de relations diplomatiques entre les deux pays... Retour sur un tragédie (et le mot est faible) à l’occasion de la présentation des résultats de la commission d’enquête rwandaise par Tharcisse Karugarama, ministre de la justice au pays des mille collines.

Retour à l’envoyeur

En novembre 2006, lorsque l’éminemment politique Juge Bruguière annonce les conclusions de ce qu’il qualifia à l’époque d’enquête et la mise en examen de neuf personnalités du Front Patriotique Rwandais, la France, ce beau pays du ministère de l’immigration et de l’identité nationale réunies, pensait qu’elle allait pouvoir solder son rôle plus qu’ambigu lors du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994.

Quelques jours plus tard, ce petit pays (par sa superficie, le faisant ressembler à une crotte de mouche à droite du Congo sur la carte d’Afrique…) se permet l’outrecuidance de rompre ses relations diplomatiques avec la capitale putative de la francophonie. En effet, après avoir tenu en échec la France (diplomatique, politique et militaire, voire mercenaire) dans le Zaïre pourrissant de la fin du règne Mobutu pour y placer Kabila (Laurent Désiré, le père), le Rwanda se devait d’être châtié par le pays qui donna naissance aux « lumières » et à l’inoubliable film « Mon curé chez les nudistes ».

Si la Mission parlementaire d’information conclut en 1998 que la France « n'a en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide et l'ont déclenché dans les jours qui ont suivi l'attentat », nombreux furent ceux qui surent lire entre les lignes, les jours qui ont suivi l’attentat, non (si ce n’est le passage express de l’inénarrable Paul Barril et son retour avec la fumeuse -oui oui- boîte noire de l’avion présidentiel, mais alors, avant et après ces jours sombres, quelle assiduité hexagonale ! Bref, l’écran de fumée à usage de l’opinion publique était en marche…

C’est donc naturellement que le gouvernement rwandais décida la création de sa commission d’enquête sur la participation française au génocide des Tutsi et au massacre des Hutu démocrates de 1994.

De l’Indochine au Rwanda via l’Algérie

Pour qu’une partie importante du peuple rwandais puisse se servir allègrement de machettes pour aller exterminer ses voisins, amis, relations familiales ou inconnus, il avait fallu laver les cerveaux des « bons » citoyens. Et cela pendant quelques décennies.

Un détour par les « possessions » françaises en Asie s’avère nécessaire. Loin d’avaler inutilement des kilomètres virtuels et de voyager un demi siècle en arrière, le retour au pays fatal qui sonna le début des déboires coloniaux de notre pays explique en partie l’implication française entre Zaïre, Uganda et Burundi. Depuis les premiers explorateurs et missionnaires, en passant par Napoléon, Jules Ferry, la mission du capitaine Marchand stoppée nette par les Britanniques à Fachoda, puis les troubles de Madagascar et de Sétif (entre autres, demandez aux Bamilékés du Cameroun…), la France a toujours refusé la remise en cause par les colonisés du rôle « positif » d’icelle à leur encontre. Illustre incomprise, la France et son armée se penchèrent donc sur, non pas les raisins de la colère, mais les raisons de la défaite au pays d’Hô Chi Min. D’où la genèse de la théorie de la « guerre révolutionnaire » dans les sphères pensantes de la stratégie militaire et de la guerre psychologique. Première application, la bataille d’Alger et ses préparatifs de quadrillage géographique d’abord, de harcèlement psychologique ensuite.

La bataille d’Alger fut un succès militaire inespéré dans le contexte de la guerre d’indépendance, pardon des opérations de pacification. On retrouvera quelques années plus tard le même découpage administratif de contrôle de la population et des esprits au Rwanda, jusque dans l’utilisation du mot et du concept de « secteurs ». Mais quel rapport entre la théorie made in France de la guerre dite révolutionnaire et la dictature des régimes Kayibanda puis Habyarimana ?

Et bien, le succès de cette théorie guerrière fut tel qu’elle fut enseignée dans de nombreuses écoles militaires à commencer par l’hexagone qui savait (et sait encore ?) alors très bien accueillir les officiers du « monde libre » pour leur apprendre à bouter les ennemis communistes ou anticolonialistes hors des frontières métropolitaines ou coloniales. Ainsi, des officiers de l’armée belge furent sensibilisés à ce concept pour commencer à le mettre en place dans un Rwanda nouvellement indépendant mais toujours sous contrôle belge.

Et, excusez-moi pour ce détour, c’est là que çà commence vraiment. La « coopération » se mettra véritablement en branle sous le septennat de Giscard avec notamment la signature entre les deux pays d’accord d’assistance militaire par le biais des deux gendarmeries nationales. Suivie vers la fin des années 80 / début des années 90 par une coopération entre les armées qui fit d’ailleurs faire faire à la France en catastrophe un avenant à ces fameux accords trop souvent qualifiés à tort de secrets…

Depuis 1990, l’armée française qui donna l’impression à l’époque d’avoir su relativement bien s’émanciper du pouvoir politique, prit du champ pour aller jusqu’à entraîner également les milices interahamwe, bras « séculier » du pouvoir génocidaire, dans les casernes rwandaises.

Haute fidélité

Tout ce travail auprès de ceux qui allaient commettre le génocide, comme le funeste général Bagosora, allait devoir une solidarité sans faille à notre pays pour masquer sa participation sinon active, du moins « intellectuelle » au génocide. L’Opération Turquoise (et les massacres de Bisesero, notamment, lire « L’inavouable » de Patrick de Saint-Exupéry, édition les Arènes) allait permettre à la France de contrer les effets de l’avancée du Front Patriotique Rwandais (FPR), à savoir l’exfiltration des forces politiques, militaires et miliciennes qui commettaient le génocide.

La caricature offerte au monde par nos forces armées en train de justifier la reprise des émissions de la sinistre RTLM (dite radio mille collines) dans la « zone humanitaire sûre » contrôlée par l’armée française est la parfaite illustration de cette fidélité à toute épreuve. Les politiques allaient suivre en créant la mission parlementaire dirigée par Paul Quilès (le Robespaul) dont la mission était de blanchir si j’ose dire (et je l’ose) la France, son armée et son gouvernement.

Depuis, cette fidélité à ses anciens et peu recommandables amis ne s’est jamais démentie. Sur les plans diplomatique ou militaire, Paris n’allait avoir de cesse de protéger ses amis et de se protéger en attaquant le Rwanda tous azimuts…

Un oublié dans l’histoire ?

Realpolitik de la part de Kigali, oubli de nos médias, information partielle ou partiale ? Toujours est-il que si nos journaux ou agences de presse ont mis en avant la mise en cause par la commission d’enquête rwandaise de personnalités comme Mitterrand, Balladur, Juppé, Villepin ou encore Védrine, le président français actuel s’en sort indemne.

On rappellera donc au passage que Nicolas Sarkozy était alors Ministre du Budget et donc responsable de la signature accordant les versements de fonds à nos militaires et à leurs amis (ah ! le fameux prêt du Crédit Lyonnais –encore lui !, comme on dit chez Bernard Tapie- qui permit au gouvernement intérimaire génocidaire de débloquer une livraison d’armes coincées en Egypte pendant le génocide), l’argent étant considéré comme le nerf de la guerre, CQFD.

Donc, Nicolas Sarkozy ne semble pas figurer dans les tablettes négatives de la commission. Oubli des uns ou des autres, attendons que ce rapport nous parvienne. Il ne serait pas étonnant qu’il n’y figure pas, étant perçu (à tort ou à raison) par Kigali comme quelqu’un ayant la volonté de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays, en duo avec Kouchner.

Pourtant le chemin est long (et la pente est raide dirait Raffarin) et la route est sinueuse. Il ne suffit pas d’arrêter et d’envoyer au Tribunal Pénal d’Arusha quelques génocidaires réfugiés en France…

La vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas

Alors, cette commission d’enquête, elle va servir à quoi ? Et bien, on verra, ne me mouillé-je pas, car les erreurs de la France doivent être reconnues par la France et en France. Il a fallu plus de cinquante ans pour véritablement connaître le rôle de certains Français lors de la Shoah. On ne connaît toujours pas officiellement les dérives de notre pays pendant la guerre d’Algérie ni non plus la face cachée d’un colonisation plus brutale que ce que les députés UMP voulait bien nous en dire (ou nous en… rire) lors de l’amendement heureusement supprimé sur le rôle positif de la colonisation. Bref, il vaut mieux ne pas être pressé.

Paris (et Kigali) auront beau tout dire ou tout faire pour présenter leur version, c’est à la lumière de l’Histoire (avec un H aussi grand que des poteaux de rugby) que l’on connaîtra un jour les tenants et les aboutissants du rôle de la France, de son gouvernement et de son armée en 1994 quelque part autour de Kigali et dans le Kivu qui sut accueillir les militaires et miliciens rwandais en fuite devant l’avancée du FPR.

Quoi qu’il en soit, l’Histoire se fabrique tous les jours. Le rôle de notre pays est de plus en plus mis à jour, notamment par des citoyens et associations qui recherchent la vérité, cette vérité qui dérange et finit par faire mal. Un proverbe rwandais dit que la vérité passe à travers le feu mais ne se brûle pas…

La vérité, ce que nous devons aux victimes et aux rescapés...


Pour aller plus loin

- Le texte intégral du rapport de la commission rwandaise (en pdf)

- Le communiqué de Survie

- Le site de la Commission d'Enquête Citoyenne

- "La guerre noire" de Gabriel Périès de David Servenay

- Le rapport de la mission d'information du parlement français

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