Beijing 2008 : vous allez en manger !
Par Jean-Luc Chavanieux le vendredi 8 août 2008, 07:25 - Niouzes - Lien permanent
Comme tous les quatre ans et peut-être
même davantage à chaque fois, il sera difficile d’échapper aux jeux Olympiques.
L’hypertrophie médiatique mondiale et son cortège omniprésent à la big brother
rend incontournables les JO, tout comme les médias français ont rendu
incontournable Sarkozy. Le cirque ne fait que commencer.
Sons et lumières
Bien sûr, tous les medias sur le web, la TV, la radio (sauf HDR, peut-être), les journaux papiers vont nous abreuver d’images, de commentaires plus ou moins digestes, de clip crypto commerciaux, de « clins d’œil », bref, vous aimez le sport et son spectacle, voici le barnum du CIO en joint venture avec le PC chinois.
On devine déjà les cocoricos ! pour les médailles françaises, les aaahhhh ! pour les records du monde et les ooohhhh ! pour les stars déchues en direct (ou plutôt en léger différé…) sur la piste, le tatami, le plan d’eau, voir dans le village olympique. Evidemment, comme gage de sérieux de nos chaînes de télé, stations de radio, empires de presse, on aura droit aux reportages dits de fond, mais de fond de quoi ?, sur la réalité chinoise ou plutôt la téléréalité. On commence à parler des ouigours (pour mieux faire oublier les tibétains) et on reviendra sur le boum économique chinois, le capitalisme maoïste (ou prétendu), la pollution endémique et les différences entre métropoles et arrière pays rural. S’il restait des émissions de cuisine à la télé, on aurait eu droit aux plats chinois, bon appétit, bien sûr !
Développement durable du bizness
Cà, c’est pour l’image et le son, le décor en arrière plan. Maintenant, il sera difficile également d’échapper au matraquage. Outre nos envahissants panneaux publicitaires qui ne manqueront pas de nous rappeler que c’est le temps des « jihos » et de ne pas oublier d’acheter le dernier modèle de télé, voiture, montre, yaourt, shampoing, voire préservatif. Bien sûr, le nec plus ultra étant les marques sponsors officiels des Jeux.
Un amuse gueule pour les clients potentiels que nous sommes. Méga, hyper ou supermarchés, nous attendent de pied ferme avec leurs linéaires aussi bien garnis que leurs têtes de gondoles. Promotions spéciales sur la bière et les chips, télés et enregistreurs DVD, peignoirs olympiques et charentaises assorties avec of course les cinq anneaux.
On va en vendre des trucs inutiles qui vont remplir nos poubelles d’emballages, de suremballages et de sur-suremballages ! On va nous en refourguer des trucs qui dormiront au fond de nos placards, caves, greniers. En plastique de préférence. Bref, de quoi faire plaisir aux émissions de gaz à effets de serre ou polluants et in fine au réchauffement climatique.
Mais ce n’est pas grave. Les thuriféraires de la croissance économique et de la décroissance sociale vont se frotter les mains en calculant leurs profits.
Vive le sport !
Au secours ! Gérard Holz est de retour ! Sur toutes les chaînes et avec tous les visages réjouis, graves, goguenards, chauvins, enflammés, sentencieux, j’en passe et des meilleurs, pour nous gaver du sacro saint message sur la fraternité du sport. Le nouvel opium du peuple va plonger quelques milliards d’humains en état de dépendance sévère. Les dommages collatéraux seront multiples et divers (bien que ce soient les jeux d’été…). Chauvinisme ou même nationalisme si affinités, jeux d’argent, tricheries variées… Cà c’est pour tout le monde. Quant aux élites politiques ou économiques, soyons sans crainte que toutes les compromissions possibles ont été étudiées et sont prêtes à être appliquées.
Mais revenons-en au sport et sa glorieuse incertitude. Oui, il y aura du beau spectacle et cela dans pas mal de disciplines. Mais entre les suspicions de dopage, les épanchements nationalistes de certains athlètes, les jugements d’arbitres aussi hasardeux que ceux du juge Bruguière, les décisions à l’emporte-pièce du CIO (lire également le billet « On n’irake pas tous au paradis ! »), il y aura de la sueur et des larmes, de la joie et de la peine, du bon (et du moins bon), des drames et des exploits.
Dommage, pourrait-on se dire. Car là également, meilleur sera le spectacle, moins il sera facile d’échapper aux envolées pseudo-lyriques de nos commentateurs sportifs, des sentences définitives des anciennes gloires devenues « consultants » et au doux visage de David Douillet, icône régionale et même nationale de toutes celles et ceux qui n’ont plus de pièces jaunes dans leurs poches. La boucle sera bouclée par le relais des journaux d’information et des flashes en boucle sur les chaînes d’informations continues.
Nul n’est prophète etc.
Bon. Malgré tout ce qui précède, ce billet n’est pas fait pour vous dégoûter des JO. Personnellement, je serai certainement vautré sur mon canapé pour profiter du spectacle.
Je l’avoue, j’aime regarder les Jeux Olympiques à la télé. D’accord, je préfère certains moments à d’autres. Quelques exploits sportifs véritablement sportifs, Quelques moments émouvants, en particulier venant d’athlètes de « petits » pays ou de pays en état de guerre ou de conflit, de la vraie fraternité, de l’authentique dépassement de soi, de l’injustice criante et de la justice immanente…
Sûr qu’il faudra slalomer entre deux traductions de Nelson Montfort, deux explications du règlement par Patrick Montiel ou deux saillies de Gérard Holz. Car les jeux sont sur le service public qui se mue assez souvent quand il s’agi de sport en sévices publics et outrages à l’intelligence. Mais bon, çà aurait pu être sur TF1ou M6…
Mais je supporterai les athlètes des pays que j’aime, Afrique et Caraïbes généralement, Afrique de l’est et Jamaïque notamment. Je compterai les médailles éthiopiennes et kenyanes et m’intéresserai aux parcours des sportifs rwandais et ougandais.
J’essaierai de vivre ces jeux en y portant un autre regard. Promis, j’essaierai de relater ces jeux version alternative sur ce blog. Avec moi aussi, vous allez en manger, et ce ne sera pas la même cuisine si j'ose dire. Et j'ose le dire.A bientôt.


Commentaires
la télé m'ennuit je sais pourquoi
Avec mes amis je vis je sais pourquoi
Les Nations ont pour principe fondateur
Des barrières, frontières murs d'inhumanité
La fraternité ne connait pas de limites
elle respire comme l'air ce monde de beauté
Thierry Aricique