« Médiature » ou « médiacratie » ?
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 27 août 2008, 12:59 - Niouzes - Lien permanent
La
multiplication ces derniers temps de cas de censure (auto ou non), d’évictions,
de transferts, de chasse aux sorcières ou encore de retouches d’images (merci
Photoshop) dans la presse multimédia nous amène à nous poser cette
question : sommes nous en « médiature » ou en
« médiacratie » ?
Remugles communicationnels
Depuis le sacre du tsar Nicolas 1er de Neuilly, la presse, qu’elle soit audiovisuelle, écrite ou parlée connaît de sérieux mouvements, voire de vilains remugles si j’ose dire. Les bons petits soldats de la communication sont en train de remplacer les journalistes ou journaleux qui osent braver la maîtrise de l’image présidentielle, proposer une alternative à la pensée unique (voire inique) ou tout simplement faire leur boulot, informer.
L’éviction de PPDA au profit de Laurence Ferrari, la Siné-cure à Charlie Hebdo suivie de la promotion JDDesque de Claude Askolovitch au sein du team Lagardère, le limogeage de Richard Labévière de RFI, le recadrage par le Fig-Mag des photos du président face aux troupes en Afghanistan, bref, l’été a été sans pitié dans le milieu des empires de l’information.
Le marché des transferts de la petite lucarne ressemble de plus en plus à un mercato footballistique. En effet, tout rédacteur en chef peut se faire limoger comme un vulgaire entraineur de ligue 1 ou tout journaliste comme un Vikash Dhorassoo. Les professionnels de la profession, comme dirait Jean-Luc Godard ne semblent plus être que de simples outils que l’on peut jeter, échanger, vendre ou remercier (dans les deux sens du terme d’ailleurs, par une promotion ou un vidage) en fonction des intérêts du président et de ses amis.
La disgrâce de certains patrons de rédaction (pas tout à fait gauchistes) comme Alain Genestar ou de journalistes (presque libertaires) comme PPDA nous montre que les serviteurs parfois zélés du pouvoir sarkoziste ne sont pas à l’abri. Quel crédit apporter alors aux flux d’information notamment télévisuels ?
Berlusconi en avant-garde
L’Italie, notre voisine, expérimente depuis un certain temps déjà l’exercice d’un monopole berlusconien de contrôle des médias. Privés, par leur possession, publics par la mainmise exercée quand le caïman (Berlusconi selon Nanni Moretti) accède au pouvoir.
La France connaît une situation légèrement différente. Certes, pas besoin d’être un grand expert pour vérifier à longueur de JT ou de pseudo débats politiques pour voir de quel côté penche la télévision publique. Les JO ont d’ailleurs fourni à France Télévision de mettre en scène un certain nombre de personnalités sportives (de Lamour à Douillet, de Laporte à Restout) clairement identifiées et identifiables à droite. Normal. Non, à la différence de nos voisins et amis ritaliens (et oui, j’hésitais entre italiens et ritals, j’ai donc fait un compromis), le chef de l’état ne possède pas en propre de médias. Ce qui ne l’empêche pas de faire la pluie et le beau temps dans les rédactions des groupes appartenant à son frère Lagardère, son cousin Bouygues et son oncle Bolloré.
Le cinquième pouvoir, comme on l’appelait il y a quelques décennies, est devenu un enjeu dans le cadre de la maîtrise de l’image et de la promotion gouvernementale réunie. Comme en Italie lors de la « libération » (libéralisation serait certainement plus juste) des ondes, la multiplication des chaînes nous rend chaque jour un peu plus prisonniers d’un discours aussi unique que la pensée du même nom dont elles se nourrissent.
Une différence tout de même, les liftings berluconiens sont cliniques, les retouches sarkoziennes numériques… (voir ici)
Tournez manèges
Le feuilleton de l’été mettant aux prises Val et Siné ne laissent en rien augurer d’un futur radieux concernant la liberté d’expression ou de publication. Le faux procès contre Siné (enfin, c’est mon point de vue) lancé par un journaliste du Nouvel Obs a finalement permis à Claude Askolovitch de sortir de l’anonymat pour devenir le rédac chef du Journal Du Dimanche, fleuron de la presse dominicale appartenant au groupe Lagardère. Quant à Charlie Hebdo, Siné serait-il en train de payer le soutien de l'ancien ministre de l'intérieur lors du procès dit des caricatures de Mahomet ?
La radio publique et à vocation internationale RFI n’échappe pas à la reprise en main générale. L’épouse du ministre des affaires étranges (non, il n’y a pas de coquille), patronne de la holding Audiovisuel Extérieur de la France (TV5, RFI et France 24) a permis le licenciement du journaliste et rédacteur en chef à RFI, Richard Labévière. Reconnu pour ses compétences sur le proche et le moyen Orient, il a été licencié pour faute grave. Ses torts ? Avoir réalisé une interview de Bachir El Assad qui a été diffusée d’abord sur TV5 au détriment de RFI, sa rédaction d’origine. Oui mais… TV5 et RFI font partie de cette même holding.
S’il est vrai que Richard Labévière, ne professe pas un soutien inconditionnel à la politique israélienne, cet homme n’a rien du dangereux anti-sioniste de l’ultra-gauche ou antisémite de l’ultra-droite. Animateur de la revue des anciens de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure, Richard Labévière est victime de la vulgate du pouvoir actuel. La disparition du pluralisme sur RFI, notamment à propos du proche Orient risque de couper encore un peu plus Paris du monde francophone (Liban notamment). Dommage pour ‘époux de madame Ockrent qui a bien du mal à faire vivre la politique extérieure française.
Certes, tout cela est moins glamour que la présentation d’un JT par Lolo Ferrari ou que la couverture de la sortie du dernier album de Carlita…
Euh, vous pouvez répéter la question ?
Mais revenons au titre de ce billet : médiature ou médiacratie ? Dictature des médias ou médias démocratiques ? Et bien le contrôle de l’opinion publique entamé avec la naissance de la télévision (ou du moins de son arrivée dans tous les foyers) a bien avancé depuis le temps de l’ORTF et du Ministre de l’Information aux grandes oreilles, Alain Peyrefitte, a véritablement atteint un niveau record, comme on dit en cas de crue de la Seine (voir le zouave du pont de l’Alma).
Nous pensons pour vous. Voilà ce que les grands médias (en termes de diffusion) nous proposent, pardon, nous imposent. Entre la diffusion d’infos futiles mais viscérales pour le pouvoir actuel et le contrôle de plus en plus prégnant des internautes, le Big Brother de George Orwell n’est pas loin.
Pour ma part, je pense que la médiature est proche, plus qu’on ne le pense. La grande lessive des cerveaux a commencé etNonce Paolini est son prophète...
Pour aller plus loin
- Pétition de soutien à Richard Labévière
- Interview de Richard Labévière sur You Tube
- Le blog de SIné, celui de ses soutiens
_ Où Sarkozy flingue PPDA

