Une rentrée pas très classe
Par Jean-Luc Chavanieux le lundi 1 septembre 2008, 07:32 - Niouzes - Lien permanent
Difficile de confondre les deux Xavier du
gouvernement. Pendant que Xavier Bertrand s’ingénie à paraître gentil, l’autre
Xavier, Darcos, montre les crocs et sort les griffes…
Chamboule-tout
Que de nouveautés dans l’éducation encore un tant soit peu nationale ! On se croirait lors du lancement des collections d’hiver au Galeries Lafayette, les bousculades en moins. Car le ministre a voulu frapper fort pour marquer les esprits lors de cette rentrée 2008, de plain pied dans le sarkozisme appliqué. La rentrée de l’école primaire en est un bel exemple…
En vrac, semaine de quatre jours, dispositifs d’aide divers et variés mais toujours improvisés, nouveaux (enfin, c’est une figure de style) programmes, volume horaires des disciplines changés, incitation au retour vers la préhistoire pédagogique, bref, rien que du bonheur ! Car toutes ces nouvelles dispositions que les fonctionnaires du service public d’éducation vont devoir appliquer semblent avoir été dégainés par Xavier Darcos aussi précipitamment que le devoir de mémoire qui a vite fait pschitt (souvenez-vous, une victime de la Shoah dans le cartable de chaque élève de primaire…).
4 days a week
La semaine de 4 jours, soit 24 H de cours hebdomadaires pour les élèves, n’est pas a priori une mauvaise chose. Certes, les élèves issus de familles privilégiés vont pouvoir partir en villégiature dès le vendredi soir. Mais les dommages collatéraux risquent de rapidement se faire sentir. Ainsi il sera plus difficile de rencontrer les parents pour lesquels cette « fenêtre » du samedi matin était idéale. Même chose pour les spectacles vivants (théâtre, chant…) qui permettait aux familles de s’associer à la vie de l’école.
Mais, et reconnaissons à Darcos la cohérence de ses projets, peu importe la vie à l’école car les élèves (et les parents) ne sont pas (ou plus) là pour rigoler, mais bosser.
Remise au boulot
Et oui. Certains ne le savaient pas, mais les anciens programmes et méthodes favorisaient le ratage des élèves en difficulté. Si en plus on conjugue le tout avec le laxisme post soixante-huit de ces gauchistes d’enseignants, on obtient la faillite actuelle. Aucune raison d’aller chercher les causes dans la société (chômage, stress, compétition à outrance, matérialisme non dialectique…). Plus de problème avec des programmes qualifiés de « retour aux fondamentaux » qui demandent de faire davantage appel la répétition et au par cœur qu’à l’expérimentation et à la coopération. Pas grave, puisqu’il s’agit pour l’école de fabriquer de futurs sujets, pardon citoyens, dotés d’absence de sens critique et certainement futurs employés rêvés du patronat.
Une histoire d’horaires
Question horaire, faisons les comptes : 10 heures de français, 5 heures de maths, 1h30 d’anglais, 3 heures d’EPS, soit 19h30 sur 24 heures hebdomadaire. Il reste donc 4h30 pour le reste : histoire, géographie, sciences, techno, arts plastiques, éducation (ou instruction, on ne sait plus très bien…) civique, éducation à la route, informatique, sans compter les récrés.
On remarquera donc qu’avec cette « simple » question d’horaires, la découverte du monde, le « vivre ensemble » risquent d’en faire les frais. Mais les élèves pourront toujours regarder le journal de Laurence Ferrari pour (ne pas) en savoir (beaucoup) plus…
Do it yourself
Le système d’aide aux élèves en difficulté aurait pu être repêché par la bonne volonté affichée de voir l’échec scolaire mis en échec. Seulement, là encore la précipitation caractéristique à la stratégie gouvernementale d’occupation des médias à grands coup d’effets d’annonces, risque de causer du tort aux résultats escomptés. En effet, le ministre justifie les réductions de postes par l’implantation d’un système d’aide en plus du volume horaire. Les élèves (qui sont aussi des enfants) en difficulté rallongeront leur semaine de deux heures et raccourciront leurs vacances de plusieurs jours. Ce n’est un secret pour personne, les élèves concernés par ces aides sont souvent (et c’est un euphémisme) plus fatigables que leurs camarades.
D’où une impression de « punition » basée sur les résultats. Punition partagée par les maires de France qui face à cet afflux de nouvelles dispositions s’inquiète sur une mise en œuvre plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Mais Darcos, qui a tendance à perdre de sa courtoisie depuis sa défaite aux législatives du côté de Périgueux, a une réponse pour ces maires qui se demandent comment mettre en place tout le bouzin, « débrouillez-vous ». Bref, chacun sa merde, je gouverne, vous appliquez, coûte que coûte. La classe !
Echec et maths
Interprétation abusive et orientée des faits ? Je pense en tous cas que l’école rêvée par Monsieur Xavier n’est pas la mienne et que les nouvelles mesures ne sont pas une garantie de réussite et ne renforce pas la cohérence de l’enseignement pour tous.
Bref, chronique d’un échec annoncé, la rentrée version 2008 risque de laisser de grands souvenirs. On pourra toujours accuser ces sempiternels grévistes potentiels que sont les instits et autres professeurs des écoles de vouloir saboter les bonnes réformes du ministre du service minimum.
Pendant ce temps, la pédagogie disparaît des cursus des futurs enseignants, remplacée par une prime d’installation. Les IUFM, là où en apprend à faire grève, sont devenus caducs. Que les futurs élèves ont de la chance ! En attendant le retour du moral, voici venir le retour de la morale...

