On n’est pas là pour se faire Angolais, on est là pour voir le défilé
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 8 octobre 2008, 13:27 - Chroniques Primonde - Lien permanent
La Justice
française nous réserve de temps en temps des bonnes surprises. En effet, telles
des champions de plongée en apnée, les affaires « d’état » remontent
parfois à la surface, précédées de bulles annonciatrices de cette remontée vers
la lumière. L’affaire « Elf », celle des frégates de Taiwan, le procès de
Pierre Péan pour racisme anti-tutsi ou, ces jours-ci, le procès dit de l’
« Angolagate » font parfois apercevoir la lumière au fond du tunnel
de la face cachée de la Cinquième république, celle qui n’en finit pas de
pourrir…
Imaginez un peu un procès constellée de stars confirmées de la politique bizness : un ancien ministre de l’intérieur (Charles Pasqua), un ancien conseiller photocopilleur d’un président défunt chargé de mission par Nicolas 1er (Jacques Attali), un fils du même feu président (Jean-Christophe Papamadit) ancien conseiller aux affaires africaines de son père, un marchand d’armes international ancien du KGB (Arcady Gaydamak), un autre marchand d’armes devenu ambassadeur auprès de l’Unesco (Pierre Falcone), un ancien préfet (Jean-Charles Marchiani), un ancien député UMP (Georges Fenech), un auteur de best-sellers, pardon de signatures de best-sellers (Paul-Loup Sulitzer)… Bref, du beau monde, 42 prévenus en tout, un vrai défilé.
Mais ce casting de rêve pour presse à sensation ne doit pas faire oublier le fond du problème. Une diplomatie parallèle, des affaires illégales et une morale douteuse. Car le procès de l’Angolagate n’est pas un procès de voleurs de poules ou même de scooters. Le trafic d’armes entre notre beau pays et celui du président Dos Santos, du chanteur Bonga ou encore de l’équipe footballistique des Palancas Negras, à savoir l’Angola, révèle bien des turpitudes commises en notre nom par une sorte de diplomatie parallèle. Les armes concernées ne sont ni des lance-pierres ni même des tazers, mais bel et bien des tanks (420), des hélicoptères (12), des navires de guerre (6) et des munitions plus ou moins conventionnelles (170.000 mines), le tout pour la coquette somme de 790 millions de dollars américains, une paille. Il est tout à fait permis d’estimer que cet afflux d’engins de mort au pays des diamants et du pétrole réunis a contribué à la prolongation de la guerre civile qui a tout de même fait plus d’un demi million de morts en 25 ans, sans compter les victimes mutilées par les combats ou les mines anti-personnelles.
Dans cette histoire macabre, on relèvera l’insistance des dirigeants de cette ancienne colonie portugaise à vouloir influer sur le cours d’une Justice hexagonale encore un tant soit peu indépendante du pouvoir politique en essayant de faire annuler ce procès qui risque d’écorner autant la Françafrique que l’Angola. On notera également que l’homme d’affaires Pierre Falcone s’est vu conférer par Luanda le statut d’ambassadeur auprès de l’Unesco (je n’invente rien) pour obtenir une immunité diplomatique de bon aloi. Quand à Arcady Gaydamak, son personnage de marchand d’armes international a certainement aidé Nicholas Cage à composer son rôle dans le film Lord of War. Pour Papamadit et Pasqua, on commençait à se languir de leur présence dans les prétoires, côté accusés.
Toute cette élite s’est trouvée un puissant allié : Nicolas Sarkozy himself. L’omniprésident qui s’est rendu à Luanda en compagnie du pédégé de Total, en juillet dernier a assuré ses hôtes de son soutien et promis que « Nous avons décidé de tourner la page des malentendus du passé ». Bref, amnésie internationale d’origine présidentielle. Car l’Angola est un des tous premiers, sinon le premier, réservoir africain de ce si précieux pétrole, mais aussi d’uranium, de diamants, et of course, de rétro-commissions. Heureusement, nos chères compagnies Total, Areva ou Thalès restent en embuscade pour mettre la main sur le magot.
Mais si l’Angola est riche, ce n’est pas le cas de tous les Angolais : espérance de vie de 41 ans, 40% de la population en dessous du seuil de pauvreté absolue, 62% sans accès à l’eau potable, 8 médecins pour 100.000 habitants ou encore 1.400 décès pour 100.00 habitants. Les Angolais ont certainement plus besoin de médecins, d’hôpitaux, d’adduction d’eau potable et de paix que de tanks, d’hélicos de navires de guerre, d’armes et de munitions.
Le mot de la fin à Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde :
« Jacques Attali a déclaré 1,2 million d'euros de revenus (…) et un portefeuille de 500 000 euros. Moins que Pierre Falcone, qui situe ses revenus à 4 millions d'euros annuels, et évalue "à peu près" ses biens mobiliers au même montant. (…) Pour d'autres, la vie est devenue difficile. Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné du défunt président de la République, est "hébergé chez sa mère" et n'a "aucun revenu et aucun patrimoine". Paul-Loup Sulitzer, confie que ses revenus annuels "ont considérablement baissé", pour s'établir à 62 000 euros. Quant à Jean-Charles Marchiani (…), il inaugure depuis quelques jours son statut de retraité du corps préfectoral, à 8 000 euros par mois ».
Comme dirait Alain Bashung, dont le dernier album s’intitule justement « Bleu Pétrole », leur petite entreprise ne connaît pas la crise…
Pour aller plus loin
- Le dossier de Survie sur l'Angolagate
- L'article du Monde de Pascale Robert-Diard

