Obama : repeindre la Maison Blanche ?
Par Jean-Luc Chavanieux le mardi 4 novembre 2008, 10:46 - Chroniques Primonde - Lien permanent
En attendant le petit matin de
mercredi et le verdict des urnes et des machines à voter, je vous ressers ma
chronique de l'émission Primonde du 22 mai dernier. C'était au début de la
campagne, avant le krach boursier... Bonne lecture.
Quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, quarante-trois ans après celui de Malik El Shabbaz a.k.a. Malcolm X, les Etats-Unis d’Amérique sont sur le point d’envoyer un Noir (enfin, vu comme tel) à la Maison Blanche. Barack Obama réussira-t-il à transcender les clivages « raciaux » comme on dit au pays de l’oncle Sam et de l’oncle Tom réunis ?
Il n’aura échappé à personne que le candidat qui sera vraisemblablement choisi par le Parti Démocrate ne correspond pas au profil type d’un occupant de la Maison Blanche. En effet, Obama est le premier candidat à l’élection présidentielle de l’ère moderne à avoir découvert le monde extérieur au territoire américain avant son élection en vivant à l’étranger. Ainsi, George W Bush a-t-il commencé à voyagé au-delà de ses propres frontières une fois élu.
Mais Obama ne possède pas uniquement cette originalité, vous l’aurez certainement remarqué. Ainsi, s’il est élu, il sera certainement le premier président américain à être issu d’un couple dont un des deux membres n’est (ou n’était) pas de nationalité américaine. On peut même dire qu’il est issu de deux, voire trois, le beau-père de son enfance étant indonésien. Ce sera également très certainement le premier président US à avoir une grand-mère vivant dans un village au Kenya. Dans la série des « premières », il risque fort d’être également le premier président (toujours US) à avoir un patronyme avec une consonance qui ne soit pas anglo-saxonne. Bref, les zuhèssas ont la possibilité de changer radicalement le profil type du white anglo saxon protestant, le WASP, qui a toujours prévalu, la parenthèse catholique incarnée par JF Kennedy ayant pris fin avec la course d’une balle magique dans les rues de Dallas.
Alors, bien sûr, j’en entends derrière leur poste de radio (ou leur écran d’ordinateur) se dire, mais va-t-il le dire ‘ou l’écrire) ou pas ? Dire quoi ? Le mot « Noir ». Car, vous l’aurez également remarqué, Barack est le premier « Noir » à avoir une chance sérieuse d’occuper la Maison Blanche, ont répété et martelé les médias. Certes, le taux de mélanine du candidat est une autre de ses particularités, et à ce propos, Jesse Jackson se souvient encore de ses essais ratés pour obtenir l’investiture démocrate. Comment donc aborder le sujet pour un homme qui est Noir, certes, mais également Blanc ?
On peut donc, à l’instar (comme on dit à Hollywood) des commentateurs autorisés se dire qu’Obama a réussi à transcender la barrière de la couleur, la fameuse « color line » en rassemblant sur sa candidature des Noirs et des Blancs. On pourrait même peut-être faire un rêve éveillé, le rêve d’une Amérique qui permette aux deux communautés de se doter d’un projet commun, un projet métissé. Mais, ne pêchons pas par excès d’optimisme.
Enfin, rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire, ou plutôt rendons à Barack ce qui appartient à Obama, les électeurs des primaires et caucus démocrates l’ont choisi en fonction de sa vision politique, les propositions viendront pendant la campagne contre McCain, le candidat qui pourrait à son tour perdre la frite qui l’anime. L’opposition entre Barack Obama et Hilary Clinton durant cette série de primaires permet d’envisager que le choix des démocrates s’est effectué finalement hors du critère « race » ou « sexe » mais sur deux personnalités et deux visions « générationnelles » de cette partie d’Amérique.
Le mot de la fin à Malcolm X qui a déclaré peu de temps avant son assassinat : « Il faut reconnaître tout être humain, sans chercher à savoir s’il est blanc, noir, basané ou rouge ; lorsque l’on envisage l’humanité comme une seule famille, il ne peut être question d’intégration ni de mariage inter-racial.»
Et si Obama était un homme, tout simplement ?

