On ne doit pas avoir besoin de beaucoup de doigts pour compter dessus les présidents métis élus à la tête d’un état, quel qu’il soit. On se souvient tout de même, et nonobstant quelques énergumènes non recommandables comme l’ancien dictateur cubain Batista, chassé par Castro et le Che, que le Ghana a élu deux fois à sa tête Jerry Rawlings, de père écossais (non, non, ce n’était pas le maréchal Idi Amin Dada) et de mère ghanéenne. Mais le Ghana n’est pas vu comme les States dans l’opinion publique et journalistique mondiale, c’est le moins que l’on puisse dire. Donc, revenons à notre mouton noir ou coloured de la politique américaine. L’homme a en effet vécu ailleurs qu’aux USA, a des cousins et cousines sur au moins trois continents et est donc à même, enfin théoriquement, d’avoir une vision moins restreinte que son prédécesseur W qui lui, ne sortit de son pays qu’une fois devenu son président.

L’espoir soulevé par sa candidature puis son élection est une des choses les mieux partagées au Monde (pas le journal, la planète). L’enthousiasme des citoyens non américains, à part Israël, par rapport à l’espoir (hope en VO) soulevé par le candidat démocrate est indéniable en Europe, Afrique, Amérique latine et dans une moindre mesure en Asie. Outre le côté politique d’une élection justement politique, comme quoi l’Europe attend un peu plus d’ouverture des USA, l’Amérique latine un peu plus de souplesse quant à l’application de la doctrine Monroe en faisant du continent une annexe états-unienne, et l’Asie un peu moins d’arrogance diplomatique et économique d’un « pouvoir blanc » qui se sent généralement arrogant de façon inversement proportionnelle au taux de mélanine ou au bridage des yeux. L’Amérique post-raciale d’Obama est-elle exportable planétairement ? En clair, le complexe de supériorité des Occidentaux, du moins de leurs dirigeants, a-t-il vécu ? L’avenir nous le dira.

Mais la victoire du petit-fils de Madelyn Dunham et de Sarah Obama est tout de même un symbole lancé à la face du Monde. N’en déplaise aux tenants de la fantasmagorique pureté raciale d’où qu’elle vienne, la victoire d’Obama est une victoire du métissage ou, comme le dirait Edouard Glissant, l’expression de la créolisation du Monde (toujours pas le journal, mais la Terre). Il n’aura échappé à personne que ce mardi exceptionnel aura succédé à un week-end sportif non moins exceptionnel. La victoire de Jo-Wilfried Tsonga au tournoi de tennis de Paris et la couronne de champion du monde de la pollution Lewis Hamilton avaient ouvert la voie. Mais le métissage n’est pas seulement biologique, il est aussi culturel. On se souvient d’une scène du film « Do The Right Thing » de Spike Lee ou il demandait à un de ses personnages, un italo américain raciste joué par John Turturro qui étaient ses idoles : Jordan, Prince, Eddie Murphy, Tyson…

Mais ce métissage –au moins aussi culturel que biologique- est-il possible dans notre bel hexagone ? On pourrait ajouter que Noah est la personnalité préférée des Français même s’ils ne lisent pas le Journal Du Dimanche, que les disques de Bob Marley se vendent aussi bien à la FNAC qu’ils sont piratés sur le Web, qu’Abd Al Malik a bien vendu ses disques, que l’équipe de France de foot déplait aussi bien à Georges Frêche qu’à Alain Finkielkraut, et que le judo français sans les judokas originaires des Dom ou des Tom, tout comme l’escrime, et bien bof ! J’en passe et des meilleures. Alors à quand un président français coloured ? Il ne suffit pas d’avoir eu des ministres noirs, un président du sénat noir, un capitaine de l’équipe nationale de foot en 1941 noir (Raoul Diagne) avant les autres pour rester compétitif.

Et oui, la couleur en France, c’est un peu comme le Minitel, on est content de l’avoir avant le reste du monde, mais ça ne va pas très loin et l’effet est limité, non évolutif et finalement rapidement obsolète.

Le mot de la fin, non pas à Messieurs Gault et Millau qui ont un jour osé déclarer : « Le nuoc-nam dans le cassoulet, l'harissa dans la choucroute et le ketchup dans tout, nous font entrevoir les limites du métissage des cultures. », mais à Edouard Glissant, chantre de le créolisation du monde « Nous vivons dans un bouleversement perpétuel où les civilisations s'entrecroisent, des pans entiers de culture basculent et s'entremêlent, où ceux qui s'effraient du métissage deviennent des extrémistes ».

Jusque dans la cuisine de Gault et Millau, par exemple…