Baroque Obama
Par Jean-Luc Chavanieux le vendredi 7 novembre 2008, 07:19 - Niouzes - Lien permanent
Si l’élection de Barack Obama a montré
les USA sous leur meilleur jour (dixit de nombreux commentateurs autorisés ou
non), et nous a donné à voir de l’émotion, comme les larmes de Jesse Jackson,
elle a aussi fait couler beaucoup d’encre et de salive (voire de bave)
ridiculement mortelle. Petit florilège d'une vision assez baroque voire hard
rock, de Barack Obama…
What a pretty giovane, bello and abbronzato uomo !
Commençons par nos voisins transalpins. Outre de se taper depuis des décennies la (ou plutôt des) mafia qui a récemment mis a prix la tête de l’auteur de Gomorra, les Italiens aiment élire périodiquement Il Cavaliere ou Il Caimano. On se demande à la lumière (si j’ose dire) des derniers propos du Président du Conseil Silvio Berlusconi si nos chers Ritals n’en font pas un peu exprès pour avoir droit à des sorties (des saillies serait un terme plus exact) du style : Obama est «jeune, beau et bronzé». La berlusconnerie est évidemment de la taille de l’égo de son auteur avec sa marque de fabrique, une certaine ambiguïté… Comme le dit Walter Veltroni, le caïman est un spécialiste des "blagues de cabaret"... bientôt dans l'émission de Patrick Sébastien ?
Mediterranean Union
On l’a vu avec Berlusconi, le climat méditerranéen (à moins que se soit l’huile d’olive) ne réussit pas à tout le monde. En face, Son Excellence Zine El Abidine Ben Ali, n’a pas été en reste et s’est déclaré "convaincu que les relations d'amitié et de coopération entre la Tunisie et les Etats-Unis continueront d'être renforcées afin de conforter les idéaux de liberté, de démocratie et de paix, partagés par les deux pays". Pour la paix, éventuellement, faut voir, en étant indulgent. Quant à la liberté et la démocratie, nous savons très bien comme notre ami Ben Ali en connaît un rayon. C’est en chef d’état éclairé (par des spots ?) qu’il préserve ses sujets, pardon ses concitoyens, des abus de bien sociaux, car chacun sait que trop de démocratie tue la démocratie et que trop de liberté tue la liberté.
Old Bongo man
Plus près de l’équateur, le beau-père du doyen des présidents africains (à moins que ce ne soit le gendre, on ne sait plus vu leur « longévité ») ledit doyen en personne soit Sassou du Congo et Bongo du Gabon (et réciproquement) et se sont encore taillé la part du lion dans l’art et la manière de se foutre du monde (littéralement).
Le second, (avec lequel on commencera, privilège dû aux anciens) a eu l’occasion, avant sa visite à Brazzaville pour le 6ème forum sur le développement durable, de féliciter Obama pour son élection. Fort bien, et cela est naturel. On remarquera tout de même que les références d’Omar Bongo sont relativement surprenantes pour un homme né dans une ville désormais appelée Bongoville, ancien des services secrets français : Martin Luther King. Pour le président griffé Smalto, l’élection d’Obama est « une part importante du rêve du révérend Martin Luther King ». Si la douceur des geôles du pays dont la capitale est Libreville (ça ne s’invente pas) n’est bien sûr plus un secret pour les opposants d’Albert-Bernard Omar El Hadj Bongo Ondimba, sa conversion en apôtre de la non-violence politique adepte du Dr King restera plus fort encore dans leurs mémoires que leur premier Kinder Surprise.
Congo Bongo aïe
Pour le premier, plus jeune que le second malgré qu’il en soit le beau-père (faut suivre), un peu plus au nord-est mais toujours à l’ouest, le « sérial démocrate né », Denis Sassou Nguesso a également fait dans le velouté. Ce grand défenseur de la paix et de la liberté, qui ,en passant, a été mandaté par huit de ses pairs (l’inévitable Bongo, mais aussi Compaoré, Bozizé, Gnassimbé…) pour représenter les intérêts de l’Afrique lors de la prochaine réunion à Washington sur la crise financière, ce qui ne manque pas de pili-pili lorsqu’on connaît l’état des finances congolaises, bonjour la digression, je reprends, BSassou s’est ainsi fendu d’un communiqué à faire pâlir d’envie un électeur républicain d’Alaska, voire un ours polaire tant qu'il en reste : «par ces temps d’incertitude et de doute, le monde vous regarde avec espoir et espérance. Parce que vous êtes une promesse de progrès et d’avenir ». Il a également assuré à président nouvellement élu sa « disponibilité et de celle de son gouvernement à œuvrer, avec lui et son administration, à la recherche de solutions concertées aux multiples défis auxquels l’humanité est confrontée».
On rappellera simplement que ses milices Cobras avaient par exemple résolu le problème de la surpopulation au sud du pays en les faisant travailler main dans la main (pour ne pas dire machettes avec machettes) avec leurs collègues génocidaires rwandais des milices Interahamwe, notamment en 1997. Les Lari s’en souviennent encore : plus de 50 000 morts. Une paille, dans une botte d’aiguilles.
En prime, the cherry on the cake, pathos garanti : "A voir les larmes du pasteur Jessie Jackson, c'est une image qui a bouleversé tout le monde et on a vécu avec une grande émotion ces moments-là". Il est vrai que du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas… que franchit allègrement notre ami Président. Pauvre Jessie Jackson. Après avoir assisté à l’assassinat de Martin Luther King, il ne méritait vraiment pas cette prise d'otage.
Vichy Wah Wah
Mais tout cela n’est que pipi de chat à côté de l’ancienne métropole. Libreville et Brazzaville sont littéralement enfoncées par la capitale de la France Eternelle, c'est à dire Vichy si chère aux enfants de Pétain.
C’est de cette ville connue pour ses eaux, ses lavabos et ses collabos et récemment promue temporairement capitale européenne de la politique migratoire que son maire, ministre de l’Immigrazion et de l’Identität Nazionale réunies, nous a gratifiés d’une de ses perles dont seul il a le secret.
Ainsi, cet être exquis et délicat qu’est Monsieur Brice a-t-il estimé que la victoire d’Obama «C'est le témoignage que le défi de l'intégration peut être relevé.». Sans compter le « côté symbolique puisque chacun sait qu' (il) est d'une famille issue de l'immigration».
La mère, Ann Durham, et plus encore la grand-mère de Barack Obama, Madelyn Durham, doivent vraiment apprécier l’exception culturelle françaisede là où elles sont et, qui sait, avec la hauteur de vue dont elles disposent au paradis du métis-âge. Un grand coup de chapeau donc à Monsieur Hortefeux qui devrait être nominé pour le grand prix de l’humour politique.
Catégorie « involontaire »…

