Nul doute que les relations plus que froides entre Paris et Kigali ne sont pas près de se réchauffer. Car au-delà de l’arrestation d’une proche du président rwandais, Paul Kagamé, c’est une question de responsabilité par rapport au génocide des Tutsi de 1994 qui est en jeu. En effet, depuis 1990, la France officielle et ses officines officieuses n’a cessé de soutenir une certaine vision de l’Afrique, une vision héritée du XIXème siècle, vue à travers des lunettes à double foyer dont l’un est le prisme des théories héritées de Joseph Arthur de Gobineau dont le fameux et sinistre « Essai sur l'inégalité des races humaines » a laissé des souvenirs impérissables à quelques nostalgiques, l’autre foyer étant constitué par le syndrome de Fachoda faisant voir l’anglophone comme le diable ultime en Afrique.

Mais sans remonter dans l’espace jusque dans cette (peut-être) charmante petite localité du Soudan et le temps jusqu’en 1898 qui vit le capitaine Marchand se faire rouler dans la farine de mil par le général Kitchener, la guerre civile lancée en 1990 par le Front Patriotique Rwandais remit au goût du jour ce syndrome d’un autre âge. Car le FPR ayant attaqué le Rwanda à partit de l’Ouganda voisin (un ancien protectorat britannique) fut d’emblée déclaré anglophone et donc, selon la vulgate « fachodesque », francophobe. Ce fut donc tout naturellement que la France soutint un régime Habyarimana moribond, tellement moribond que le président fut sacrifié le 6 avril 1994, lançant le signal du génocide. La France, ce beau pays dans lequel les génocidaires courent toujours, aida l’ancien régime et la RTLM plus connue sous le nom de « radio mille collines » à s’évacuer au Zaïre voisin grâce à l’opération Turquoise après lui avoir offert l’asile à l’ambassade de France à Kigali pour constituer le GIR, Gouvernement Intérimaire Rwandais, qui mit en œuvre la solution finale coûtant la vie aux Tutsi et aux Hutu démocrates.

Mais l’opération Turquoise tourna court après la capture par le FPR de plusieurs soldats et officiers français hors de la « zone humanitaire sûre » et la menace de les montrer aux medias globaux. La France quitta le Rwanda et enregistra donc sa première défaite en Afrique depuis Fachoda contre un FPR « anglophone » alors qu’il est… rwandophone. Depuis 1994, la France éternelle, celle de Dunkerque à Tamanrasset, n’eut de cesse de se venger de cette défaite. Les exemples se sont multipliés depuis. La France n’a jamais demandé pardon aux rescapés et aux familles des victimes du génocide pour ses errements en 1994 pourtant pointés par la mission parlementaire française. La France n’est pas le pays le plus zélé pour arrêter les génocidaires présents sur son territoire, elle demanda même à l’Union Européenne d’exiger du Rwanda le remboursement de prêts contractés par l’ancien régime et donc qui avaient pu permettre la construction de l’appareil génocidaire, les rescapés ont apprécié à l’époque ce symbole à sa juste valeur. Tout naturellement, lors de la première guerre du Congo-Zaïre en 1996, la France tenta de sauver les meubles mobutistes en n’hésitant pas à recourir à des mercenaires serbes qui ont fait leurs preuves en Bosnie. L’auto absolution par l’assemblée nationale contribua à la détérioration des relations entre les deux pays, jusqu’aux mandats d’arrêt délivrés par le juge Bruguière, ayant amené à l’arrestation de Mme Kabuye Rose, qui risque de devenir une épine dans le pied français.

Car le Rwanda ne s’est pas laissé faire pendant tout ce temps. Il a rompu ses relations diplomatiques avec la France et est sorti de l’organisation de la francophonie. Le français à été déchu de sa position de langue officielle. Et aujourd’hui ? Et demain ? Le Rwanda et la France sont en guerre sur le territoire de la RDC. Le Rwanda soutient le général Laurent Nkunda, la France soutient le régime Kabila par l’intermédiaire de l’armée angolaise qui avait déjà soutenu le régime finissant de Mobutu aux côtés des barbouzes et mercenaires français. Pendant ce temps, la population congolaise trinque et la mémoire des victimes du génocide est bafouée.

Pour en revenir à l’arrestation de Rose Kabuye, la France sera-t-elle le premier pays dans lequel les Inkotanyi du FPR sont en prison et les génocidaires en liberté ? On le sait bien, en France, tout est devenu possible…