RD Congo : un conflit Kivu tue...
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 13 novembre 2008, 22:41 - Niouzes - Lien permanent
Comme les diamants du film de 007, la guerre
au Congo Kinshasa semble éternelle. Les massacres de ces dernières semaines
nous indique que la « guerre mondiale africaine », comme l’avaient
surnommée les Congolais, n’est pas terminée.
Comme d’habitude, ce sont les populations qui soufrent et meurent. Mais qui sont les bons, qui sont les méchants ? Ce n'est pas aussi simple qu'on veut bien nous le dire. Quelques clefs pour comprendre les origines du conflit actuel.
Un conflit vieux de 14 ans
Les événements actuels qui déchirent l’est de l’ancien Zaïre ne sont pas une péripétie isolée, mais bien la poursuite de la guerre de 1996-1997. A l’époque, une « coalition » politico militaire régionale avait chassé un régime Mobutu aussi moribond que ne l’était le Maréchal. Parmi cette coalition on trouvait en vrac le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, l’Angola ou encore le Zimbabwe qui appuyaient les rebelles de Laurent-Désiré Kabila et de son mouvement, l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo Zaïre.
Depuis, cette coalition s’est déchirée. Une « deuxième guerre du Congo » eut lieu de 1998 à 2002. Avec les résultats que l’on connaît. Meurtres et massacres, viols, déplacements de populations, pillage en règle des ressources minières et recul de l’idéal démocratique.
Si le sous-sol congolais recèle bien des richesses (or, diamants, coltan, cobalt, etc.), les causes militaires de cet embrasement régional remontent au génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Pendant le génocide, les troupes des Forces Armées Zaïroises ne restèrent pas neutres et appuyèrent l’armée rwandaise (les FAR) qui encadraient le travail des milices Interahamwe. L’exode massif de vrais et de faux réfugiés rwandais qui s’ensuivit, notamment près des villes de Goma (au nord du lac Kivu) et de Bukavu (au sud du lac) créa de nombreux et durables problèmes que les Congolais vivent (meurent serait plus exact) les Congolais de la région.
Pendant le génocide de 1994, les FAZ de Mobutu et la communauté internationale laissèrent les camps de réfugiés s’installer près de la frontière zaïro-rwandaise, trop près, et au mépris des règles internationales. La vie dans ces camps de réfugiés se déroulait sous la coupe des anciennes autorités rwandaises qui se réorganisèrent, vivant sur le dos des réfugiés et de la population zaïroise, ajoutant de la confusion à une situation locale pas simple et servant finalement de supplétifs au régime Mobutu (et même ailleurs, comme au Congo Brazzaville…).
Les incursions de génocidaires rwandais de 1994 à 1996 pour aller supprimer des témoins et des rescapés du génocide au Rwanda poussa Paul Kagame à exercer un « droit de poursuite » qui se transforma finalement en une coalition régionale dont le représentant congolais était Laurent-Désiré Kabila qui devint au bout de quelques mois le nouveau chef d’état du Zaïre redevenu Congo, Mobutu partant finir sa vie au Maroc.
Banyamulenge et banyarwanda
La rébellion de l’ADFL est partie en 1996 du Kivu pour traverser le Zaïre jusqu’à Kinshasa. Si l’ossature militaire (commandement de James Kabarebe, notamment) était rwandaise, la base sur laquelle l’AFDL s’est d’abord appuyée était les populations du Kivu originaires du Rwanda.
Les Banyamulenge sont issus d’un peuplement rwandophone ancien dans la région de Mulenge (sud Kivu) remontant au début XIXème siècle. Pour aller vite, ce sont des Rwandais qui sont allés avec leurs troupeaux peupler cette région peu dense. Mobutu et son « authenticité » leur a dénié leur nationalité congolaise au début des années 1990, ce qui les a poussé à soutenir la rébellion de l’AFDL. Il faut bien sûr ajouter à cela les velléités des génocidaires rwandais qui n’ont eu de cesse entre 1994 et 1996 de se livrer à des massacres de cette population devenue au fil du temps congolaise.
Les Banyarwanda (Rwandais en… kinyarwanda) sont également des Rwandais qui se sont installés au Congo / Zaïre, mais plus récemment à partir des années 1920. Les besoins en main d’œuvre pour développer cette région ont amené le colonisateur belge à encourager cette immigration de travail. Les massacres et pogroms de 1959 et ceux des années 60 et 70 au Rwanda poussèrent à l’exil de nombreux rwandais tutsi qui vinrent grossir les rangs des Banyarwanda du Congo / Zaïre.
Souvent apparentés aux Tutsi, Banyamulenge et Banyarwanda sont des groupes plus complexes que cela. Néanmoins, la propagande ethniste génocidaire assimilera Banyarwanda et Banyamulenge aux Tutsi, ce qui amènera à des pogroms commis par les ex FAR et les Interahamwe. Il faut également se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, un ministre de Laurent-Désiré Kabila, Abdoulaye Yerodia, appela au meurtre des « Rwandais » présents sur le sol congolais.
Aujourd’hui, la rébellion conduite par Laurent Nkunda est principalement composée de « Banyarwanda congolais » qui n’ont accès à aucune nationalité.
Pour tous ceux qui pensent encore que la colonisation était une entreprise aux valeurs positives, on remarquera que les besoins de ce même colonisateur encouragèrent ces déplacements massifs de population vers une région qui devint le grenier du Congo / Zaïre. Ces déplacements ont constitué une véritable bomba à retardement qui n’en finit pas d’exploser au détriment de toutes les populations de la région et même au-delà. On remarquera enfin que les Banyamulenge n’ont pas accepté et se sont opposés depuis la fin 1996 à la politique rwandaise de prédation des ressources minières et forestières au détriment de la RDC mais également aux autres puissances régionales (Angola, Ouganda et Zimbabwe) pratiquant les mêmes types de ponctions. L’ethnisme est parfois dans l’œil de celui qui regarde…
Tous responsables
Si l’on reprend la chaîne des décisions politiques ayant mené à la situation actuelle, on s’aperçoit que les responsabilités sont multiples, partagées et de plusieurs époques. La gestion du pays, propriété personnelle de Léopold 1er, roi des Belges, puis par la Belgique, ne fut pas des plus exemplaires si l’on considère le point de vue congolais. Les besoins de main d’œuvre ont déplacé des populations qui n’ont jamais été intégrée au Congo, véritable mosaïque qui compte plus de 250 ethnies. La gestion du pays par Mobutu n’est qu’une suite d’applications du principe « diviser pour mieux régner ». La fameuse idéologie de « l’authenticité » amena au rejet des populations d’origine étrangères. Puis le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 amena les problèmes que l’on connaît aujourd’hui. Le régime Mobutu et la communauté internationale laissèrent s’installer les camps de réfugiés rwandais à moins de 20 km de la frontière avec le Rwanda. De 1994 à 1996, les incursions meurtrières des miliciens génocidaires poussèrent Paul Kagame à faire le travail que la communauté internationale se refusait à effectuer, d’où la guerre de 1996 amenant à la destitution de Mobutu. Il est à noter que le Rwanda demandait à l’ONU de démanteler ces camps pour assurer la sécurité notamment des rescapés et témoins du génocide.
Depuis, la richesse du sous-sol a compliqué l’affaire. Tous les belligérants de la seconde guerre (8 pays en plus de la RDC), qu’ils soient alliés ou ennemis piochèrent allègrement dans le butin. L’Ouganda et le Rwanda sont régulièrement accusés mais ne sont pas les seuls à se partager le gâteau. De plus, la présence sur le sol congolais des bases arrières de la Lord Resistance Army (LRA) a amené l’Ouganda a exercer son « droit de poursuite ». Les problèmes entre Hema et Nande ont encore davantage complexifié la situation au nord est du Congo.
Mais pendants que les factions, milices et armées se font la guerre, c’est toujours la (ou les) populations qui subissent les conséquences.
Les médias portent également une part de responsabilité car l’opinion publique mondiale n’est alertée qu’en cas de crise majeure. Les points de vue sont donc souvent ceux des élites du pays concerné. Ainsi, en France, on chargera a priori Laurent Nkunda car… Tutsi, sans regarder la paille dans l’œil du voisin. On remarquera d'ailleurs que la présence de troupes angolaises en soutien de l’armée congolaise reste vraiment discrète dans les médias du pays de l’Angolagate. Rappelons que le président Sarkozy s’est rendu en mai 2008 à Luanda, accompagnés de nombreux chefs de (très très grandes) entreprises…
Aujourd’hui, et demain ?
Intangibilité des frontières : ce principe, défini par l’Organisation de l’Unité Africaine (et repris par l’Union Africaine) est supposé être irrévocable. Les dirigeants africains préfèrent un statu quo à une remise en cause des tracés effectués en 1885 lors de la conférence de Berlin. Pourtant, l’Erythrée s’est détachée de la tutelle éthiopienne. Le Rwanda, par la voix de son ancien président Pasteur Bizimungu, a réclamé la révision des frontières du Rwanda, amputé de plus d’un quart de son territoire en 1918.
Les conflits du Kivu et de l’Ituri sont des conflits régionaux et frontaliers. La frontière est plus que théorique pour les groupes et milices divers qui terrorisent la région. Le Congo et ses voisins devront-ils faire l’économie d’un débat sur les problèmes posés par ces décisions d’un autre âge et d’un autre continent ? Sans aller jusqu’à redessiner la carte, les voisins du Kivu et la RDC devront se pencher (une fois les guerres terminées ?) sur des règles communes permettant la libre circulation des personnes tout en protégeant les populations de groupes comme la LRA ou les milices génocidaires.
Malheureusement pour le Congo, il semble que sa richesse minérale soit la cause des catastrophes humaines en série qui s’y déroulent. Car les appétits des uns et des autres ne vont pas dans le sens de la paix. Les grandes sociétés minières aux capitaux sud-africains, belges, britanniques, américains, français, etc. lorgnent sur le pactole. Les armes arrivent dans la zone de conflit sans problème par milliers. Où sont-elles fabriquées ?
On conclura (provisoirement) en rappelant ce que Thomas Sankara disait à propos des armes qui circulent en Afrique :
« Chaque fois qu’un pays africain achète une arme, c’est contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen, ce n’est pas contre un asiatique, c’est contre un Africain ».


Commentaires
ce ke je ne comprends pas c ke malgré la présence de soi disan forces de l' onu il y a toujours des atrocités.
evidemment si un africain achete une arme c contre un africain car pour k'il y ait conflit faut une cause.si la cause semble etre le voisin ki est plus proche( car la proximité est synonyme de querelle), alors on est en querelle contre le voisin