Le conflit au Kivu simple comme un coup de fil ?
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 19 novembre 2008, 14:05 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Ces derniers jours ont battu en
brèche l’idée promise de rupture avec la Françafrique si tant est qu’elle
pouvait (l’idée) continuer à exister dans des esprits quelque peu optimistes.
Le licenciement avec reclassement aux Anciens Combattants de Jean-Marie Bockel
avait pu avoir raison des dernières velléités d’optimisme. Les visites
successives à l’Elysée des deux grands démocrates que sont Blaise Compaoré et
Faure Gnassimbé tendent à nous montrer que la Françafrique n’est pas si morte
que çà et que « nos amis les présidents » de l’Afrique francophone
sont toujours en odeur de sainteté à l’Elysée comme pourrait le dire le
chanoine de Latran.
Certes, on sent bien que dans un monde en perpétuelle évolution que les natures des relations entre le pays au Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration Réunies est en train de muter sur le champ entrepreneurial. Ainsi, la guerre au Kivu qui se prolonge depuis 1996 avec des poussées de fièvre en alternance avec les éruptions du volcan Nyiragongo est un jeu d’une complexité certaine. S’il est relativement évident que Kigali ne se trouve pas loin derrière le général Laurent Nkunda, certains « facteurs extérieurs » (qui n’émargent ni à la Poste ni au NPA) troublent un peu plus le jeu (si on peu appeler ça un jeu). Le pouvoir d’attraction exercé par le sol ou plutôt le sous-sol congolais est tel que les entreprises étrangères continuent coûte que coûte à continuer le bizness entre les avancées militaires des uns et les exactions des autres.
L’ONG Global Witness a récemment publié un rapport stipulant que « Le commerce des minerais sous-tend la guerre depuis 1998. La quasi-totalité des principaux groupes armés impliqués ainsi que des soldats de l’armée congolaise nationale font le commerce de ces minerais de manière illégale depuis des années, dans la plus totale impunité. Nombre d’entre eux imposent des taxes à la population civile et extorquent des minerais ou de l’argent le long des routes ou aux postes frontaliers ». Son directeur, Patrick Alley précise même que « Tant qu’il y aura des acheteurs prêts à participer à ce commerce, directement ou indirectement, avec des groupes responsables de graves atteintes aux droits de l’homme, ces groupes n’auront aucune raison de déposer leurs armes ».
Certes, on pourrait rétorquer que tout ceci n’a apparemment aucun rapport avec l’introduction de ce billet. Mais l’hôte de l’Elysée et son employé du Quai d’Orsay ont apparemment manifesté la volonté de renouer des liens diplomatiques entre la France et le Rwanda, nonobstant les récents développements judiciaires (procès Péan, arrestation de Rose Kabuye). Ainsi, nous avons pu apprendre récemment par l’hebdomadaire Marianne que pour le conglomérat d’entreprises du groupe Bolloré les affaires continuent. Car le fleuron de la Françafrique entrepreneuriale ne s’embarrasse ni de patriotisme économique ni de scrupules humanitaires. Détenant cinq entreprises de transport dans la région dont la SDV Transintra, le groupe qui possède un yacht nommé Paloma semble emberlificoté dans des suspicions de participer au trafic de coltan si nécessaire à nos téléphones portables. Pour l’ancien responsable Afrique du groupe, Luc Tonneau, « Il y a coltan et coltan. Le même coltan peut être récolté et exporté de manière illicite et servir à financer les bandes armées et les achats d’armes bien sûr. Et en même temps, ce même coltan peut passer par des circuits traditionnels et se retrouver dans l'industrie sans pour autant servir à financer les groupes armés (…) On ne peut pas avoir des traçabilités totalement fiables, à un moment donné nous faisons confiance à nos clients pour avoir certaines règles éthiques. »
Vu la relative confiance que l’on peut accorder à chacune des factions dans le conflit, les « règles éthiques » risquent de n’être que théoriques et relatives. En effet, Luc Tonneau ajoute que « Des exportateurs que nous ne connaissions pas nous ont sollicités. Nous avons refusé. Mais nous avons aussi été sollicités par des exportateurs traditionnels qui nous ont demandé d’en transporter. On l’a fait un petit peu. Très vite, les exportateurs dont parlait le rapport de l’ONU se sont abstenus. Car effectivement, ils ne pouvaient avoir de garanties quant à l’origine exacte du coltan acheté auprès des bureaux de transformation de Kigali. ».
CQFD. Et dire que sans Bolloré et son bizness au Rwanda nos téléphones portables pourraient nous coûter beaucoup plus cher alors qu’ils coûtent déjà très cher aux habitants du Kivu…

