Eunice Barber se met au triathlon
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 3 décembre 2008, 16:09 - Chroniques Primonde - Lien permanent
En matière sportive, il existe le
biathlon, le triathlon, le pentathlon, l’heptathlon et le décathlon. Si dans le
grec ancien « athlos » signifie « concours » ou
« épreuve », les préfixes bi, tri, penta, hepta ou déca signifient
respectivement 2, 3, 5, 7 et 10 indiquant le nombre d’épreuves. L’athlète et
même l’heptathlète Eunice Barber, née non pas à Libreville mais à Freetown
vient de se faire signifier par la justice son transfert dans un nouveau type
d’épreuve : le triathlon judiciaire…
Composé du triptyque « refus d’obtempérer », « rébellion » et « outrage à agents », le triathlon judiciaire, que l’on pourrait qualifier de triathlon postmoderne, semble promis à un bel avenir. En effet, il semblerait que dans le pays qui a vu naître le concept de « droits de l’homme », les droits de l’homme en uniforme aient obtenu un coup de pouce de la part des autorités.
En effet, les forces du désordre, parfois qualifiées par les faiseurs d’opinions ayant pignon sur rue dans la presse magazine, les radios nationales ou périphériques ou les chaînes de télé (les bien nommées, mais qui joue le rôle du boulet ?), je reprends donc, d’ « anti-France », d’ « ultragauche », d’ « anarcho-nihilistes », de « faucheurs volontaires », de « grévistes syndicalistes archaïques », de « délinquants précoces », de « jeunes à capuche », de « siffleurs de Marseillaise », de « canard enchaîné », de « soixante-huitards attardés », de « gauchistes invétérés », de « sans-papiers à expulser », d’« écolos allumés », bref, j’en oublie certainement, ces forces du désordre permanent que l’on appelait autrefois « l’ennemi intérieur » a fini de se la couler douce. L’autorité de l’Etat est de retour grâce à l’action de l’ancien sinistre Ministre de l’intérieur et néo Président de la République depuis déjà un an et demi. Fini donc de rigoler, de manifester, de faire grève, de faire valoir une opinion discordante, de gueuler « casse-toi, pauv’con ! », de ne pas accepter de voir ses droits bafoués, de préférer la Marseillaise version Gainsbarre à celle de Lââm, de dire que le Tazer® tue, ou de se vanter d’avoir acheté une poupée vaudou. Tout ça n’est pas dans la Droite (avec un D majuscule) ligne du « bon citoyen », celui que Brel et Brassens appelaient les bien-pensants.
On peut tout à fait légitimement penser qu’il est de plus en plus difficile d’émettre une opinion défavorable envers les grands gourous qui nous gouvernent sur les plans politique, économique, médiatique, judiciaire, etc. L’ancien responsable de publication de Libération, Vittorio de Filippis, en sait quelque chose pour avoir laissé publier sur le site web du journal des commentaires d’internautes quelque peu critiques envers Xavier Niel, bouillonnant fondateur de Free, et grand créateur de croissance et pourquoi pas de pouvoir d’achat. Résultat : une interpellation musclée devant ses enfants, une fouille au corps, tout çà alors qu’il a déjà gagné deux fois en justice contre Xavier Niel. Que se serait-il passé s’il avait perdu ?
Mais après cette digression ma foi assez longue mais plantant relativement bien le décor du contexte à défaut du pourquoi du comment, il convient de revenir à Eunice Barber. Même si Eunice n’est ni Tommie Smith ni John Carlos, les deux athlètes US qui avaient levé leur poing ganté de noir à Mexico en 68, cette sierra-léonaise qui a été naturalisée française en 1999 pour permettre à la France d’obtenir 5 médailles (2 en or, 2 en argent, 1 en bronze) lors de championnats du monde d’athlétisme, a donc été condamnée à 5000 € d’amende (elle a fait appel) pour n’avoir pas accepté le traitement que quelques policiers lui avaient réservé après qu'elle se soit engagée avec sa voiture dans une vie exceptionnellement fermée à la circulation aux alentours du Stade de France. Certes, il est mal vu de mordre les fonctionnaires de police (de plus, on pourrait parfois attraper quelques bacilles), mais la vidéo qui tourna en boucle sur le gros web et le procès n’ont pas montré la sérénité de notre police qui a dû mettre le paquet pour la maitriser et mobiliser 7 officiers, soit le même nombre que… le nombre d’épreuves de l’heptathlon. Un signe ?
Le mot de la fin à Me Géraldine Lesueur, avocate des policiers plaignants : « Sept fonctionnaires de police pour interpeller une femme, c’est effectivement exceptionnel, mais madame Barber, c’est 72 kilos de muscles ».
Soit approximativement 10,29 kilos par policier…

