Attention, une commémoration peut en cacher une autre
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 11 décembre 2008, 12:51 - Chroniques Primonde - Lien permanent
La France
est un pays où l’on aime les commémorations de toutes sortes. On se souvient
encore de l’année Berlioz, Flaubert, Hugo, Trucmuche, du bicentenaire de la
Révolution française, du centenaire de Jeanne Calment, on célèbre les 25 ans de
ceci, les 30 ans de cela, les 42 ans et demi de ceci cela. Bref, on fait comme
si on avait de la mémoire...
Pourtant si la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a eu ce 10 décembre 2008 justement droit aux égards médiatiques de la presse, des télés et des radios à l’occasion de ses soixante ans (presque l’âge de la retraite, plus que 10 ans !), une autre commémoration est passée inaperçue la veille, le 9 décembre…
Bien sûr, il est indéniable que, lorsque l’Organisation des Nations Unies adopta la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ce fut un progrès pour l’humanité. Certes, 60 ans après, cette déclaration est restée parfois un vœu pieu (à défaut d’un vieux pneu) dans un certain nombre de pays et cela un peu partout (qui a soufflé Guantanamo ?). Mais cette déclaration accéléra les velléités d’indépendance dans les pays colonisés. Certes, un certain nombre de ces pays purent accéder à une indépendance indépendante tandis que d’autres accédèrent à une indépendance dépendante (on continue de me souffler des mots comme Françafrique). La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne s’applique pas forcément partout à la deuxième composante que l’humanité que sont les femmes et a dû même être rehaussée par une Déclaration des Droits de l’Enfant votée par l’ONU en 1990. Il reste encore un peu beaucoup de chemin à parcourir pour qu’hommes, femmes et enfants puissent jouir de leurs droits théoriques.
On remarquera d’ailleurs que ce bon docteur K., ministre des Affaires Etranges (oui, oui…) en exercice, a un tel sens du timing qu’il remet en question l’existence même de « son » Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme en ce jour anniversaire. La collusion des dates peut paraître brutale, mais pour le « socialiste » de cœur et d’ouverture qu’est M. Bernard Ockrent, le sale boulot à la place des hiérarques de l’UMP, c’est tous les jours. Outre ce droit d’ingérence dans la cuisine électorale de l’UMP, le big boss de BK Consultants et de BK Conseils (et non de BK Consulting, comme écrit par erreur, société n'a rien à voir avec Bernard Kouchner), aurait pu attendre quelques jours pour ne pas nuire à la commémoration universelle de la déclaration, mais passons et venons-en au thème central de ce billet.
Pour paraphraser quelques enfonceurs de portes ouvertes, il y a eu un 9 décembre 1948 avant le 10 décembre 1948. Et en ce 9 décembre, fut adopté par l’ONU et ses états membres un texte majeur : la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Ce texte définit ce qu’est un génocide qui "s'entend dans l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel : le meurtre de membres du groupe ; les atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; les mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; les transferts forcés d'enfants du groupe à un autre groupe".
On mesurera mieux la relative discrétion de nos médias ne voulant encombrer les neurones des citoyens gavés d’émissions dites de télé-réalité ou de séries diffusées par saisons qu’en évoquant le silence français sur la part de l’Etat Français des enfants de Pétain qui a duré un demi siècle jusqu’au discours de Jacques Chirac en 1995 à propos de la rafle du Vél d'hiv' ou sur les contre-attaques envers le Rwanda d’après le génocide des Tutsi et sur la chape de plomb officielle sur le rôle d’un pays dirigé par un ami de René Bousquet, le père de Papamadit, M. François M. de Jarnac.
Alors qu’on utilise le mot génocide pour désigner aujourd’hui un meurtre de masse comme au Cambodge ou au Darfour, il conviendra de se replonger de temps en temps dans le texte de cette convention pour ne pas banaliser l’usage de ce mot et ne pas bafouer la mémoire des victimes ou la douleur des rescapés des génocides.
Le mot de la fin à Raphaël Lemkin, juriste américain d’origine polonaise et juive, créateur du mot génocide et à l'origine de cette Convention : "Quant vous agissez au nom de la conscience, vous êtes plus fort qu’aucun gouvernement."
Place donc à la conscience consciente…


Commentaires
Juste une question en conscience : pensez que la commémoration du génocide des Tutsis au Rwanda ne devrait pas faire l' objet d'une commémoration en France ? Ne pensez-vous pas que l'implication criminelle de l' état français dans les crimes commis lors de ce génocide devrait faire l' objet d'une levée entière de toute la classe politique française ? Pensez-vous que la 5° république doit survivre après une complicité de crime contre 'l Humanité et génocide ? Après les crimes de Vichy de surcroît ? Merci