Egalité des chances : touche pas à mon népote
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 18 décembre 2008, 14:12 - Niouzes - Lien permanent
C’est encore une fois avec un plan
communication béton que le Président de la République a mis en scène ses
annonces en faveur de l’égalité des chances. C’est encore avec un zèle certain
que les « grands » (en chiffre d’affaires) médias se sont empressés
de relayer la parole présidentielle. Mais quid de l’égalité des chances ?
Encore un coup d’épée dans l’eau ?
« L’égalité réelle des chances, c’est d’abord par l’école qu’elle passe »
C’est en substance une des phrases présidentielles prononcées à Polytechnique. Oui, bien sûr, mais quelle école ? Celle que le gouvernement nous prépare, de la maternelle (pardon, du jardin d’enfants) au lycée sera-t-elle assez forte pour pouvoir pallier aux inégalités sociales et culturelles qui se développe dans une France en crise ? La « réforme » de l’Education Nationale telle que mise en place par le « devanceur d’appel » Xavier Darcos porte en elle bien des inégalités que le chef de l’Etat veut combattre par ses propositions.
Il est tout à fait permis de douter que la suppression des Rased, du samedi matin, de la carte scolaire, que le chantier « lycée » et la suppression de certaines matières obligatoires, ou encore que les finalités de l’éducation de demain que l’on nous impose à la va-vite, ne soient pas ce qui permettra aux enseignants et à l’institution scolaire de favoriser l’épanouissement (et l’émancipation) des élèves, quel que soit leur âge.
Le bon sens près de chez vous
Mais passons. Il appert que les mesures proposées à la foule ébahie par notre omniprésident ne portent en elles rien de révolutionnaire. Un certains nombre de ces mesures existant déjà (CV anonyme, dispositifs grandes écoles…). Néanmoins, on remarquera tout de même que certaines mesures de bon sens l’ont par ailleurs emporté, dans une ambivalence toute sarkozienne. Statistiques ethniques abandonnées, certes, mais qu’en est-il des données « raciales » dans le fichier Edvirsp, successeur d’Edvige ? La discrimination positive (sur des critères ethniques) abandonnée au profit des critères sociaux, certes (également), mais la crise multiforme actuelle (et les projets de Darcos, voir plus haut) ne battra-t-elle pas en brèche cette bonne volonté affichée ?
Pour aller vite, on dira que la montagne a encore accouché d’une souris et que si ce n’est pas négatif, ce n’est pas vraiment non plus très positif. Le « volontarisme républicain » risque de se heurter à la realpolitik et aux déclarations passées de l’ancien ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle (un exemple ? « Les mineurs de 1945 n'ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d'aujourd'hui, qui ont moins de 18 ans et qui font peur à tout le monde. », juin 2006).
Discrimination positive bien ordonnée commence par soi-même
Mais ce qui risque de tuer le volontarisme présidentiel affiché, c’est bien la différence entre la théorie et la pratique. Car Nicolas Sarkozy nous a habitués (même si on a du mal à s’y faire) à des pratiques népotiques.
La chanson de gestes (voire de gesticulations) du Prince Jean des Hauts de Seine, mettant en scène son fidèle destrier (un scooter) qu’il perd puis retrouve grâce à une procédure et une célérités relativement inhabituelles, les poursuites judiciaires vite bouclées sur l’accident causé à la voiture d’un citoyen, la promotion au Conseil Général des Hauts de Seine malgré le manque de sens politique patent (Martinon, soutien au perdant Fromentin), bref tout cela sent la discrimination positive familiale, comme une odeur de népotisme…
Le mot de la fin à l’ancien Ministre de l’Intérieur : « Si Le Pen dit que le soleil est jaune, je ne vais pas être obligé d'arriver en prétendant qu'il est bleu. Personne n'est obligé d'habiter en France. Quand on habite en France on respecte ses règles. C'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, qu'on ne pratique pas l'excision sur ses filles, qu'on n'égorge pas le mouton dans son appartement, et qu'on respecte les règles républicaines ».
Certaines idées risquent d’avoir la vie dure. Car ne dit-on pas « Chassez le naturel, il revient au galop »…

