Car le Ghana, outre qu’il fut autrefois l’inventeur d’un genre musical à lui tout seul, le Highlife et l’organisateur malheureux de la dernière Coupe d’Afrique des Nations de football car finissant à la 3ème place, a été un des premiers pays (à part l’Ethiopie et le Liberia), sinon le premier à devenir indépendant à la fin des années 50, en 1957 sous la férule de Kwame Nkrumah. Si l’indépendance avait permis beaucoup d’espoir à l’ancienne Gold Coast chère aux britanniques (non je ne dirai pas britannique, ta mère), la fin du régime de Nkrumah a vu le pays plonger de longues années durant dans une litanie ininterrompue de coups d’états. Le Ghana étant un pays anglophone et les médias francophones n’aimant pas cette Afrique anciennement dévolue à la perfide Albion à cause du syndrome de Fachoda, il ne fut longtemps permis que d’entendre parler de ce pays que sous l’angle humoristique, comme la saynète de l’ode au Grand Gana d’Elie Semoun et du regretté Dieudonné Mbala Mbala, mort cérébralement, et dont le nouvel ami, Faurisson, semble incompatible avec l’homme des petites annonces à forte poitrine, mais je m’égare.

Plongeons-nous donc dans les 25 dernières années pour trouver ce qui a amené l’ancienne Gold Coast à offrir à nos yeux éberlués une seconde alternance démocratique en huit ans. En 1979, un jeune lieutenant de l’armée de l’air, Jerry Rawlings, tente un coup d’état pour sortir le pays de sa torpeur faite de corruption, de dictature et de lendemains qui déchantent. Emprisonné par le régime qu’il combattait, ce lieutenant sera finalement porté au pouvoir lors d’un second coup. Après avoir purgé l’armée et l’administration de ses éléments les plus corrompus Rawlings rendit après quelques mois le pouvoir aux civils qui s’empressèrent de renouer avec les bonnes vieilles habitudes régissant la politique à Accra. Rawlings renoua, lui, avec un coup d’état pour reprendre le pouvoir à la fin de 1981. Ce militaire légalisa le multipartisme et organisa en 1992 des élections jugées libres et régulières par les fameux observateurs internationaux, élections qu’il remporta avec le score ridicule pour la région de 58,3 %, comme aurait pu le dire notre cher Félix Houphouët-Boigny.

Premier président métis démocratiquement élu, 16 ans avant Obama, Rawlings consolida la démocratie, fit augmenter la production alimentaire du Ghana de 148 %, créa des workers councils (conseils de travailleurs), instaura un contrôle de la production et des prix, redécoupa le Ghana en 110 circonscriptions redessinées indépendamment des résultats électoraux et… fut réélu en 1996. Son ami et voisin Thomas Sankara, assassiné en 1987, aurait aimé apprécier ces succès. En 2000, Rawlings observa les règles strictes de la constitution ghanéenne et ne se représenta pas. Son vice-président, John Atta-Mills, du National Democratic Congress (NDC) perdit en 2000 les élections présidentielles face à John Kufuor du New Patriotic Party (NPP), opposant à Rawlings qui prit le pouvoir démocratiquement et fut réélu en 2004. Ce fut donc la première transition démocratique. Quatre ans plus tard, Kufuor respecta lui aussi la constitution, et son vice-président, Nana Akufo-Addo fut battu, permettant à John Atta-Mills de devenir président, deuxième transition démocratique.

Malgré les louanges au Ghana, la presse française rippa quelque peu ces derniers jours en qualifiant Jerry Rawlings de « populiste » ou de « président fantasque ». La défiance envers les anglophones africains perdure donc et nuit quelque peut à l’histoire déjà maltraitée d’un continent toujours vu comme mineur. Mais les chiens aboient et la caravane démocratique ghanéenne passe… Car dans les anciennes (vraiment ?) colonies françaises, rares sont les pays ayant vécu deux transitions démocratiques en huit ans. Nos amis Bongo, Sassou, Biya, Deby et consorts pourraient en prendre de la graine, eux qui ne sont certainement ni populistes ni fantasques…

D’ailleurs, l’efficacité françafricaine n’est plus à démontrer. Comme le disait Jacques Chirac en 1999 à propos de la démocratie en Afrique francophone : « Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils n'en feront plus ! ».

Alors qu’au Ghana, ce sont les sortants qui perdent et pourtant il y a des élections tous les quatre ans…