Hortefeux tricolore
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 14 janvier 2009, 15:12 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Les rumeurs quant à un remaniement
ministériel vont bon train, comme me disait l’autre jour un ancien ministre des
transports. Outre les sortants et les nouveaux entrants, certains ministres
seront reconduits avec un changement de portefeuille, comme me le faisait
remarquer un maroquinier marocain. C’est le cas de Brice Hortefeux, ministre de
l’immigration et de l’identité nationale réunies…''
Outre le fait qu’il soit maire de Vichy (sa flotte, ses cures, son Etat Français), M. Brice possède une qualité à double tranchant : son nom. Je m’explique : pour un chroniqueur (avec un C et non un G), le patronyme du futur ex-ministre de l’immigration est à la fois un vrai bonheur à « calembourrer » (attention, néologisme) et un vrai casse-tête quant au choix final. En effet, avant de commencer ce billet, une affluence de titres possibles, digne de la gare Saint-Lazare un jour de grève, a failli polluer cette chronique de jeux de mots tous plus douteux les uns que les autres...
Ainsi, l’expression relativement pince-sans-rire du visage de messire Brice aurait pu provoquer un « Hortefeux de joie ». Les sans-papiers qui se terrent au fond des forêts autour de Calais et de Sangatte auraient-ils pu apprécier également un « Hortefeux de camp » qui aurait pu les réchauffer un tantinet dans le froid de ce rude hiver. Les expulsés à Bamako, Dakar ou ailleurs, friands de voyages retours à pas cher, auraient pu trouver un peu de réconfort avec un « Hortefeux de circulation ». On peut également taper dans le clin d’œil avec un « Hortefeux de paille » consacré à l’homme de paille du président, mais il est toutefois dangereux d’associer « paille » et « Colombie » comme me le faisait remarquer Diego Maradona à propos des otages des FARC et du voyage de Monsieur Sarkozy à Bogota, lui la came de Carlita. Quant à un « Hortefeux de tous bois » c’est plutôt au Président ou à l’UMP entière qu’il faudrait appliquer ce titre. Enfin, dans un registre à la fois plus musical et footballistique, un « Ce soir on vous met, ce soir on vous met l’Hortefeux », la « contondance » du propos nous fait serrer les fesses à défaut de relâcher les zygomatiques. D’ailleurs à propos de fesses, un « Hortefeux d’artifesses, pardon, d’artifice » aurait pu suggérer un bouquet final triomphant, ce qui aurait été d’actualité en considérant son auto-félicitation quant à son bilan. Mais nous ne sommes pas le 14 juillet.
C’est donc avec un modeste « Hortefeux tricolore » que nous nous contenterons de saluer l’action du ministre de l’identité nationale, faite de bleus (passage à tabac), de blancs (et même de petits blancs) et de rouge (le gros qui tache). Nous ne nous jetterons donc pas à corps perdu sur des phrases comme « Le maire de Vichy mène sa réforme à un train d’enfer » pourtant seyante pour l’homme qui a déclaré à VSD en février 2005 : « Quand le train est passé, on ne le rattrape pas. ». Les rescapés d’Auschwitz ou de Buchenwald on dû apprécier. Nous ne ferons pas non plus dans le clin d’œil cinématographique avec un « Nikossarkozy de Neuilly : Alors, Brice, çà farte ? ». Non, rien de tout cela qui, loin de rehausser l’humour d’un chroniqueur, met en exergue son étroitesse d’esprit et la tentation, non pas de Venise, ni même de Denise (Brice-Denise !), mais de céder à la facilité. Nous saluerons donc sobrement le départ d’un ministre qui, tel un poilu le regard fixé sur la ligne bleue des Vosges, eut le regard fixé sur la ligne bleu blanc rouge de sa politique du chiffre. Pourtant, les chiffres de M. Hortefeux sont arabes…
Alors que l’on parle dans les couloirs des hauts lieux de la République et des rédactions parisiennes d’une possible mutation de M. Brice aux affaires sociales, nous ne pouvons que constater que ledit ministre pourrait être recasé aux transports (aviation, billet retour simple), à l’environnement (un expert de la chasse… aux sans-papiers), à la jeunesse et aux sports (course d’obstacles préfectorale) ou encore au ministère du Travail ou de la Famille, lui qui sut si bien incarner l’idéal de la Patrie.
Le mot de la fin à Monsieur Hortefeux lui-même, malgré une syntaxe défaillante et l’hermétisme du message : « Il faut trouver le point G. Le moment où les Français comprendront que Nicolas Sarkozy ne déserte pas ses responsabilités ».
G, comme gratiné ?
En prime, le clip du Ministère des Affaires Populaires : "La chasse est ouverte"

