Gwadloupéyens doubout kont pwofitasyon !
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 28 janvier 2009, 12:47 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Les Guadeloupéens sont massivement en grève
depuis plus d’une semaine. Le collectif contre l’exploitation outrancière, en
VO « Liyannaj kont pwofitasyon » serait-il l’avant-garde d’un
mouvement en métropole ?
En effet, ce collectif formé par une cinquantaine d’organisations syndicales et politiques qui a lancé cette grève générale reconductible et a réussi à paralyser l’île efficacement semble signifier aux organisations soutenant la grève prévue massive du jeudi 29 janvier en métropole qu’ensemble tout est possible et que oui, nous pouvons… Mais au-delà de la grève que les medias de l’hexagone semblent allègrement bouder, le collectif propose une grille de revendication bien plus large que la somme de corporatisme, presque un programme politique, social, économique, écologique et culturel. Bref, on est loin du folklore récurrent asséné par les médias dominants.
En effet, loin de se réduire à des revendications concernant le pouvoir d’achat, la plateforme propose une remise à plat du système encore colonial et toujours capitaliste qui sévit dans l’île depuis plusieurs siècle. Pouvoir d’achat, mais également éducation et formation professionnelle, emploi, droits syndicaux, services publics, production agricole, aménagement du territoire, culture, environnement, sont au menu de ce mouvement. Alors, bien sûr, les tenants de la rupture pour que rien ne change se poseraient en détracteurs si l’exemple guadeloupéen faisait tache d’huile dans la métropole en mettant en avant les inévitables (selon eux) manipulations politiques et syndicales, la nécessité d’aller plus loin, plus vite et plus fort dans les sacro-saintes réformes, l’irresponsabilité des assistés ou encore, pourquoi pas, la polygamie dans les DOM, le climat incitant à l’indolence, la mauvaise foi des descendants d’esclaves, et même les licencieuses paroles du zouk et du ragga.
Mais les chiens n’aboient même plus et la caravane kont pwofitasyon passe sur les routes de Basse Terre et de Grande Terre sous l’ombre d’Aimé Césaire. La crise internationale multiforme partie d’Occident que nous sommes en train de vivre semble donner raison à celui qui écrivait en 1950 dans son « Discours sur le colonialisme » : « Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ». Plus d’un demi-siècle après ces paroles écrites prophétiques, les grilles de programmes des chaînes de télévision illustrent parfaitement la décadence de cette civilisation, d’ailleurs dans « chaînes de télévision », ne trouve-t-on pas… chaînes ?
« Après 400 ans d’esclavage, plusieurs années de travaux forcés », comme le chante Tiken Jah Fakoly, le colonialisme est toujours en marche. La décolonisation des esprits est loin d’être terminée dans la métropole (et ailleurs) et sous-tend le traitement réservé aux DOM et aux TOM, mais également les relations des gouvernements français avec l’Afrique ou encore la politique à destination des banlieues, le traitement de l’immigration, j’en passe et des plus pires. Ce colonialisme là est abject parce que non officiel, enfoncé au plus profond des têtes bien et mal pensantes par plusieurs siècles de domination et de justification de cette domination. Parce que ce mouvement kont pwofitasyon évoque cet aspect du problème, il nous rappelle que si nous voulons entrer de plain pied dans une société soutenable et durable, nous devons achever et réussir en métropole notre décolonisation des esprits et des pratiques.
L’ensemble du mouvement social doit prendre des leçons des luttes des peuples du Sud dans nos colonies et nos ex-colonies et pas seulement lors des forums sociaux. Le mot de la fin au mouvement guadeloupéen qui constate que : « Nou péké konstwi on sosyété nèf si nou rété anba dominasyon é pwofitasyon kapitalis é kolonyalis. ».
Métropolitains, doubout kon Gwadloupéyen !
Pour en savoir plus...
Le texte de la plateforme de revendications au format html, au format pdf
La grève générale se poursuit en Guadeloupe

