Bon, l’info est finalement remontée vers le sommet de notre pyramide élitiste. Les « grands » médias, grands par l’audience supposée, ont fini par prendre le relais de l’hebdomadaire Marianne et tomber sur le dos de l’étrange ministre des affaires non moins étranges. Monsieur Ockrent est donc épinglé pour avoir récupéré une créance auprès du Gabon pour un rapport sur la santé et quelques conseils en matière de protection sociale. Certes, l’enveloppe ou la mallette perçue s’élève à plus de 2 millions d’Euros, une paille comme dirait Carlita en voyage à Bogota en chantant à propos de sa came de mari.

Dans cette histoire, ce qui horrifie la classe politique et médiatique, c’est le fait que les factures aient été recouvrées à un moment ou l’inventeur autoproclamé du droit d’ingérence était redevenu ministre, sous la présidence Sarkozy. On constatera que la France a plus de mal à appréhender les histoires de pouvoir et de pognon des hommes d’état que la police républicaine des sans-papiers à la sortie des écoles, mais je m’égare. Car ce recouvrement d’une dette de cette somme pour un rapport d’une centaine de pages, ce qui nous fait au minimum 20.000 euros la page pour de la simple prose alors que pour le prix Monsieur Bernard aurait pu le rédiger en alexandrins, ce recouvrement donc, intervient à un mauvais moment de la carrière multimédias de notre médecin de service.

Pour mémoire, on se souviendra qu’un billet précédent de votre serviteur daté du mois de mai 2007 (le billet, pas le serviteur) annonçait déjà : « Notre improbable croisement entre Mère Thérésa et Che Guevara qu’est le Monsieur le Ministre a quelques accointances avec des personnes pas forcément situées dans le champ habituel de la bienfaisance. Ainsi, Son Excellence Omar du Gabon a-t-il rémunéré le French Doctor pour des missions de prospective afin de créer une sorte de sécu à la mode de Libreville. Pour ne pas être en reste avec son gendre, Denis Sassou Nguesso a lui-même loué les services de Bernard pour le même objectif. ». On peut le dire, Péan est le roi du scoop défraîchi. Mais passons. Ainsi, ce qui hérisse le poil de nos commentateurs de la vie publique, c’est le mélange des genres, mais pas les actes (pas vraiment médicaux) du mari de la patronne de France 24. Quid du rapport qui permit d’absoudre Total sur l’utilisation du travail forcé en Birmanie ? Seulement 25.000 euros, peanuts. Quid de la nomination de la femme d’un ministre en exercice à la tête de l’audiovisuel extérieur français ? Pas grand-chose car c’est une « grande professionnelle ». Soi-disant.

Alors, les puristes de l’éthique applaudiront peut être un peu rapidement le travail de Pierre Péan, justicier de la déontologie, chevalier blanc de la morale, mais à géométrie variable. Là aussi, on ferait mieux de se calmer. En effet, si le Ministre qui trouve inutile le poste de secrétaire d’état aux droits de l’homme commence à crier à l’antisémitisme, on préfèrera remettre en ordre quelques faits simples, mais peut-être essentiels. Premièrement, Pierre Péan tape depuis quelques années sur l’autre Monsieur K, Paul Kagame de Kigali et plus généralement sur les Tutsi du Rwanda qui selon lui sont à l’origine du génocide qui les décima à cause, selon notre bouquineur de leur « fourberie naturelle ». Péan, avec son bouquin « Noirs fureurs, blancs menteurs » est donc complice du juge Bruguière et de ses mandats d’arrêts internationaux qui visent à entraver la recherche de la vérité quant au génocide et à absoudre la France, à la tête de laquelle se trouvait alors François Mitterrand, idole absolue de Péan comme il nous l’a certifié au moment de la parution d’ « Une jeunesse française ». Deuxièmement, Kouchner travaille depuis sa nomination à essayer de rétablir les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. Il fait partie des rares hommes d’état français à avoir clairement explicité que le génocide était bien un génocide contre les Tutsi par les Hutu extrémistes, les génocidaires. Troisièmement, alors que l’on sent ou que l’on pressent un rapprochement entre les deux pays comme l’a montré la justice française en permettant à la cheftaine du protocole rwandais Rose Kabuye de rentrer au pays des mille collines pour les fêtes de fin d’années, mais également le rapport de l’ONG Global Witness qui a démontré les liens commerciaux et logistiques qui unissent le gouvernement rwandais et Vincent Bolloré dans la captation et le transport du coltan si cher à nos téléphones portables et si cher en vies humaines au Kivu, il y avait urgence pour Péan de casser cette dynamique de retour à la normale dans le champ diplomatique par la publication d’un livre à charge contre l’artisan de ce rapprochement et éventuellement la progression de la vérité quant au rôle que joua la France lors du dernier génocide du XXème siècle. Encore et toujours couvrir Mitterrand, c’est la ligne éditoriale de Péan. D’ailleurs, le Monde, le journal, a noté, clairvoyant, que « Outre ces accusations, l'ouvrage est principalement une attaque en règle de la politique de Bernard Kouchner, sur fond de désaccord idéologique majeur exprimé par l'écrivain, en particulier sur le génocide rwandais ».

Le mot de la fin au French Doctor himself qui se rappelle parfois qu’il est médecin et que je vous ressers par plaisir: « On est vraiment dans la merde. C'est pire de jour en jour, il vaut mieux en rire, sinon c'est l'attaque cardiaque ! »

Et bien, Monsieur le Ministre, continuez à nous faire rire…