Pwofitasyon kolonialis et kapitalis, suite
Par Jean-Luc Chavanieux le mercredi 11 février 2009, 11:49 - Chroniques Primonde - Lien permanent
La Gwadloup est en grève générale
depuis 3 semaines. Le ministre des colonies, pardon de l’outremer fait la
navette entre la métropole et l’île touchée par un mouvement populaire sans
précédent. Pendant ce temps, les médias dominants se contentent du service
minimum d’information…
Depuis le 20 janvier dernier, la Gwadloup est le théâtre de mouvements sociaux qui, selon le cliché bien connu, paralyse la vie économique de l’île. Deux mouvements distincts sont nés : celui des « pompistes » et celui du peuple. Pendant à peu près deux semaines, les infos en métropole tournaient autour des stations services en ignorant superbement (enfin, c’est une figure de style) celui du peuple gwadloupéyen. Mais, le malaise social qui puise ses racines au fin fond du colonialisme multiséculaire s’étend et commence à toucher la Matinik (Martinique pour les métros). Le gouvernement, se souvenant des dominions ultramarins, a donc dépêché le secrétaire d’état chargé de l’Outremer, Yves Jégo, qui multiplie ses allers retours, sûrement en compensant ses émissions de gaz à effet de serre.
C’est donc en secrétaire d’état respectueux de la hiérarchie qu’Yves Jégo, qui avait annoncé lors de sa venue sur l’île qu’il ne partirait qu’une fois les problèmes résolus, que ce dernier est allé rendre des comptes au Premier Ministre, fait rare par les temps qui courent, du début de sa mission. Bien sûr, celui qui prit le problème par les cornes en parlant du prix des brosses à dents car il avait certainement oublié la sienne à Paris, semble n’avoir pris la mesure du mouvement Lyannaj Kont Pwofitasyon qu’à la crainte de la contamination, pardon de la contagion aux autres DOM. Vous m’excuserez cet écart de langage, mais lorsqu’un ministre confond immigration et invasion, comment ne pas douter de la langue française. Ce sont donc, pour revenir à nos moutons noirs, les stations-services qui ont d’abord retenu son attention. Ensuite, Yves Jégo a tenté de relayer auprès de François Fillon l’accord qui semblait se dégager entre le Medef local et LKP. Et là, surprise pour le Medef qui tentait de faire payer à l’état 108 millions d’euros d’allègements de charges sociales (charges étant le mot communément admis, ici sans connotation patronale), Fillon, à l’instar de Rama Yade qui a dit non pour les élections européennes, a donc dit non. Stupéfaction du Medef local.
Depuis, la presse se fait l’écho de la contamination (ah, décidément…) en Matinik et annonce que le gouvernement craint l’extension du conflit jusqu’en… métropole. Jégo qui semble avoir pris la mesure du malaise social depuis qu’il s’est acheté une brosse à dent à 4 euros a même déclaré "la situation exceptionnelle de la Guadeloupe, de nature insurrectionnelle, nécessite des mesures exceptionnelles.". Outre (mer) faire baisser le prix des brosses à dents, distribuer des billets à bas prix pour que les pauvres puissent visiter la métropole et sa capitale et être certainement éblouis par la ville lumière, Jégo est reparti de Paris pour Lapwent (Pointe à Pitre en langue coloniale) avec deux médiateurs dans ses bagages. Pendant ce temps, le mouvement ne faiblit pas, tient bon et reçoit le soutien d’une ancienne candidate à la présidentielle qui a estimé que ce mouvement est "peut-être le signe avant coureur de ce qui peut se passer" dans l’hexagone. Merci madame Royal pour ces éclaircissements.
Néanmoins, Ségolène n’a pas forcément tort. Ainsi, les mouvements sociaux dans les colonies ont parfois montré le chemin à la métropole. Il y a quelques décennies, la Révolution des Œillets au Portugal a pu être possible grâce aux combats politiques pour l’indépendance de la Guinée Bissau, du Cap Vert, du Mozambique et de l’Angola. Mais comme me le faisait remarquer Eric Besson, on n’est quand même pas des Portugais. En effet, il ne doit pas y avoir beaucoup d’officiers communistes dans l’armée française.
Le mot de la fin à l’ancien Ministre de la Défense, justement, de l’Equipe de France de football, natif de la Gwadloup et grand amateur de Gwoka, qui a déclaré au journal Le Monde : « Une situation comparable à celle qui bloque l'île aujourd'hui peut parfaitement se mettre en place sur le continent. La Guadeloupe est souvent en avance sur la métropole en matière de conflit social. Si je vous demande ce que vous inspire "mai 67", vous allez me répondre que je me trompe d'une année ou que je ne connais pas l'histoire de France. Peu de gens se souviennent des événements de mai 1967 en Guadeloupe : trois jours d'émeute, réprimés par les forces de l'ordre, 87 morts, parce que des ouvriers réclamaient une augmentation salariale. Dans les manifestations se trouvaient également des étudiants : cela ne vous rappelle rien ? On aurait tort de minimiser la grève générale qui se déroule actuellement en Guadeloupe ou de penser qu'elle n'est le fait que d'une seule organisation indépendantiste. Tous les syndicats sont derrière. Exactement comme en France, le jeudi 29 janvier, quand plus d'un million de personnes ont défilé dans les rues... ».
Dis, papa, c’est loin la Gwadloup ?
Tais-toi, il faut mieux que Thuram…


Commentaires
Aujourdhui cela discute sec. Nous attendons tous le resultat de ces negociations dans ce poker menteur où la mauvaise foi semble de règle....
TA