Comme pourrait les appeler le tout nouveau Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale, ces « élites tordues » «échappées tout droit de mé 67 et de mai 68 ne lâchent pas le morceau. Pour le « grand public » qui pourrait éventuellement entendre parler de la Semaine Anticoloniale si TF1 et consorts daignaient en parler, on imagine assez bien les réactions, a) d’incompréhension, b) de colère contre l’ »anti-France », c) qu’est-ce qu’ils nous font chier ces nègres gauchistes, d) pas mis la télé, les piles de la télécommande sont vides. Car il serait relativement vain d’imaginer un JPP, Jean-Pierre Pernault annoncer au 13 heures de Bouygues TV : « Dans le petit village de Montluc-sur-la-Commode, une poignée d’échappés de l’hôpital psychiatrique anarcho-marxiste Frantz Fanon a monté un spectacle folklorique sur le bon temps de la colonisation et les bienfaits de la même période, un reportage de Paul Hitic-Dupire chez ces cinglés archaïques… ». Mais qu’on se rassure, il y a peu de chances d’entendre Monsieur Combien-que-ça-coûte annoncer un reportage de ce type et même de ce troisième type, au fond à gauche près de la machine à café.

Certes, on peut comprendre que des cerveaux gavés de soap, de séries, de people, de publicités, de jeux télé ou de Jean-Luc Delarue dans le texte et en 3 D puissent manifester une quelconque interrogation à ce sujet. En effet, n’a-t-on pas fait croire depuis la fin des années 50 que les anciennes colonies avaient accédé à l’indépendance et que les départements et territoires d’Outre-mer étaient de plain pied dans la République. Un obscur député UMP osa même présenter en 2005 un amendement à un projet de loi stipulant que les « bienfaits de la colonisation » devaient être enseignés aux enfants des écoles. Suite au tollé génial et général, l’amendement disparut des tables de la loi mais malheureusement pas des cerveaux les plus rétrogrades, malgré une mauvaise lecture car il fallait lire en fait : « la colonisation ? Bien fait ! », et comme dirait Banania en langue locale, « la colonisation, yabon ! ».

Depuis 2005, il ne se passe pas un mois ou une semaine sans que le fait colonial d’hier ne remonte tel un repas pris trop vite dans des montagnes russes à la Foire du Trône et sans que celui d’aujourd’hui ne s’exprime dans les déclarations et les actes de nos dirigeants politiques à destination des banlieues, des immigrés, ou des nègres de nos départements et territoires d’Outre-mer. Mais là encore, le bicarbonate de soude pseudo humaniste ou humanitaire n’a pas aidé à la digestion et les renvois, précédés de remontées acides, qui risquent fort d’entacher une fois de plus le slogan publicitaire, pardon la devise, de notre Cinquième République façonnée autant par Jacques Foccart que par le Général en personne, a savoir et pour mémoire « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Car si un chanteur qualifié de populaire par certains, de populiste par d’autres, en tous cas proche du pouvoir actuel, chanta le « temps béni des colonies », les indicateurs économiques, les pratiques politiques et diplomatiques, ou encore les « petites phrases » nous montrent tous les jours que ce temps n’est ni fini en Gwadloup, à Mayotte, au Congo B, et caetera…

Le mot de la fin à l’icône qui libéra la France et enchaîna l’Afrique au Franc CFA, le mongénéral en personne (j’aurais bien dit himself, mais le syndrome de Fachoda est toujours en vigueur), qui a déclaré un jour à propos des Africains et bien longtemps avant le discours de Dakar de Sarkozy : "C’est quand même la caractéristique de cette race, qui produit quelques éléments qui font illusion, d’être incapable de fonder une grande nation." .

Un avis d’expert en ethnologie pour celui qui sut si bien expliquer l’Afrique à ses compatriotes par une courte et percutante définition du continent : "L'Afrique? C'est tout simple, je vais vous expliquer: c'est noir et ça grouille."

De Gaulle ? C’est blanc et ça brouille… l’écoute.