Car les voyages de Monsieur Sarkozy sur « le » continent se suivent et, si ils ne se ressemblent pas, semblent obéir à une logique ininterrompue : forger une image, rectifier le tir, forger une nouvelle image et ainsi de suite… Après le fameux et fumeux « discours de Dakar » puis la séance de « rectification » au Cap, comme aurait pu dire M. Blaise C. de Ouagadougou, le président français a donc été prêché sa « bonne parole » dans les deux Congo. Sa récente idée de solution du problème du Kivu, à savoir partage des richesses entre la RDC et son « petit » voisin « surpeuplé », le Rwanda, telle qu’exprimée dans une réunion avec l’ensemble de la « diplomatie française », avait, on le comprend, suscité une levée de bouclier en RDC. Il était urgent de rectifier, non pas un quelconque président africain anti colonialiste, mais le tir. Le brossage des pompes de l’assemblée nationale de la RDC nous rappelle que certains des amis de M. Sarkozy font du bizness, voire des affaires si on respecte la loi dite Toubon, dans ce pays, au premier rang desquels M. Vincent Bolloré, propriétaire non pas du Fouquet’s mais du yacht Paloma.

L’ONG britannique Global Witness qui a enquêté sur les trafics divers à partir du Kivu a montré l’implication des filiales du groupe Bolloré dans le trafic du coltan, source minérale pour le tantale utilisé dans nos si nécessaires (mais à qui ou à quoi ?) téléphones portables. L’ami de M. Sarkozy fait donc dans l’exploitation « high tech », c’est là une vraie rupture si l’on considère la Françafrique à Papa, de Papa de Gaulle au Papa de Papamadit, qui se tournait davantage sur des valeurs plus traditionnelles comme l’or, le pétrole, les diamants, voire l’ananas ou la banane. C’est donc avec un pragmatisme certain que Messieurs Nicolas Bolloré et Vincent Sarkozy, à moins que ce ne fût l’inverse, sont en train de faire entrer la Françafrique dans le 21ème siècle…

Mais toute évolution se doit de respecter la tradition lorsqu’on est dans le domaine françafricain. C’est donc pour garder un pied dans le vingtième, je veux parler de siècle bien sûr et pas arrondissement, pour l’ancien maire de Neuilly Sur Seine. C’est donc tout naturellement que le président du Congo Brazzaville a accueilli notre voyageur 36’ chrono et se faire rappeler que la France qui a toujours besoin de pétrole est aux côtés du candidat à sa nième présidentielle. Le bon côté de la visite, à voir le sourire de l’un et de l’autre dans la voiture découvrable qui permis à la population congolaise reconnaissante d’applaudir les deux hommes, est que Speedy Gonzales a permis à l’homme de fer d’oublier un tantinet son deuil récent.

Mais la tradition, chez Monsieur Sarkozy est là pour être bousculée. La visite éclair se termina donc chez Mamadou Tandja, président du Niger, si cher à feu Pascal Sevran et à Madame Anne Lauvergeon, pédégère d’Areva, 9ème femme la plus riche au monde d’après Forbes et ancienne chargée de mission du si socialiste François Mitterrand, le père de Jean-Christophe, peut-être futur condamné dans l’affaire de l’Angolagate, bref, du beau monde… C’est à la lumière de son agenda et de ses déplacement qu’il nous est permis de mieux mesurer les propos de l’ancien candidat à la présidentielle lorsqu’il parlait de Françafrique, à savoir qu’il fallait en finir avec ces « réseaux d’un autre temps ». Pour résumer, Monsieur Sarkozy ne fait plus rimer Niger avec RPR comme au vieux (je n’ai pas dit bon vieux...) temps de MM. De Gaule, Foccart ou Chirac. Non, grâce au mari de Carlita, Niger rime avec EPR, c’est plus high tech, plus "XXIème siècle".

Le mot de la fin à Nicolas S lui-même qui déclarait à Dakar : « La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution. ... Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. »

C’est beau comme un amendement sur le rôle « positif » de la colonisation…