Biens mal acquis profiteront-ils toujours ?
Par Jean-Luc Chavanieux le dimanche 24 mai 2009, 11:40 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Quelques chefs d’états africains commencent à
se faire du souci quand à l’indépendance d’une partie de la Justice française.
Ainsi, les présidents du Gabon, du Congo B ou de Guinée Equatoriale sont sous
le coup d’une enquête pour « blanchiment » (oui, en Afrique, je
sais…), « recel de détournement de fonds publics » ou encore
« abus de biens sociaux » et « abus de
confiance»…
Car, en matière de Françafrique, s’il y a la rupture, elle est là. Il serait vain de vouloir y voir une quelconque volonté du Président français, mais plutôt celle d’un juge d’instruction, pourtant classé « espèce en voie de disparition » selon les projets portés par notre ineffable Ministre de la Justice et future eurodéputée qui connaît de l’Europe surtout les Euros dépensés en frais de représentation, Madame Dati. Mais c’est une autre histoire.
Revenons donc à nos « moutons noirs », Messieurs, pardon leurs Excellences Bongo, Sassou-Nguesso ou Obiang. Si les deux premiers ont déjà eu motif à se plaindre de la Justice française il y a quelques années pour avoir perdu leur procès pour « offense à chef d’état étranger » contre le regretté François-Xavier Verschave et son éditeur Laurent Beccaria en 2001, il ont aujourd’hui un nouveau compagnon à leurs côtés, Théodore Obiang, chef de la Guinée Equatoriale à la place de ce grand démocrate qu’est Idriss Deby qui a en ce moment d’autres rebelles à fouetter et doit faire face une fois de plus à une menace politique dans son propre pays.
Ces trois hommes forts de la Françafrique sont en effet mis en examen dans le dossier des « Biens mal acquis » porté par l’association « Transparency International France » et son avocat, ancien secrétaire général de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Me William Bourdon. Quels sont ces « Biens mal acquis ». Et bien, des broutilles : quelques hôtels particuliers, de préférence dans le XVIème arrondissement, de Paris, bien sûr, où dans le sud est de la France, des voitures, de luxe, bien sûr, Mercedes, Aston Martin ou encore Bugatti, payées de préférence en liquide qui ne soit pas du pétrole, le tout au nom des présidents concernés ou de leur proches. Du superflu pour nous pauvres manants mais de l’essentiel pour ces chefs d’état et leurs proches.
Mais ce qui fait l’importance de cette affaire, c’est bien l’attitude de la Justice française. Tout d’abord, « l’affaire » avait été déclarée irrecevable par le Parquet de Paris, après tout de même le dépôt de deux plaintes classées sans suite. Mais la ténacité de « Transparency International France » a payé. C’est donc un « petit » juge d’instruction qui a déclaré recevable cette plainte. Détail ? Non, car c’est la première fois que la Justice de la République Française permet de lancer officiellement une enquête sur des chefs d’état (et quels chefs d’état !) en exercice, nonobstant les complaintes complaisamment relayées par la presse de Son Excellence Omar El Hadj Bongo Ondimba et sa volonté de porter plainte à son tour pour diffamation, car il n’est pas bon selon lui de raconter 33 appartements et maisons, non pas à Sarcelles ou sur les Hauts de Rouen mais bien dans le XVIème. Les gesticulations du doyen des chefs d’état africain auront donc eu moins de prise sur les juges d’instruction (un juge en l’occurrence) que sur, par exemple, un ministre des affaires étrangères qui s’est, toujours par exemple, fait payer pour des études sur le système de santé du Gabon tout en se prétendant défenseur acharné des Droits de l’Homme et de la raison d’état réunis.
Le mot de la fin à Me William Bourdon qui a déclaré à propos de l’instruction de cette plainte par la Justice française : "C'est une décision sans précédent parce que c'est la première fois qu'une enquête judiciaire est ouverte concernant le détournement d'argent public imputé à des chefs d'Etats en exercice. Est désormais possible l'identification et la poursuite de ceux qui, inlassablement et sournoisement, appauvrissent leurs pays".
Allez camarades juges, c’e n’est qu’un début, le combat continue…

