Bongo : la fin rectifie le doyen
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 11 juin 2009, 07:07 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Le phénix gabonais est mort. Puis
ressuscité quelques heures, puis mort à nouveau. Son décès, comme sa vie n’aura
été qu’une caricature. Voici donc un petit retour sur les faits et les méfaits
du plus ancien dictateur africain.
La vie d’Albert Bernard El Hadj Omar Bongo Ondimba est une sorte de roman, de mauvais roman. Ancien des services secrets français, président de 1967 à 2009, Bongo aura incarné mieux que personne le volet africain de la Françafrique pendant que le béké martiniquais jacques Foccart en incarnait, lui, le volet français.
Après plus de quarante ans de pouvoir, quarante-deux pour être précis et pour faire plaisir aux supporters de l’AS St Etienne, la classe politique française respire. Car Bongo était un homme de dossiers, de ceux qu’ils détenaient sur les hommes (et femmes ?) politiques français. Comment expliquer sinon la sollicitude de tous les présidents de la cinquième République française ? De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac, Sarkozy, connaissent ou connaissaient par cœur le chemin menant de l’aéroport de Libreville au Palais présidentiel. Chirac pensait-il au Gabonais lorsqu’il déclarait en 2004 : « Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu'il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d'être sur le bord de la route. Ils sont contents, bien ! ».
Alors, on me dira : et Mitterrand ? Et bien l’homme de Latche a lui aussi regardé avec une bienveillance certaine l’œuvre du guide gabonais. Pas étonnant lorsque l’on se souvient que François-Xavier Verschave répétait à l’envi que Bongo avait financé l’ensemble des partis politiques français du FN au PCF, UDF, PS et RPR/UMP incluses, à l’exception… des Verts. On peut ainsi voir comme un symbole la mort du plus grand corrupteur corrompu au moment ou l’ancienne juge Eva Joly était propulsée au parlement Européen par les électeurs de l’Ile de France. En effet, même si Eva ne s’est pas occupée du volet africain de l’affaire Elf, c’est bien elle qui a la première donné un coup de pied dans l’officine barbouzarde et pétrolière.
De Bongo, on gardera en mémoire quelques faits, qui si ils semblent relever de l’anecdotique, n’en sont pas moins éclairants sur la personnalité du défunt. Né à Lewaï dans la province du Haut Ogooué, il rebaptisera sa ville natale du nom de Bongoville. La boucle sera bouclée avec son inhumation qui aura lieu à… Franceville, ce qui ne s’invente pas pour le chantre de la Françafrique décomplexée. Son parti politique, le Parti Démocratique gabonais est plus connu sous ses initiales, bien plus représentatives de son action réelle à la tête du Gabon, à savoir… PDG (aucune relation avec le Parti de Gauche de Mélenchon, semble-t-il).
On n’oubliera pas son procès intenté avec deux de ses homologues, Sassou et Deby, à François-Xavier Verschave et à son éditeur Laurent Beccaria pour « offense à chef d’état étranger ». Procès perdu par son avocat Jacques Vergès. On se souviendra également que c’est vers lui que l’actuel président français qui voulait « en finir avec ces réseaux d’un autre temps » se tournera à la fin de sa campagne présidentielle victorieuse et après son élection. On gardera également comme image du natif de Bongoville le traitement de faveur que lui réservait la maison Smalto qui lui faisait livrer ses costumes par des prostituées de luxe, voire même de luxure, mais on atteint ici les limites du pléonasme.
Bref, Bongo est mort comme il a vécu. Dans le secret d’état et la dissimulation, dans l’art et la manière de brouiller les pistes pour on ne sait quelle manipulation inavouable. On aurait pu laisser le mot de la fin à tonton Bernard, homme d’ouverture, fin connaisseur du système de santé gabonais et Ministre des Affaires Etranges (oui je sais…) de la France qui a déclaré sans rire : « La France perd aujourd'hui un ami, mais je déplore également une perte pour l'Afrique, continent où M. Bongo Ondimba, unanimement respecté par ses pairs, avait œuvré avec détermination et courage à la paix et la stabilité ». Mais on le laissera finalement à Noël Mamère qui a déclaré : « On ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de la planète. Tous ceux qui sont attachés à la démocratie ne pleureront pas la mort du président Bongo ».
A vos non-mouchoirs.

