Le retour du cadeau Bonux
Par Jean-Luc Chavanieux le vendredi 7 août 2009, 12:43 - Niouzes - Lien permanent
Quand j’étais gamin, je poussais toujours
ma mère à acheter de la lessive Bonux. Vous vous souvenez ? Le cadeau
Bonux. Une petite saloperie en plastique à peu près aussi durable que le gadget
de Pif…
Mais j’étais jeune et insouciant. Car je ne savais pas encore que le premier « cadeau Bonux », c’était la blancheur. J’aurais dû savoir me contenter du « salaire » normal, c'est-à-dire du linge propre. Mais, comme l’a dit un jour le grand défenseur du service public François de Closets à propos des fonctionnaires, lui qui a fait l’essentiel de sa carrière à la télévision publique, j’en voulais « toujours plus ».
Certes, la petite-saloperie-non-durable-en-plastique-catalyseur-de-prescription-d’achat pouvait sembler bien inoffensive. C’était sans compter le nombre, une par paquet de lessive. C’était également parce que je ne savais pas que le marketing est payé par le client et de toute façon c’était les « trente glorieuses ». Certes les parents payaient la lessive et je profitais de la « prime », et oui c’était aussi comme ça que le cadeau était appelé par les grands.
C’était à une époque (oh, l’ancien combattant qui se profile ?) où la pub était appelée réclame et où les illusions sur le genre humain qui existaient encore pouvait faire passer Bonux pour philanthrope (ou du moins pour l’ami des enfants).
La planète a malgré tout continué à tourner depuis et Bonux a dématérialisé ces dernières années son cadeau ou sa « prime » allant jusqu’à offrir des codes pour télécharger des chansons, légalement, je précise à Mme Hadopi. Tant mieux pour la planète et pour la moquette du salon sous laquelle on ne retrouve plus les petits bouts de plastique du cadeau en cours de dégradation.
Les enfants ne poussent plus pères et mères à acheter la lessive magique, les primes se retrouvent dorénavant (doré navrant ?) dans les boîtes de céréales, les paquets de ouigours, pardons de yoghourts, ou les menus de McDo.
Non, ceux qui croient encore aux bienfaits de la « prime », ce sont les assureurs, les banquiers et leurs traders. Car ces grands enfants, qui ont parfois su rester jeunes au point de ne parfois (souvent ?) douter de rien n’ont pas vécu la crise de novembre dernier de la même façon que les humains « ordinaires » que nous sommes ou que nous essayons d’être.
L’exemple actuel de la « provision BNP Paribas » d’un milliard d’Euros pour ses traders, sorte de cadeau Bonux géant et collectif (pas collectiviste) me fait penser au cadeau ou à la « prime » Bonux. Les clients de banques paient sans savoir (ou en sachant de plus en plus…) le cadeau aux traders qui pour n’en être pas moins employés des banques qui « s’occupent » de notre argent, ne sont pas ceux qu’on croise au guichet desdites banques ou qui gèrent nos comptes.
Mais qu’on se rassure. Ce sont ceux qui nous ont plongés dans la crise qui connaissent forcément mieux les remèdes au mal qu’ils ont créé…
Allez, continuons à croire au cadeau Bonux…

