Couleurs primaires
Par Jean-Luc Chavanieux le dimanche 30 août 2009, 15:33 - Niouzes - Lien permanent
Comme
chaque année, l’université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle suscite
l’intérêt des médias. La thématique médiatique de cette année s’intitulait
« primaire or not primaire »…
Mais la thématique des éléphants et éléphanteaux également. Impossible donc d’échapper à cette recette supposée miracle pour recomposer une Gauche déliquescente dans les discours et les petites phrases. Certes l’occupation du terrain médiatique a bien fonctionné et a mobilisé caméras et micros faisant disparaître momentanément la majorité présidentielle recyclant de Villiers ou encore le CPNT.
Mais ce relatif succès sur un terrain dominé -depuis même avant l’élection de Nicolas Sarkozy- haut la main par le camp de l’omni-président peine à masquer la vacuité des propositions du PS pour un projet de société à lui opposer en 2012. Quelqu’un, mais pour quoi faire ?
La question qui se pose prioritairement pour certains (et certaines) est de savoir comment désigner un candidat ou une candidate qui puisse porter les couleurs d’une alternative au second tour de la prochaine élection présidentielle. Il me semblait (mais je ne suis pas au PS) qu’une élection, qu’elle soit un scrutin uninominal ou de liste, servait à proposer un projet (municipal, départemental, régional, national, européen…) de société pour la mandature à venir. Le ou les candidats ou candidates étant sensés être les porteurs de ce projet. Ceci imposant la définition d’un projet (parti, rassemblement…) préalablement au choix du haut-parleur candidat.
Il semble que pour les ténors socialistes le choix du/des candidat-e-s soit un préalable à la définition du projet. Prenons-en acte…
L’effet Obama mal digéré
L’élection d’Obama a eu un succès retentissant dans le monde entier pour les raisons que l’on connaît. En France, on a tenté de capter ce succès (Ségolène qui annonce que l’équipe de campagne d’Obama s’était inspiré de sa campagne participative, etc…) et, consciemment ou inconsciemment, on cherche à adapter ce qui a fait le succès d’Obaman (non il n’y a pas de faute de frappe).
La dynamique de sa victoire lors des primaires démocrates a, n’en doutons pas, servi à sa dynamique victorieuse contre McCain. Mais les Etats-Unis ne sont pas la France (la réciproque est vraie également), les cultures politiques ne sont pas les même et surtout, l’élection présidentielle US n’est pas du tout organisée comme la présidentielle française. Il n’y a qu’un tour de scrutin…
D’où les primaires dans les deux camps républicrate et démoblicain. Car si les primaires vues par le PS peuvent légitimement les aider à trouver un ou une candidat-e, les élargir à l’ensemble de la Gauche et des écologistes peut apparaître problématique pour diverses raisons :
- A quoi servirait le premier tour de la présidentielle ?
- Puisqu’il faut 50% des voix plus une, où seraient les réserves de voix pour le second tour ?
- Et si un-e candidat-e non PS sort de ces primaires, quelle sera l’attitude des socialistes ?
Le tout s’ajoutant à d’autres questions comme quels autre partis ou mouvements pour participer à ces primaires ? Modem ou pas Modem ? Qui votera ? etc…
Alors, que faire ?
Je pense que la priorité des priorités pour la Gauche et les écologistes, c’est de définir un programme commun (oui, « commun ») proposant un autre choix de société à porter en 2012. Mais ce programme solidaire, démocratique et écologique ne devra pas être le reflet d’une hégémonie quasi naturelle du Parti Socialiste, tant idéologique (si j’ose dire) que dans les pratiques de « gouvernance » de la Gauche Plurielle aux exécutifs locaux, hégémonie qui a été une des raisons d’un insuccès durable de la Gauche et un facteur de division(s) constant.
Au-delà de cette tendance à avoir forcément raison puisqu’on pèse plus, il faudra que le PS rénove sa perception du monde d’aujourd’hui et de demain. Le parti de la rue Solférino s’expose à des Waterloo électoraux si’il ne prend pas en compte la crise écologique et climatique et ne la met pas au centre des rapports sociaux et économiques.
Comme a tenté de l’expliquer Cécile Duflot à La Rochelle, « L'écologie, ce n'est pas pour les bobos, c'est un projet qui anticipe que demain, ce sont les prolos qui paieront le plus la facture de la crise ». Le PS ne doit pas rester sourd à cet argument. Ce sont déjà les plus vulnérables qui, au Nord ou au Sud, mais plus encore au Sud, souffrent et souffriront de la crise multiforme. Le déclin de la sociale démocratie en Europe acté par les scores des élections européennes en est une résultante. Par exemple, les (ex- ?) travaillistes britanniques ne comprennent pas pourquoi ils sont complètement largués par les électeurs. Ils ont été des relais très efficaces du thatchérisme et des alliés de la City.
Sur ce, bonne rentrée.

