De Bush Jr à Bongo Jr, on peut trouver pléthore d’héritiers sur la scène politique mondiale, en passant par Faure Gnassimbé, Serge Dassault, Joseph Kabila, Jean Sarkozy, Bachir El Hassad, etc., tous juniors. Si le fils de Zavatta peut légitimement se prétendre clown (du moins si Zavatta a un fils, ce que je n’ai absolument pas vérifié), car comme disait son père « un enfant, c’est trop de la balle ! », d’ailleurs pour Marc Dutroux et Richard Polanski aussi, la question se pose en terme « d’héritage politique ». On écartera donc les dynasties officielles de la liste car si le Prince Charles est destiné à devenir la prochaine reine d’Angleterre et de ses dominions ou si M6 à succédé à H2, il est tout de même moins naturel dans des régimes démocratiques ou supposés tels de voir un rejeton succéder à son père.

On peut regretter cette privatisation familiale et filiale de la chose publique, on peut également s’en féliciter (merci Papa), s’en tamponner le coquillard comme de sa première couche culotte, toujours est-il que ce fait vient d’être dépassé, ringardisé, « obsolétisé », par le guide suprême du pays de la Terenga, en clair le Président du Sénégal.

Agé de 83 ans, Abdoulaye Wade, en bon avocat de lui-même, vient de sortir une de ses répliques qui, telle une raffarinade dans le PPF (paysage politique français), vient secouer le cocotier du PPS (paysage politique sénégalais, vais vous l’aviez deviné…). Si la presse satirique et ses lecteurs se gondolent, non pas à Venise, mais à Pikine, à Dakar, à Saint-Louis, à Kaolack, à Ziguinchor et j’en passe, la majorité de la population sénégalaise, celle qui a les pieds dans l’eau et qui manque d’électricité, celle qui regarde les 4x4 neufs des proches du régime rouler ostensiblement sur les routes elles aussi neuves de la Corniche, commence à en avoir plus qu’assez d’un régime déjà à la dérive depuis quelques années. En effet, le Vieux, ou en VO Gorgui, songe, alors que son descendant Karim (surnommé le Petit Toubab) a déjà fait acte de candidature pour la présidentielle de 2012, se présenter à sa propre succession et contre son fils !

Si la terre de la Terenga nous a habitués à de l’inédit comme par exemple avoir fourni à l’Académie Française un de ses membres, avoir battu les Bleus en Coupe du monde ou encore avoir inventé le Yassa ou le Mbalax, force est de nous incliner devant cet épisode politique inédit : se présenter contre son successeur désigné par soi-même. L’ancien ténor du barreau de Dakar a en effet déclaré il y a un peu moins d’un mois à la très officielle radio « La Voix de l’Amérique » : « Je suis candidat en 2012, Inch'Allah. Si Dieu me laisse longue vie, me laisse mon cerveau et ma santé, je serai candidat ».

Pourtant, de nombreux observateurs plus ou moins autorisés ont déjà remarqué que le vieux lion, s’il n’a pas les crocs émoussés, commence à flotter de la crinière et « semble se perdre dans des digressions, dont ses interlocuteurs ne comprennent plus toujours le sens ». Se pose donc, au-delà du cerveau et de la santé de Son Excellence Abdoulaye Wade, la question de la santé de son cerveau. Enfin, la récente claque électorale de Karim Wade lors des élections municipales à Dakar et donc son échec à prendre la Mairie pourrait être à l’origine des déclarations de son père.

Le mot de la fin à Massa Makan Diabaté, écrivain Malien qui a écrit: « Il y a trois sortes de fils : l'enfant qui ne vaut pas son père, celui qui se hisse à son niveau et celui qui le surpasse » ou encore « Seul le vieux singe sait comment décortiquer la vieille arachide»...