Des Jeux de la Francophonie aphones
Par Jean-Luc Chavanieux le lundi 12 octobre 2009, 23:08 - Chroniques Primonde - Lien permanent
Organisés tous les quatre ans,
l’année suivant les JO, les Jeux de la Francophonie se sont déroulés à
Beyrouth, du 27 septembre au 7 octobre. Dans l’indifférence la plus
totale…
A quoi servent ces jeux ? A rien, serait-on tenté de dire, mais la réponse est sûrement plus complexe. En effet, le principe de ces Jeux de la Francophonie, décidés en 1987, est de mêler culture et sport au sein d’une même manifestation. Les maoïstes qui, en 68, fuyaient les CRS en citant les propos du Grand Timonier puisés dans le Petit Livre Rouge avaient déjà inventé le concept.
Dans le meilleur des cas, les ceuses-qui-suivent-les-jeux se contentent seulement du côté sport. La culture, pardon la Culture, est sensée être présente. Cela est relativement visible lors des cérémonies d’ouverture et de clôture Mais des « joutes » culturelles, où sont-elles passées ? Enfin, arrêtons-nous un peu sur la manifestation sportive elle-même. On y trouve des athlètes de plusieurs disciplines dans des compétitions réservées aux pays membres mais aussi… aux pays observateurs. Et là, on comprend qu’il se cache derrière ces Jeux une sorte de diplomatie du ping-pong chère à Nixon.
En effet, on trouve à ces Jeux des pays francophones (ou régions) comme le Québec et le Nouveau-Brunswick, le Gabon plus françafricain que francophile, les Seychelles, Monaco, la Suisse (côté paradis fiscaux ?), ce qui peut se comprendre, mais également, et c’est plus surprenant, la Grèce ou la Bulgarie. On y trouve, et c’est assez surprenant, mais nos amis d’outre-quiévrain nous ont habitués à pire, non pas la Belgique, mais la « Communauté française de Belgique ».
Mais ce n’est pas tout. Des pays observateurs « non-qualifiés » à ces Jeux frappent à la porte de l’Organisation Internationale de la Francophonie. On trouve la Serbie ou l’Ukraine, le Mozambique ou la Géorgie, celle de l’est, pas celle qui était si chère à Ray Charles. On comprend que cette organisation pourrait finalement avoir d’autres buts que la défense du français et des cultures francophones.
Revenons tout de même à ces Jeux boudés par les télés. Il y avait pourtant du foot, de la boxe, du judo, de l’athlétisme, du basket et… du ping-pong, pardon du tennis de table. Retour à Nixon. Mais il y avait, en coulisses ?, des disciplines culturelles, jugez plutôt : chanson, contes et conteurs, danse de création, littérature (nouvelles), peinture, photographie et sculpture. Vous trouverez les règlements des différentes épreuves sur le site de l’OIF (www.jeux.francophonie.org). De tout çà, « on n’a entendu que l’assourdissant silence ». (C’est un alexandrin, mine de rien…). Bref, des Jeux de la Francophonie aphones.
Terminons en évoquant le bilan des médailles. La France (49 médailles dont 23 d’or, mais on s’en tamponne ce qu’on veut) gagne devant le Maroc (47 dont 12 d’or), la Roumanie et le Canada. A noter que nos cousins de la chère belle province font encore plus fort que les Belges avec deux équipes puisque le Canada-Québec termine en 11ème position. Mais sans évoquer le ping-pong mais sa diplomatie, on notera que le Rwanda, pays qui a rompu ses relations diplomatiques avec la France termine à une belle 7ème place sur 28 équipes médaillées. Le Sénégal finit par exemple 13ème, ce qui ne satisfera certainement pas Abdou Diouf, surtout si celui-ci ne croit pas au bla-bla de Pierre de Coubertin qu’il n’aurait d’ailleurs jamais énoncé (l’important c’est de participer) , en passant un misogyne et raciste avéré qui ne voyait pas d’un si mauvais œil (celui de Le Pen) l’arrivée des régimes fascistes et nazis dans l’Europe des années 30 (le Baron, pas l'ancien président sénégalais, bien sûr...)..
On lui laissera donc le mot de la fin avec des pincettes et à déposer où bon vous semble mais en évitant de le recycler : « La théorie de l'égalité des droits pour toutes les races humaines conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial ».

