Les propos de Marie Ndiaye ont visiblement irrité l’inénarrable maire du Raincy (dans le 9-3, îlot rouge, rose et vert dans la bleue Île de France). Mais nous ne sommes pas là pour évoquer la géopolitique de la région parigote. Eric Raoult, donc, a émis la profonde pensée suivante sous forme de communiqué (en un seul mot), accrochez-vous : « Monsieur Eric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la Culture et de la Communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. »

Outre que le pit-bull de service parle de lui à la troisième personne, c'est un grand sensible autant qu’un grand patriote comme en témoigne cette citation : « Voir de nouveaux Français de toutes les couleurs chanter la Marseillaise, moi ça me met les larmes aux yeux. », le gentil Eric pense (si j’ose dire) qu’un récipiendaire de prix littéraire se doit de chanter les louanges du régime. Marie Ndiaye en barde de la Sarkozye alors que notre bon Brice, lui, pense qu’une griotte ça va, c’est quand y’en a plusieurs qu’il y a des problèmes. Déjà qu’avec Ramatoulaye le baromètre est dans les hautes pressions...

Que l’on soit d’accord ou pas avec les propos de la sœur du Pape, qui finalement sont accessoires dans cette affaire d'atteinte à la liberté d'expression, on se demande ce que doit un écrivain de langue française, fût-il citoyen de ce beau pays de tolérance, à un gouvernement (encore) issu des urnes. Mais question urnes, Raoult s'y connaît. Ce grand ami de Ben Ali, qui, pour préserver très certainement de la grippe A ses amis d’origine tunisienne faisant le Hadj, a proposé le 1er octobre 2009 dernier à l’Assemblée Nationale d’interdire aux Musulmans de France de se rendre à la Mecque pour éviter d’attraper la grippe... porcine.

Si on peut reconnaître légitime que Monsieur Raoult ait lui-même peur d’attraper le virus H1N1 vu son profil politique particulier si proche de l'extrême-droite, force est de reconnaître qu’il cherche aussi à préserver ses concitoyens d’une pandémie grippale venue de l’Arabie lointaine et mystérieuse. C’est donc un homme soucieux de l’intérêt général et féru d’anthropologie qui peut d’ailleurs s’enorgueillir de compter parmi ses amis un Ministre de la Culture actuel. Est-ce grâce à cette passion partagée de l’Asie à propos de laquelle le petit timonier du Raincy a déclaré « les Japonais sont plus habitués au langage de velours de geishas qu'à l'argot vulgaire des femmes de poissonnier », qu’une amitié donc s’est forgée entre les deux hommes ?

En effet Frédéric et Eric, c’est une vraie love story et comme le dit le neveu de Tonton : « Ce n'est pas un ami mais un proche, un homme chaleureux qui, dans les deux mois qui viennent de s'écouler, s'est révélé, dans la majorité, un des plus gentils et des plus offensifs pour prendre ma défense (… ) c'est un type entier». Parole d’expert.

Mais notre bon Frédéric, se dégonfle lorsqu’il s’agit d’assumer ses propos passés. Celui qui a réagi récemment et aussi fortement à l’arrestation d’un pédophile présumé cinéaste, à moins que ce ne soit l’inverse, en prononçant le sublime et sobre : « C'est la place d'un ministre de la Culture de défendre les artistes en France. Un point, c'est tout » nous montre donc un autre visage, beaucoup moins ferme, à propos de la liberté de parole de Marie Ndiaye. On l’a connu dans le passé bien plus virulent pour défendre la liberté d’expression, surtout la sienne.

Ce déballonnage du fanfaron de la Villa Médicis puis de la rue de Valois rentre-t-il donc dans la catégorie des hommes qui ne s’assument pas ? Vous savez, ceux que le poids lourd toutes catégories surnommé « le gros Douillet » appelle… « tapettes ».