En effet, notre philosophe de service qui possède sa petite case radiophonique sur laquelle il règne en maître, sait se faire entendre hors de son émission sur le service public. Bien souvent, armé comme tant d’autres de la sûreté de soi et de l’aplomb qui le caractérise, Finkielkraut a les moyens d’avoir des avis sur tout, et même surtout des avis.

Celui qui se revendique d’une filiation philosophique classique n’aura de cesse de vouloir promouvoir des valeurs réactionnaires. A bas Deleuze et Guattari ! Debord dehors ! Liquidons 68 ! 69 n’est pas une année érotique ! etc. etc. Celui qui s’est défini comme anti moderne, c'est-à-dire contre les dérives progressistes ou droits-de-l’hommiste aime beaucoup gloser sur ce qui peut être sujet à controverse surtout si le taux de mélanine du sujet controversé est supérieur à la « normale », c'est-à-dire le sien (de taux).

On se souvient de ses saillies sur les jeunes de banlieues et sur l’équipe de France de foot qui sont d’ailleurs parfois les mêmes. Ainsi, dans la même interview au quotidien israélien Haaretz, le gentil Alain n’a-t-il pas craint de lancer : « En France, on aimerait bien réduire ces émeutes à leur dimension sociale, les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation, contre la discrimination dont ils souffrent, contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. Regardez ! En France il y a aussi des immigrés dont la situation est difficile — des Chinois, des Vietnamiens, des Portugais — et ils ne prennent pas part aux émeutes. C'est pourquoi il est clair que cette révolte a un caractère ethnique et religieux. ». Finkielkraut, renseignement généraux.

Concernant le foot et l’équipe de France, Finkielkraut pense tout haut que : « Les gens disent que l'équipe nationale française est admirée par tous parce qu'elle est black-blanc-beur. En fait, l'équipe de France est aujourd'hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l'Europe. » Finkielkraut, critique de films comiques.

Certes, c’est également à cette occasion que notre Omniprésident a pris la défense de notre grand européen par une de ses sentences dont il a le secret : « M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes». Fermez la discussion.

Cellule de veille de l’actualité à lui tout seul, Alain a su profiter des perches tendues par Thierry "jeux de mains, jeux de vilains" Henry ou par Marie "France monstrueuse" Ndiaye pour y aller de ses petits commentaires. Sur la main du premier, il a, une sentence définitive : «la preuve est faite que l'usage de la vidéo est nécessaire». Finkielkraut, arbitre international.

Sur les propos de la seconde il les a qualifiés d’ « ivrognerie verbale ». Un peu plus classe qu’un quelconque « lâcher de salopes ». Finkielkraut comique troupier.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas. L’homme fort de l’émission Répliques est antiraciste. C’est bien pour cela qu’il accuse l’antiracisme d’être un nouveau totalitarisme. Ainsi, « L'idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L'antiracisme sera au 21e siècle ce qu'a été le communisme au 20e ».

Le mot de la fin au philosophe officiel du régime qui a déclaré à propos de la persécution de Marie Ndiaye : «  Je vis dans l'épouvante. La France est en proie à une véritable fureur de la persécution. Et il n'y a pas que la France. C'est toute la planète internet qui est devenue comme une immense foule lyncheuse. (...) Je ne réclame pas une quelconque impunité pour un artiste. Mais il faut quand même comprendre que sa qualité d'artiste, depuis le début de l'histoire, n'est pas un privilège, mais un handicap. ». Pardon, je m'égare, il s'agissait bien sûr de défendre Roman Polanski.

Finkielkraut, philosophe du Café du Commerce…

(Légende photo : Alain se demande combien il possède de numéros de France Football reliés plein cuir...)