Des matches à Cabinda ?

Point besoin d’être un expert en géopolitique pour se demander comment le comité d’organisation a-t-il pu envisager des matches dans une région où depuis plusieurs décennies (depuis 1963) le FLEC se bat pour la « libération de l’Enclave de Cabinda ». Car Cabinda est une anomalie (parmi d’autres) héritée de la colonisation du continent et du partage du gâteau résultant de la Conférence de Berlin (1884-1885).

Depuis que l’on y exploite le pétrole à grande échelle, la situation ne s’est pas simplifiée. Car outre les ingérences des deux voisins (les deux Congo) qui ont su aider le FLEC à travers les dernières décennies et même lors de sa création, les appétits exogènes en or noir ont amené ce bout de territoire angolais à devenir une région aussi insécurisée que, au choix, le delta du Niger ou encore le Darfour.

Organiser des matches de poules (avec des footballeurs, certes) semble être d’abord plus une volonté de l’état angolais que du comité d’organisation, même si, bon, les deux peuvent tout à fait se confondre. En effet, cette compétition et les matches du groupe qui devaient s’y dérouler (et à cette heure doivent encore s’y dérouler) devait montrer la ferme résolution de l’Angola à montrer que Cabinda est une enclave véritablement angolaise et que la sécurité de tous y est assuré par l’Etat et ses forces de l’ordre.

Et bien, pour la vitrine footballistique du gouvernement de l’inamovible José Eduardo dos Santos (au pouvoir depuis plus de 30 ans !), et grand ami de Pasqua, Falcone ou Gaydamak, c’est raté. Complètement.

Togo : bus ou Airbus ?

Autre question, le choix de la fédé togolaise de foot (FTF) de faire voyager ses joueurs en car dans cette région est-il le résultat de quelque chose de pensé ou au contraire une grosse et lamentable erreur ? Car ce n’est certainement pas pour limiter les émissions de gaz à effet de serre que la fédé togolaise a fait ce regrettable choix.

Il se murmure que quelque chose de pourri subsiste au sein de la FTF. En effet, le président en est l’un des fils de Gnassimbé Eyadema, le rival de son frère président de la république bien mal élu Faure Gnassimbé ? Le lieutenant-colonel à la tête de la FTF, le bien nommé mais pas très rock’n’roll, Rock Balakiyèm Gnassimbé, n’est pas, selon les observateurs de la vie politique togolaise, un modèle de probité.

Enfin, selon les témoignages des Eperviers, le bus a été mitraillé malgré la présence de deux bus, un devant, un derrière, chargés de policiers ou militaires, eux-mêmes chargés de la protection des joueurs et du staff. De là à imaginer des fuites…

Eperviers, sortez !

Ce jeu traditionnel des cours de récréation est devenu le mot d’ordre (ou de désordre) ayant cours au sein de la FTF. Le porte-parole du gouvernement togolais a été ferme et définitif. En ce qui concerne les principaux intéressés beaucoup moins. Car si un certain nombre de joueurs ont manifesté leur désir de jouer cette CAN, le capitaine de l’équipe, Emmanuel Adebayor semble s’en être désolidarisé.

Alors, joueront, joueront pas ? Il semble bien que non. En tous cas, selon Hubert Velud, sélectionneur (français) des Eperviers, l’indépendance du football togolais est aussi légendaire que celle du pays face à la Françafrique. Certes, il ne le dit pas comme çà, mais plutôt : « les exigences gouvernementales nous demandent de rentrer. On respecte cette décision. On est obligé d'obéir ».

The show must go on ?

Bien sûr. A-t-on vu lors d’une compétition internationale un attentat ou des désordres causer l’annulation d’une phase finale ? Demandons-aux Fennecs algériens ce qu’ils pensent du tourisme footballistique en Egypte… Demandons aux supporters de la Juventus ce dont ils se souviennent du Heysel… Au CIO, quelle a été son attitude après l’attentat de Munich en 1972, etc.

Il était donc clair que les impératifs financiers, commerciaux, politiques et médiatiques n’allaient pas rendre possible l’annulation de cette compétition. Donc le show must go on… Regrettable choix ? Peut-être. L’avenir proche nous le dira. Toujours est-il que tout un continent attend de cette compétition et de sa grande sœur en Afrique du Sud un autre regard du monde sur l’Afrique.

En conclusion, un morceau du sélectionneur (français) du Togo : « L'Angola était un très bon choix. Le problème, c'est d'avoir voulu nous faire jouer dans l'enclave angolaise de Cabinda. Pour moi, le site n'est pas bon. On a demandé à l'organisation de délocaliser nos matches, ce qui, avec un peu de bon vouloir aurait été possible. Mais on nous l'a refusé. A un moment donné, on n'est quand même pas de la chair à canon. Il ne faut pas que les intérêts financiers passent avant les intérêts humains. On ne va pas me faire croire que le risque d'attaques séparatistes n'existait pas avant notre venue... Je ne comprends pas que ça ait été aussi mal évalué. »