Le travail de la Kenyane Wangari Maathai avec son Green Belt Movement qui a été récompensé par un prix Nobel de la Paix en 2004 a été un autre catalyseur. Wangari Maathai a prouvé que le sort des pays du Sud sur le plan écologique n’était pas inéluctable. Outre le fait que la démocratie a toujours fait partie de son projet, l’écologiste kenyane a également mis en place des solutions d’une intelligence rare pour lesquels nous, écologistes du Nord, devons nous inspirer. Par exemple, pour ses projets de reboisement, le Green Belt Movement s’est posé la question : une grande pépinière centrale ou des petites pépinières décentralisées ? C’est la seconde proposition qui a été retenue, celle-ci offrant plusieurs avantages et non des moindres : pas de transports d’arbres sur de longues distances (économies d’énergie et d’émissions de GES) et des revenus complémentaires pour les paysans.

Aujourd’hui, on ne compte plus les partis verts, comme au Sénégal, au Mali, au Burkina, au Congo, au Rwanda… Outre l’urgence écologique, les militants de ces partis soulignent l’urgence démocratique et sociale.

Le sommet de Copenhague a montré le fossé entre les pays riches et ceux du Sud. Il a également montré que le Sud ne veut plus continuer à payer la facture écologique du Nord. Nous devons, à nos niveaux de décisions prendre en compte cette nouvelle donnée et construire localement les dispositifs de solidarité permettant de devancer les résolutions internationales en mettant en place des solutions innovantes faisant de nos collectivités territoriales des acteurs du « penser global, agir local ».

Philosophie du projet

Que devons-nous, militants et élus écologistes, faire aujourd’hui dans ce contexte pour exprimer notre solidarité avec les habitants des Pays du Sud ?

Une politique de coopération décentralisée ne doit pas se limiter à être un petit supplément d’âme permettant à la Région de s’offrir une bonne conscience. L’aide publique au développement (APD) a trop souvent et trop longtemps été dévoyée par les états (salaires des Gardes Présidentielles, jets privés, éléphants blancs). La France en est un bien triste exemple. Le remède aux dérives de cette APD centralisée est la décentralisation de l’utilisation de cette aide. Les régions ont un rôle à jouer en justifiant la pertinence d’accoler les mots « coopération » et « décentralisée ».

La politique de coopération régionale n’est pas aussi connue que l’action du CR en matière de transports, sur les lycées, etc. Elle n’est pas non plus sentie comme une priorité dans une région qui souffre des crises écologique, sociale, financière… Notre projet se veut éthique et écolo. A l’heure des crises multiples que connaît la planète, il est plus que nécessaire de faire son (ses) « devoirs de solidarité » avec le Sud. Notre Région a un rôle à jouer. N’oublions pas que, à une certaine époque, la Haute-Normandie a profité du commerce « du bois d’ébène ». Sans vouloir aller vers une quelconque repentance, ce sont les idées de solidarité et de justice qui sous-tendent la philosophie générale du projet.

Voici quelques principes de base du projet Europe Ecologie :

  • Proposer une alternative concrète aux politiques de coopération centralisée
  • Proposer des projets faisant appel à la transversalité avec les autres services de la Région
  • Appuyer la politique de co-développement sur les ressortissants des pays d’origine
  • Construire chaque projet en ayant en tête le « co » de coopération (pas de paternalisme, échanges plutôt que dons…)
  • Faire en sorte que chaque projet ait une dimension sociale, environnementale et éthique, au nord et au sud

La politique de coopération régionale n’est pas aussi connue que l’action du CR en matière de transports, sur les lycées, etc. Lui donner une visibilité peut et doit se faire en touchant les Haut-Normands dans leur vie quotidienne, ce qui ne veut pas dire au quotidien. L’exemple du lycée en tant que lieu à la fois d’information, de formation, de pédagogie, de culture, est fréquenté au quotidien par les jeunes. C’est aussi un exemple qui montre que la véritable coopération ne peut exister que si le « co » est réel. Une action envers les Haut-Normands doit profiter au Sud, tout comme une action au Sud doit profiter ici, en quelque sorte.

La Haute-Normandie recèle bien des talents associatifs, artistiques, culturels, militants. De nombreuses associations haut-normandes œuvrent dans le champ de la Solidarité Internationale, du développement, ou au rapport entre les Citoyen-e-s. La politique d’appels à projets, le soutien à la Semaine de la Solidarité Internationale doit être continuée et renforcée. Mais des projets innovants en termes écologiques ou sociaux devraient pouvoir être davantage soutenus en dehors du cadre des appels à projets.

Quelques propositions et axes de travail

Voici maintenant quelques-unes des mesures que nous comptons mettre en œuvre dans le cadre de la politique régionale de coopération décentralisée lors de la prochaine mandature.

1- Favoriser le commerce équitable et éthique au niveau de la Région :

  • En créant un marché itinérant régional du commerce équitable et éthique
  • En instaurant une «quinzaine » du commerce équitable dans les lycées
  • En suscitant la création d’une coopérative régionale d’achats équitables

2- Soutenir le travail des ASI et des associations de migrants :

  • Par la mutualisation régionale des ressources documentaires et logistiques
  • En favorisant la mise en place de formations destinées au secteur associatif et notamment sur les implications écologiques des projets

3- Favoriser les liens entre les populations du Sud et les Haut-Normands :

  • En instaurant deux colloques par an sur le devoir de mémoire (esclavage, en mai) et la Solidarité Internationale (en octobre/novembre)
  • En pratiquant une politique culturelle d’échanges artistiques et notamment en permettant la résidence d’artistes pour travailler avec des artistes et des populations locaux
  • En renforçant la politique de coopération territoriale avec la région de Tamatave à Madagascar et la willaya de Bejaia en Algérie et en concrétisant un troisième partenariat avec une région d’un pays du Sud
  • En créant un Festival régional des musiques du Sud solidaire et écologique

4- Proposer une politique de coopération régionale responsable, solidaire :

  • Par un soutien accru aux projets écologiques et sociaux des associations œuvrant au Sud et notamment par la pratique de la démocratie, la préservation de l’environnement, le développement scolaire et sanitaire
  • Par l’augmentation de l’aide publique au développement de la région pour atteindre 0,7 % du budget régional à la fin de la mandature selon les objectifs du millénaire (actuellement 0,04 % !)
  • En créant un forum annuel Nord/Sud consacré au développement durable et soutenable permettant les rencontres et échanges entre migrants et producteurs ou professionnels locaux (bio, maraîchage, eau, énergies…) pour l’élaboration de projets de co-développement
  • En créant une agence régionale de compensation d’émissions de carbone

Conclusion

L’écologie politique comme l’écologie associative ont très souvent lutté et luttent encore contre ce qui ne sont pas des dérives, mais des politiques bien ancrées dans l’essence même de la Vème République. Une certaine idée du rôle de la France et des relations nord/sud qui mènent à des situations illustrées par les présences d’Areva au Niger, de Total au Congo B et ailleurs, de Bolloré au Kivu et des réseaux parallèles partout ailleurs. Ces officines occultes, politiques, militaires, industrielles, financières, habituées des paradis fiscaux, pilleuses et destructrices pour l’environnement comme pour les humains, prédatrices, ont longtemps guidé la politique de la France avec les résultats que l’on connaît. La coopération décentralisée, par opposition à cette politique entre états, ou plus exactement entre quelques happy fews, est le remède pour ramener à la raison les relations entre les peuples, dans un esprit, non pas de compétition, mais de solidarité et de fraternité.

Les politiques régionales de coopération sont des outils pour participer à la construction de ce monde de demain, à la fois durable et soutenable. Il faudra revendiquer également des moyens plus importants ainsi qu’une coopération entre les divers services de la Région pour la réalisation de cette politique.

Je terminerai par une citation de René Dumont, qui disait : « Une croissance indéfinie est impossible, nous n'avons qu'une seule Terre, mais une civilisation du bonheur est possible. Les solutions existent, mais l'opinion les ignore car les structures actuelles et les détenteurs du pouvoir économique et politique s'y opposent ».