Gueulons ensemble !
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 11 mars 2010, 22:29 - Niouzes - Lien permanent
"Il faut savoir gueuler quand des choses insupportables se passent. Gueulons ensemble !".
C’est par ces mots que Stéphane Hessel (voir ici), 92 ans,
résistant, déporté, rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme a conclu son intervention au meeting d’Europe Ecologie à Paris, hier
soir.Outre que sa capacité d’indignation face aux injustices est restée intacte
après une telle vie d’engagement(s), son cri est partagé par tous les
candidats, les soutiens et les électeurs d’Europe Ecologie.
Injustices multiples
Comment en effet ne pas être révolté par les injustices flagrantes, de plus en plus insupportables pour celles et ceux qui les subissent comme une multiple peine, sociale, environnementale, sanitaire, démocratique, discriminatoire ? Car bien souvent les victimes de la crise sociale sont les mêmes que ceux qui subissent les fractures de la société.
Disons qu’on est plus exposé à être victime de la malbouffe quand on est dans la dèche, la pauvreté ou la misère. Il est plus difficile de se chauffer, se déplacer, manger, se soigner ou tout simplement ne pas tomber malade quand on a le portefeuille aussi désert qu’un programme de campagne d’une tête de liste UMP. Tout le monde peut devenir un jour ou l’autre une victime du système. Mais certains le sont déjà, et depuis bien longtemps.
Depuis longtemps également, il existe une croyance partagée en la croissance, ou plutôt la Croissance, avec une majuscule héritée d’un âge d’or révolu où l’on pouvait tirer tout ce qu’on peut de notre pauvre planète en redistribuant a minima les fruits de ladite croissance. Les idéaux du Conseil National de la Résistance se souciaient du bien commun et nous ont légué quelques réformes comme ce qui allait donner pas moins que (entre autres) la retraite par répartition, l’assurance maladie, les comités d’entreprise, le retour à la démocratie, les nationalisations, et, last but not least, le vote des femmes.
Il semble que, mis à part le vote des femmes et nonobstant la parité des futurs, en tous cas promis, conseils territoriaux, la destruction des acquis du CNR soit déjà en marche. Retraite, hôpital, droit des salariés, institutions et gouvernance, justice, éducation, vente à la découpe des services publics sont à l’ordre du jour depuis un certain temps déjà…
La donnée « Terre »
Mais le temps de l’insouciance est terminé. Parce que le chômage et la précarité sont désormais bien installés dans le quotidien, parce que l’hôpital va super mal, l’école fait la gueule, la justice se serre la vis, la démocratie fond petit à petit et enfin l’espoir de jours et d’un monde meilleurs est de plus en plus ténu pour les humains eux-mêmes sur une Terre dont les autres habitants, végétaux et animaux, bref, la biodiversité paient les pots que nous cassons.
A l’époque du CNR, les données environnementales, climatiques, énergétiques n’étaient pas encore dans leur agenda… 20, du vingtième siècle. Car depuis, l’insouciance a épuisé la planète et laisse les humains au bord du gouffre. Les inégalités se creusent également à l’échelle des nations et des continents. Les dégâts économiques, écologiques, démocratiques et sociaux, au Sud, on connaît depuis bien longtemps. Esclavage, colonisation, mondialisation ont laissé des marques indélébiles dans le cadre d’une continuité des choix effectués par les défenseurs de l’ordre établi et finalement du désordre social.
D’où vient notre pétrole ? Notre uranium ? Quel en sont les coûts humains et environnementaux ? Que fait réellement Areva au Niger ? Total au Gabon ? Bolloré en RDC ? Quel effet notre mode de vie a-t-il sur ces pays auxquels on pompe leurs énergies fossiles et à qui on refuse la souveraineté alimentaire ?
Cinéma et peinture
On ne s’en sortira pas en Haute-Normandie à long terme si le monde ne s’en sort pas avec nous. Il est vain de croire qu’on peut construire durablement des îlots de prospérité au milieu de la misère la plus terrible. C’est donc d’un projet d’une autre société que celle du gaspillage et de la compétition forcenés dont nous avons besoin. Le monde qui se profile pourrait ressembler à un improbable mix entre la Planète des Singes, Mad Max, Los Angeles 2013 ou encore Brazil.
Réjouissant au cinéma mais à vivre, si j’ose dire, bof... C’est pourquoi, il est terrible de constater qu’au fond, le seul projet de rupture avec le culte de la productivité qui mène tout droit à un système global totalitaire soit le projet écologiste. Il ne faut pas croire que nous nous en réjouissons. Car un projet tenant compte de la réalité du monde dans lequel on vit, ou tente de survivre est plus important qu’une couche de peinture verte, tirant parfois vers le vert de gris pour améliorer le décor électoral dans lequel on se met en scène.
Pour l'écologie, gueulons
On va pas se la péter, comme on dit de nos jours. Europe Ecologie ne vise pas le grand chelem, ni même la victoire à gauche. Par contre, nous pensons qu’un vote fort permettrait de faire enfin intégrer à nos partenaires de gauche que les problèmes écologiques sont aussi des problèmes sociaux et qu’il n’y aura pas de solution au problème social s’il n’y a pas de solution au problème écologique.
Pour ma part, je préfère voir un PS et un Front de Gauche aller dans ce sens, quitte à partager une analyse et proposer des solutions communes . Nous n’avons pas le monopole de l’écologie, nous dit-on souvent. Certes, mais ce monopole s’exerce de fait car l’écologie vitrine ou alibi, même avec toute la meilleur volonté du monde, n’est pas l’écologie politique. Laissez venir à l'écologie politique les militants...
Alors, pour que ce plaisir soit enfin partagé par nos partenaires, il faut leur faire savoir dimanche dans les urnes, haut et fort. La Gauche ne se renouvellera que si elle intègre la question écologique à la question sociale pour pouvoir proposer une alternative à Sarkozy qui ne soit pas qu’une alternance.
Et bien pour çà, le Vieux, le sage Stéphane Hessel a une proposition pour savoir quoi faire avec notre bulletin de vote dimanche: gueulons !


Commentaires
En attendant le 7, on peut toujours " gueuler" haut et fort demain à partir de 13h30, devant l'inspection académique, qu'on est attaché à un service public de l'Education nationale qui assure à tous un enseignement de qualité. Marlène.