Régionales 2010, le verdict des urnes
Par Jean-Luc Chavanieux le mardi 23 mars 2010, 10:57 - Niouzes - Lien permanent
« Il appartient maintenant à
la majorité de tirer les conséquences d'une élection, qui pour être locale,
n'en a pas moins une dimension politique qui n'est pas contestable.
»
Ainsi parlait Nicolas Sarkozy il y a six ans du résultat des régionales de 2004. Certes, le locataire de l’Elysée n’était pas à encore à l’apogée de sa geste politique. A l’époque, il bataillait ferme pour remonter le courant, piquer la place de Premier Ministre à Raffarin et tracer la ligne droite de son avenir politique qui allait le mener au Fouquet’s un certain soir de mai 2007…
Dreamland
Pour ainsi dire, la Droite a gagné ces élections. Pensez-donc : l’Alsace a été sauvée des griffes socialo-écolos, la Réunion a viré l’inamovible Paul Vergès et la Guyane a élu un transfuge « divers gauche » soutenu par l’UMP.
Mais ce n’est pas tout, calculette en main, la Gauche ne fait que régner sur le champ de ruine de l’abstention, elle donc a perdu car désavouée par les non-électeurs… dans les régions qu’elle gérait depuis 2004. De plus le message envoyé par tous, électeurs ou non, est un plébiscite pour la future réforme territoriale car ce sont les présidents de région sortants qui n’ont pas su démontrer la pertinence de leur institution.
Bref, un message fort, entendu par Notre Président qui s’est empressé de virer Martin Hirsch et de battre le rappel des troupes chiraco-villepinistes. De toutes façon, comme l’a si bien dit le chef de l’état, « à élections locales, conséquences locales ».
Principes de réalité
Retour sur Terre, après cette petite ballade au pays des Bisounours et de Xavier Bertrand réunis. La Droite s’est pris sa plus grosse claque électorale depuis le début de la Vème République, la Gauche gagne la Corse et le FN fait entendre les bruits de ses bottes, notamment dans deux régions au climat et à la sociologie très différents, Nord Pas de Calais et PACA.
Une partie de la majorité présidentielle gronde. Contre « l’ouverture », les « éléments de langage », le « style présidentiel », les « candidatures imposées », le « parti unique », l’inopportunité du « débat sur l’identité nationale », bref, j’en passe…
Car, c’est un fait, l’alliance de second tour entre la Gauche et les écologistes a remporté cette élection, haut la main, malgré quelques couacs (Languedoc-Roussillon, Réunion…) et nonobstant l’abstention élevée. Car, et c’est aussi un fait, les résultats d’une élection portent sur les suffrages exprimés, les votes blancs ou nuls ou le taux d’abstention n’étant pas pris en compte dans le résultat final.
Abstinence électorale
On pourra toujours gloser sur cette abstinence qui ne fait que monter lors des élections (hormis la présidentielle et peut-être les municipales) et montre que les électeurs ne croient plus forcément en cette démocratie représentative qui éloigne toujours un peu plus les élus de leurs administrés. Mais les règles du jeu électoral sont ce qu’elles sont.
Le vote est un acte fondateur de la démocratie. Et essentiel. Le droit de vote qui est souvent aussi considéré comme un « devoir civique » est un pilier de l’expression des citoyens. Le vote n’est pas obligatoire. Certes, on peut ici et là vilipender les abstentionnistes pour leur incivisme, la vraie question est plutôt de se demander pourquoi les électeurs ne vont pas (ou plus) voter. Les politiques (pas tous, certes, mais beaucoup) nous assènent que leur marge de manœuvre est limitée par le champ économique ou financier, que ma brave dame c’est La Crise, que mon Bon Monsieur L’Etat ne peut pas tout faire et que la Providence c’est fini, ou encore que l’Europe, bon l’Europe, vous m’avez compris…
De plus, depuis 2002, depuis que Jospin s’est fait virer du loft présidentiel en première semaine, la télé dite « réalité » (relire Orwell !), les sites web commerciaux ou non, les instituts de sondages nous disent constamment comment les Français « pensent » (oui, les guillemets, car il faut sortir Machin Truc de la Ferme, Bidule du Radio-Crochet…), pour tout et n’importe quoi. Et ils nous demandent notre « avis », là aussi pour tout et n’importe quoi. Les Bleus vont a) gagner la coupe du monde, b) s’écraser comme de vieilles merdes, c) égorger Domenech, d) je n’ai pas la télé…
Le scandale étouffé du budget sondages de la Présidence en est une illustration. Le Président et ses conseillers surveillent apparemment plus (et mieux ?) les sondages qu’ils ont commandités que les élections qu’ils ont organisées. Peu importe qu’un Premier Ministre annonce qu’un policier vivant est mort, les Françaises et les Français veulent de la « sécurité » ! Peu importe qu’un président de groupe au Sénat refuse qu’un représentant du « corps non traditionnel » français soient président de la Halde, les Français ne veulent pas de Quick Hallal ! Peu importe qu’on fasse une loi sur la burqa, les Françaises veulent s’habiller « court ». Peu importe qu’on bricole la carte électorale des législatives ou qu’on tripatouille les collectivités locales, les Français n’y connaissent rien à la politique, etc !
C’est déjà demain
Dans le même ordre d’idées, peu importe qu’il y ait des « élections intermédiaires » puisqu’il y a La Présidentielle. On pourrait même imaginer une réforme, LA réforme du quinquennat de Notre Président : le chèque en blanc.
Ainsi, tous les 5 ans, on vote pour le Président qui a la charge de nommer les députés à qui l’on délègue le soin de nommer (sur la base des résultats des sondages ?) les conseillers territoriaux, les maires et conseillers municipaux, les députés européens… (pour ces derniers, c’est en bonne voie, demandez à François Dufour…) En clair gouverner avec ses "burnes" plutôt que gouverner avec les urnes...
La voilà la solution : plus d’élection, plus d’abstention !
Bref, comme disait l’Autre, « quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, et bien on a raison de penser ce qu’on pense »…

