L' "écologie de droite" carbonisée ?
Par Jean-Luc Chavanieux le jeudi 25 mars 2010, 07:00 - Niouzes - Lien permanent
Comme l’a dit Michel Rocard,
supprimer la « taxe carbone » au lendemain d’une élection qui a vu
triompher les thèses « écologiques » (sic), ça fait désordre. Surtout
ça fait tomber les masques…
L’Europe et l’écologie
Enterrement de première classe ou obsèques à la sauvette pour la fiscalité écologique ? Les deux, Mon Président ! Car si l’on s’efforce à droite de botter en touche en promettant (ah, les promesses, toujours des promesses…) que cette taxe carbone se fera à condition qu’elle soit européenne, c’est bien à jamais qu’on enterre ce projet à la fois discuté et discutable tel que proposé par une « équipe » gouvernementale plus à la recherche de suffrages que préoccupé d’avancé sur le dossier.
La taxe carbone sauce sarko-borloo avait déjà été mise à mal par le conseil constitutionnel pour son caractère injuste et inefficace, à juste titre. Au lieu d’en prendre acte et de retoquer le projet pour plus de justice et moins de dérogations suscitées par les lobbies productivistes industriels ou agricoles et pour plus d’efficacité, le Président envoie le projet sur une voie de garage en défaussant ses responsabilités sur… l’Europe. D'ailleurs, Le Monde a écrit "le report sine die de la taxe carbone, annoncé mardi 23 mars aux députés UMP par le premier ministre, a été salué par toutes les organisations patronales", comme quoi, écologie et capitalisme ne sont pas si compatibles.
Ah, l’Europe, mère de tous les vices et de toutes les justifications foireuses ! Et l’écologie dans tout çà ? Et bien, après s’être autoproclamé premier écolo de France, Sarko avait lancé des signes à ses cœurs de cible électorale que sont les agriculteurs (et pas les paysans…). D’ailleurs, on a bien fait de se méfier des vérités claironnées car Sarko et Ecolo, ça forme bien sûr une rime pauvre…
Green mask
Et donc, le masque vert est tombé. Pour les Sarko boys and girls, l’écologie en politique ne doit donc servir qu’à récupérer des voix lors d’élections. Encore un gadget, comme la lettre de Guy Môquet, les injonctions aux banques ou le sempiternel « j’ai changé ».
En considérant que sa taxe carbone en était une (de taxe), puisque les principaux pollueurs en étaient exemptés et qu’elle ne servait qu’à afficher une petite couche de peinture verte sur un programme totalement incompatible avec l’écologie politique en essayant d’attraper le gogo-électeur, on voit mieux aujourd’hui la stratégie de pseudo-ouverture sorte de casting des hommes (ou des femmes) et des idées nourri au lait des sondages journaliers commandités par l’Elysée.
Cette stratégie n’a pas fonctionné ? Les agriculteurs ont boudé les urnes ? Les dépités UMP et Nouveau Centre n’ont su assimiler les « éléments de langage » vert si éloignés de leur culture politique ? Les électeurs écolos n’ont pas voté pour l’UMP et ses satellites ? Alors tombons les masques et revenons au bercail électoral flatter dans le sens du poil les productivistes qui ont toujours voté à droite.
Comme l'a dit Noël Mamère, "Je ne peux pas être déçu par ceux dont je n'attends rien ! Cet abandon n'est pas une surprise. Le terrain avait été préparé par le président de la République, qui s'était interrogé publiquement sur les limites apportées par l'Europe à une telle initiative – cette malheureuse Europe qui sert une fois de plus de bouc émissaire aux renoncements d'un pouvoir aux abois. Cet enterrement de la taxe carbone apporte une nouvelle preuve de ce que ce pouvoir considère l'environnement et l'écologie comme de simples variables d'ajustement. A chaque difficulté rencontrée, c'est l'environnement qui a payé les dégâts".
Le Grenelle de l’environnement vit-il toujours dans les faits et dans l’esprit ? On peut en douter, du moins pour celles et ceux qui ne le faisaient pas encore. Bref, l’écologie de droite a vécu.

