La Cinquième République fournit aux élites qui nous gouvernent un cadre propice aux petits arrangements entre amis ou ennemis, ou encore avec la vérité. Le régime de la Cinquième est un régime présidentiel qui permet au Président de la République et à ses amis de pouvoir jongler avec les lois et avec les mots. De de Gaulle à Sarkozy, en passant par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, nos présidents ont tous joué avec les marges de la légalité républicaine.

Je vous passe les crimes coloniaux ou postcoloniaux pour lesquelles il faudrait carrément écrire un bouquin en plusieurs tomes. On pourrait également évoquer les mensonges domestiques à usage de la population ébahie comme les assassinats politiques des sixties aux eighties, des libérations d’otages français au timing irréprochable (otages du Liban), des coups de force dans nos colonies (remember Ouvéa) des arrangements avec des régimes pas très démocratiques qui gouvernent leur peuple à coups de trique, oui c’est souvent un tic (la capture de Carlos, non pas le défunt chanteur aux chemises colorées, au boisons pseudo-exotiques et aux blagues racistes, mais l’autre…). Mais là encore la liste est aussi longue qu’un quinquennat hyper-présidentiel. Nous nous concentrerons donc sur un fait d’actualité récent qui illustre l’ambiguïté (et je reste poli) dont savent faire preuve nos dirigeants.

Ainsi, dans notre monde parfait, la libération de Clotilde Reiss n’a pas souffert de contreparties. Pas de compromission donc avec l’Iran, ouf, nous voilà rassurés. La pauvre Clotilde a regagné sa patrie, bien. Il faut savoir, chères concitoyennes et chers concitoyens, que la libération de l’assassin de l’ancien premier ministre du Shah persan, pardon du Shah d’Iran n’est due qu’aux hasards du calendrier. Ainsi Ali Vakali Rad aurait été libéré « normalement » lors d’un processus n’ayant rien à voir avec un quelconque échange. On nous dit que ce processus aurait commencé il y a quelques temps déjà, que donc, circulez, rien à voir… Rien à voir non plus avec le refus le 5 mai denier par la France d’extrader vers les States un ingénieur iranien coupable selon l’Oncle Sam d’avoir… acheté frauduleusement du matériel électronique (non, non, je n’ajouterai pas « ta mère »). Heureux Majid Kakavand qui pourra discuter en langue persane avec la jeune Clotilde.

On évoquera également l’incruste tapée par le sémillant président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui aurait à lui tout seul obtenu la libération de l’honorable correspondante, pardon étudiante, grâce à ses bonnes relations avec le président iranien Ahmadinejad et avec le dernier des Mohicans de la Françafrique, Robert Bourgi. Bien sûr, son fils préféré, Karim était dans le coup, comme vraisemblablement Claude Guéant, grand organisateur des réjouissances au Palais de l’Elysée. D’ailleurs à ce sujet, l’hebdomadaire d’extrême-gauche ou anarchisant, l’excellent L’Express y est allé de son commentaire : « Reste pour Paris à dissiper une équivoque chronique. Parmi les messagers expédiés à Téhéran par Me Wade figure l'encombrant Robert Bourgi, "ami personnel" de Sarkozy et marabout africain de Claude Guéant, secrétaire général du Château. Ainsi flotte-t-il sur le retour de la douce et fraîche Clotilde des relents faisandés de Françafrique ».

Encore un sac de nœuds gordiens (et même gorguiens, Abdoulaye Wade étant surnommé Gorgui, « le vieux ») que nous offre la Cinquième République pour meubler ses zones d’ombre. Bref, l’hyper-président n’apporte aucune rupture par rapport à ses prédécesseurs, mais on s’en serait douté.

Le mot de la fin à notre spécialiste de l’enfumage : « La communication est à l'action ce que l'aviation est à l'infanterie ; l'aviation doit passer pour que l'infanterie puisse sortir ; c'est lorsqu'on a gagné la bataille de la communication qu'on peut commencer à agir. ».

On communique, on communique… ta mère !