Coincée par ses accords internationaux, mais aussi par la précarité de son économie soumise au bon vouloir du FMI, de la Banque Mondiale et de l’hégémonique voisin nord américain, la Jamaïque tente d’arrêter Chris Coke et de faire le ménage dans certains quartiers de Kingston, la capitale.

Le Premier Ministre, Bruce Golding, du JLP, le Jamaican Labour Party (droite) a lancé une opération de grande envergure pour remplir cet objectif : il avait demandé aux habitants des quartiers concernés de West Kingston (dont Tivoli Gardens et Denham Town, proches de Trench Town) de quitter leurs quartiers avant de lancer l’assaut par l’armée. Ensuite les barricades pour empêcher l’armée de pénétrer dans les quartiers ou du moins la ralentir, ont fleuri. Des habitants ont pu sortir avant l’assaut mais de nombreux autres sont restés n’ayant pas d’endroit où aller.

Le bilan après ces cinq jours d’affrontement : état d’urgence déclaré, 60 morts (dont des habitants pris entre des tirs croisés), plus de 200 arrestations, le trafic aérien vers ou au départ de Kingston détourné sur Montego Bay. Dans ce contexte, il faut savoir que :

  • Les « ennemis publics N°1 » ont toujours eu la cote auprès d’une population déshéritée. Déjà dans les années 40, le légendaire Rhygin (de son vrai nom Vincent « Ivanhoe » Martin) était vu comme une sorte de Robin des Bois et servit de modèle au personnage joué par Jimmy Cliff dans le film de 1972 « The Harder They Come ».
  • Cette population n’a plus d’espoir d’un avenir meilleur par les politiques gouvernementales impuissantes à engager des travaux d’infrastructures d’intérêt collectif ou des réformes significatives concernant le social, la santé ou l’éducation, le pays étant écrasé par le remboursement de la dette et les diktats du FMI et de la BM.
  • Le Premier Ministre Bruce Golding est issu du Jamaican Labour Party, dont le leader a longtemps été Edward Seaga. C’est sous son instigation que pendant les années 60 se forment des groupes armés visant à intimider la population des ghettos pour assurer des votes « conformes ». Le parti de gauche, le People’s National Party (PNP) va répondre en formant à son tour des gangs.
  • Lorsque le PNP revient au pouvoir dans la deuxième moitié des années 70, la violence et la situation sécuritaire de l’île vont être si désastreuses que le PM Michael Manley va créer Gun Court, une prison pour les possesseurs d’armes à feu où on emprisonne sans autre forme de jugement. Le One Love Peace Concert du 22 avril 1978 pendant lequel Bob Marley força Michael Manley et Edward Seaga à se serrer la main, fut monté avec l’aide des chefs des gangs associés au JLP et au PNP. On remarquera que le chef du gang affilié au JLP était Claude Massop, tué en 1979 et considéré comme le chef du gang qui allait devenir le Shower Posse.
  • La violence est une constituante de l’histoire de la Jamaïque : violences de l’esclavage et des colonisations successives par l’Espagne puis le Royaume-Uni ; violences politiques et criminelles depuis l’indépendance dans une société qui va pendant ces années tenter l’émigration de masse aux USA, au Canada et en Angleterre.
  • Les Etats-Unis, outre le commerce illicite, reprochent au Shower Posse sont implantation sur le territoire US (Chicago, Floride) ou internationale au Canada (Toronto) ou sa branche à Brixton (Londres).
  • On ne compte plus les chanteurs, musiciens ou producteurs morts de mort violente : Michael Smith, Prince Far I, Hugh Mundell, Jack Ruby (sic), Carlton Barrett, King Tubby, Peter Tosh, sans oublier la tentative d’assassinat contre Bob Marley en décembre 1976…

Si la Jamaïque est connue pour ses musiques (reggae, ska, dancehall), ses sportifs (athlètes, footballeurs Reggae Boyz, ou le bobsleigh Rasta Rocket), ou son tourisme de masse sur la côte nord, le pays est dans un triste état économique qui délite la société de plus en plus, les gouvernements n’ayant aucune marge de manœuvre financière pour la santé, l’éducation, l’économie, le sanitaire, la sécurité des personnes et des biens, etc.

Il n’est pas étonnant que dans une société qui a payé et paye encore le prix de son indépendance, qui se trouve sur les routes commerciales des drogues en transit de l’Amérique du Sud vers les USA, les « Posses » (gangs) concurrencent l’Etat en s’assurant de la « sympathie » de la population des ghettos en « redistribuant » quelque peu une part de leur bénéfices. Bref, on est loin de l’hymne quasi officiel du tourisme jamaïcain, à savoir « One Love » de Bob Marley.